LÉVY-BRUHL
152 U PHILOSOPHIE DE JACOBl
éclipse pendant l'époque sombre où la scolastique était toute-puissante : elle renaquit avec un éclat d'autant plus vif à l'aurore du xvn' siècle. C'est sur elle que Descartes bâtit son système... » Cette science de la nature est symbolique, sans doute, et, si l'on ose dire, extérieure. Elle a pourtant sa vérité. L'esprit peut s'en satisfaire, et 1 expérience a prouvé que c'était un merveilleux instrument de
conquête. , .
Jacobi est donc fort loin de condamner le mécanisme absolument. Au contraire, il pense, comme le dira plus tard F.-A. Lange, que c'est une excellente hypothèse pour l'étude scientifique de la nature. Tout ce que Jacobi a voulu établir, c'est que le mécanisme est la formule inévitable de l'intelligibilité. Il peut donc conclure maintenant. Il n'y a pas pas de métaphysique scientifique, car notre connaissance proprement dite n'atteint pas l'être. Mais si l'esprit humain s'obstine à vouloir construire une métaphysique, une seule est logiquement possible, c'est le spinozismc. Seul en effet ce système « explique » Dieu et la nature, en passant analytiqucment de l'un à l'autre. Seul, il n'hésite pas à proclamer l'universelle nécessité de tout ce qui est, a été ou sera. Seul, il permet de comprendre toutes choses sub specie a-termlatis. Toute métaphysique qui refuse de ramener le principe de causalité au principe de substance, et tous deux au principe d'identité : toute métaphysique qui hésite à appeler Dieu natiim naturam, et à l idcnlifior avec la natiira nalurata, reste à moitié chemin, et n'arrive point à la parfaite lutelligibilité. Avec un Dieu distinct du monde, avec la contingence, avec la finalité, apparaissent l'inexplicable, l'incompréhensible, le mystère. L'insupportable fatalité ne peut être levée que par une philosophie de la croyance.
Jacobi a donc établi son dilemme : d'un côté, intelligibilité, démonstration, mécanisme, c'est-à-dire spinozisme; de l'autre, mystère, contingence, liberté, c'est-à-dire platonisme ou christianisme. Il faut choisir. Lo choix ne sera pas dou teux, car le spinozisme est intenable.
JACOBI ET LE SPINOZISME
Il l'est d'abord, parce qu'il nie Dieu. « Le spinozisme. c'est athéisme •. ., Formule surprenante : Jacobi n'a-t-ilpas fait
Zf h' 'i"' '""' '''^' "" ''''' -thousiaste du Lus rehg. ux de Spinoza? Ne sait-il pas qu'on va protester de oiUes parts ? Que Herder et Gœthe, en particulier, laisseron diffici ement accuser d'athéisme leur métaphysicien favori et mnc w P™'='^"r:^f "' Pl"«t, comme fera plus tard Schlei^madio^ , « ivre de Dieu .. ? Cette fois encore Jacobi abuse, ou.' pou. mieux dire, il mésuse des mots : le paradoxe s'attCMiui quand on précise le sens spécial qu'il leur donne. Est athée, selon Jacobi, quiconque n'est pas théiste. Dès que l'on né croit pas en un Dieu vivant et conscient, créateur et juge de de I univers on n'a pas le droit de parier de Dieu. Entre l'anthropomorphisme et l'athéisme, point de milieu
Sans doute la raison proteste contre un anthropomorphisme enfantin, qui se représente Dieu sous une forme ser-
nvrtts!-"r'"' T "" *=""P^' ''' P'-^^^- ^>^« '»«in«. aant besoin d un œil pour voir, d'une oreille pour entendre
a de leflechirpour savoir ce qu'il veut». «Mais elle se révoltera encore bien davantage si, divinisant la nature, tu lui nseigi^s un Dieu qui a fait l'œil, et ne voit pas, qui a .
n ne " i' "*'"' P"^' ^^^ ^ P™^"" len.ondement
ne . Dis donc franchement : Dieu n'est pas ! . . „ Or Spinoza se déclare contre l'anthropomorphisme en termes for nets La co„e,„3.on est facile à tirer. Spinoza, il est vrai, ^ âme sincèrement religieuse. Il a vécu comme un saint, avec )a s ul passion de la vérité. Il a cherché Dieu de tout son cœui. Lm-mûme n'était donc pas athée : son système l'est
>• SW, IV, xjixvi.