‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 79 sur 138 · SW, VI · texte numérisé non relu

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tout système, toute doctrine dogmatique et démonstrative aboutit nécessairement au fatalisme, et que le seul moyen d'y échapper est de se fier à la certitude du sentiment.

Telle est la portée du célèbre entretien avec Lessing que Jacobi publia dans ses Lettrei> sur la Doctrine de Spinoza, et qui marque une date dans l'histoire du spinozisme en Allemagne «. Jacobi n'y rend pas seulement justice à la grandeur de ce système : il montre que le spinozisme est, en quelque sorte, un moment essentiel de sa propre doctrine. En effet, si une philosophie, quelle qu'elle soit, prétend expliquer tout le réel, elle doit conclure nécessairement, selon lui, au fatalisme. Là est l'aboutissement inévitable de tout effort pour rendre l'être intelligible, si cet effort est poussé jusqu'à son terme. Pour sortir du fatalisme (et il faut en sortir, puisque la conscience affirme énergiqucment notre lil)erté), il n'y a d'autre issue qu'un acte de foi : — le coup de désespoir du philosophe, dira plus tard Maine de Biran ; — un salto mortaie, dit Jacobi. De môme qu'un audacieux politique prétend « sortir de la légalité pour rentrer dans le droit », Jacobi veut « sortir de l'intelligible pour rentrer dans le vrai ». Ce sera une sorte de coup d'État philosophique. Mais, pour faire accepter cette démarche violente, presque désespérée, Jacobi doit avoir montré d'abord que toute autre solution est impossible. C'est à quoi lui sert le spinozisme. Au lieu de critiquer à la suite les uns des autres les systèmes philosophiques, — énumération fastidieuse et toujours incomplète, — Jacobi les ramène tous au spinozisme, comme à leur forme parfaite et unique. Il les saisit là, pour ainsi dire, dans leur type idéal, qu'il regarde comme le plus puissant effort de l'entendement humain. Puis, par une volte-face soudaine, par le salto mortale, il s'élève au-dessus du spinozisme, et du môme coup, pense-t-il, au-dessus de tout dogmatisme métaphysique.

1. SW, IV, 52-74. Voyez aussi V. Delbos, Li problème moral dans la philosophie de Spinoza et dans l'histoire du spinozisme, p. 237, sqq. Paris, Alcan, 1893.

JACObI ET LE SPINOZISME if,.

Ne voyez pas là un artifice de méthode, plus ou moins ingénieux. Jacobi est aussi sincère quand il admire Spinoza que lorsqu'il refuse de le suivre. Souvent il s'exprime en termes enthousiastes, que ne désavouerait point le spinozislo k. p us convaincu. Il fait pressentir lapostrophe fameuse de Schleiermacher dans les Discours sur la relu/ton. « Sois béni s ecric Jacobi., sois béni, grand et saint Bénédictus ' De quelque façon que tu aies philosophé sur la nature de l'Être suprême, et quelque erreur qu'il y ait dans ton langa-e sa vérité était dans ton âme, et son amour était la vie'"..' Un des p.vmiers, Jacobi a compris qu'il était absurde d'accuser bpinoza dimpi,.|é. Il a bien vu que la doctrine était en même emps rationaHste et leligieuse : l'essai le plus puissant peutêtre qu. ait jamais été tenté pour satisfaire par la seule raison aux problèmes fondamentaux de la théologie. << La philosophie de Spinoza, dit-il, se présente comme une religion c est-a-dire comme une doctrine de l'Être suprême et des rapports de l'homme avec cet Être '-. »

De là sans doute, pour une part, la vive sympathie que Jacobi, préoccupé des mêmes problèmes, lui a témoignée- d.. la aussi, la comparaison qu'il institue entre Spinoza et Fé nelon. Rapprochement ingénieux et non sans justesse mais nouveau, et hardi pour le temps. Comparer à la doctrine mystique et chrétienne de l'arclievêquc de Cambrai le svs leme naturaliste et « monstrueux » du juif d'Amsterdam • quel scandale ! Le mot de Malebranche faisait autorité depuis un siè.-le. Avec Jacobi, le ton va changer, et l'injure lera place au respect. Sans admettre comme lui que Sninoza est à la fois ., athée et religieux », on rendra .lésormais pleine justice à la hauteur de son génie, et à la sainteté de son inspiration.

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