I. SW, III, 501. Lettre du 13 novembre
Il sait que la tentative tournerait contre lui, et qu'à la fin de la discussion il conclurait, bon gré mal gré, comme ses adversaires. Ce qu il leur reproche, ce n'est pas de mal raisonner ; c'est de raisonner là où l'entendement n'a plus de compétence. S'il leur opposait des arguments, il commettrait lui-môme la faute de méthode qu'il condamne chez eux. Il n'aura donc recours, ni à la preuve ontologique, ni à la preuve cosmologique (toutes deux ne sont bonnes que pour Spinoza), ni môme à la preuve, plus populaire déjà et plus sentimentale, fondée sur les causes finales. Il se prévaudra simplement de la révélation intime, de ce je ne sais quoi d'irrésistible qui crie dans le cœur de l'homme : « Non, la nature et le mécanisme de ses lois nécessaires ne sont pas tout ce qui existe. Il est un Dieu, sage et bon, qui donne un sens au monde et à la vie. »
Ce « je ne sais quoi d'irrésistible » a un nom dans la langue de Jacobi: c'est la raison, c'est ce qui nous fait hommes, en nous révélant le mystère de notre origine et de notre destinée. C'est, plus précisément encore, le sentiment de notre liberté. L'originalité de la doctrine de Jacobi, selon lui, si elle en a une, consiste à reconnaître dans la liberté le fait primitif, essentiel, « le miracle perpétuel », qui nous avertit de ce que nous sommes. Il y revient à propos de l'athéisme spinoziste ». « Moi-mômc, comme je l'ai confessé souvent, si je ne nie pas l'existence de Dieu, c'est uniquement pour la raison suivante : je me sens obligé, par ma conscience morale et par mon sentiment intime le plus profond, à repousser l'idée d'un mécanisme universel de la nature qui serait la seule réalité. » Nulle part ne se caractérise mieux, je ne dirai pas la méthode, mais la manière de procéder propre à Jacobi. Il ne démontre pas l'existence de Dieu, il ne démontre pas davantage la liberté. Il les tient môme toutes deux pour parfaitement indémontrables. Néanmoins il les proclame vraies toutes deux, sur la foi d'un sentiment