‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 95 sur 138 · UoTii, II · texte numérisé non relu

UoTii, II

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liaire du kantisme, à moins qu'il ne se risque à le combattre : mais avec quelles chances de succès? Fort embarrassé, il se décide pour une solution moyenne et prudente. Il indiquera pourquoi il ne peut se ranger au kantisme, mais il aura soin de faire ressortir la parenté de cette nouvelle philosophie avec sa propre doctrine.

Deux lettres, datées de la un de 1789, et qui sont les seules, semble-t-il, que Jacobi et Kant aient échangées', donnent assez exactement l'impression de lattilude qu'ils observent à légard l'un de l'autre. Kant est poli, aimable môme ; mais on sent qu'il se tient à distance, et que ces compliments ne l'engagent point. « Tous mes remerciements pour la dernière édition de votre bel ouvrage sur la Doctrine de Spinoza. Vous y avez acquis le mérite d'exposer avec la plus grande clarté'les difficultés qui hérissent la voie téléologique de la théologie, et qui vraisemblablement ont conduit Spinoza a

son système Celui qui montre les écueils ne les a pas

pour cela placés lui-même, et quoiqu'il affirme l'impossibilité de passer au travers à toutes voiles (comme le voudrait le dogmatisme), il ne nie pas pour cela la possibilité de les franchir heureusement. Je ne crois pas que vous trouviez la boussole de la raison inutile dans ce cas, ni que vous la jugiez trompeuse Vous avez réfuté de la façon la plus

complète le syncrétisme du spinozisme avec le déisme...... .>

Et Kant explique enfin à Jacobi pourquoi il a dû écrire l'article • « Qu'est-ce que s orienter dans la pensée ? » Il lui fallait se laver du soupçon de spinozisme : la critique qu'il a faite des principes de Jacobi n'ôte rien à l'estime en laquelle il

tient l'auteur.

Le ton de Jacobi, dans sa réponse, est beaucoup moins assuré II n'a pas la parfaite tranquillité de Kant, qui sait ce qu'il veut, et jusqu'où il va. Il se répand en protestations : il ne peut dissimuler pourtant l'inquiétude qu il a ressentie en voyant Kant se demander, après tant d'autres,

^. ZiippKiTZ, n, 13. Lettre i Nicolovius du 26 juia 1806. 2. SW, 111, 521-24.

JACOBI ET KANT ^^g

Si Jacobi ne fait pas fi de la raison. « Je vous ai toujours appelé mon maître, dit-il, celui que j'admirais déjà dans ma jeunesse, le cœur tremblant, et devant qui je m'incline aujourd hui avec respect, comme devant un puissant conquérant et un sage législateur de l'empire des sciences. Je le faisais deja a une époque et dans des circonstances où l'ombre même d'un soupçon de flatterie ou d'intérêt ne pouvait

bien me dire, je ne saurais me plaindre de votre article Mais comment Kant a-t-il pu se demander si Jacobi n'^lait pas d accord, au fond, avec les sceptiques, pour mépriser la raison .' Au contraire, le mysticisme de Jacobi prétend être en même temps, un « vrai rationalisme ,>. Jacobi tient à dissiper oute équivoque sur ce point. « Je sais que la première édition de mon ouvrage contenait des passages obscurs : mais je crois, dans la plus récente, avoir exposé ma conviction avec toute la clarté désirable. J'affirme une liaison, aussi évidente qu mconcevable pour l'homme, du sensible avec le suprasensible, du naturel avec le surnaturel. Cette union une fois perçue et reconnue comme réelle et certaine, fournil une solution satisfaisante des apparentes contradictions de la raison avec elle-même. . . Et toutes ces connaissances naissent selon moi, de l'intuition immédiate que l'être raisonnable à en lui-même de sa connexion avec l'être absolu, et avec le monde qui en dépend. .. Mais je me sépare surtout de vous pour la théorie de la connaissance. . . Après tout, je ne puis être bien profondément dans l'erreur, puisque mes conclusions concordent presque avec les vôtres ' »

Jacobi ne voulait-il ou ne pouvait-il donc pas comprendre ce qui rendait sa doctrine inacceptable aux yeu.x de Kant ' Les explications qu'il donne sont plutôt de nature à confirmer celui-ci dans sa défiance, et à accroître son éloignement. Jacobi insiste sur la concordance de ses conclusions avec celles de Kant. Mais, par elle-même, cette conTordânce

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