‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 96 sur 138 · SW, m · texte numérisé non relu

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ne signiûe rien. Prise ainsi séparément, elle n'est qu'une eoïncidence. Kant ne peut qu'être choqué, lorsque Jacobi présente comme des données immédiates du sentiment ou de l'intuition, les vérités où aboutit l'analyse rigoureuse et laborieuse de la Critique. Jacobi s'intéresse aux conclusions seules. Il ne poursuit pas, nous le savons, la vérité pour l'amour de la vérité même : il cherche une explication satisfaisante des sentiments irrésistibles qui sont pour lui, d'avance, la vérité. Mais selon Kant, pour présumer ainsi que l'on possède la vérité avant tout examen, avant toute preuve, il faut avoir renoncé à la science et à la philosophie. Après tout, lui dit Jacobi, nous ne différons que par la théorie de la connaissance. — Différence, en effet, sans grand intérêt. Autant vaudrait dire à Kant qu'il importe peu de savoir si des jugements synthétiques a priori sont possibles, et qu'à chercher les limites de l'usage légitime de la raison il a perdu son temps. Ce serait ironique, si ce n'était naïf.

Entre les philosophies de Kant et de Jacobi, il y a donc antagonisme, et non accord. Ils ont de la vérité des conceptions diamétralement opposées. Selon Jacobi, le vrai se sent et ne se démontre pas. Selon Kant, la vérité ne se sont pas, elle se démontre.

Pourtant les apparences ne sembleraient-elles pas justifier un rapprochement entre les deux doctrines? Jacobi et Kant ne proclament-ils pas tous deux que la métaphysique wolûenne est tombée dans un discrédit mérité ? Tous deux ne lui reprochent-ils pas l'intempérance de son dogmatisme? Et Jacobi n'était-il pas fondé à dire que les conclusions de la Critique de la Raison pure revenaient presque exactement à ses thèses favorites? Que notre science proprement dite soit bornée aux limites de l'expérience; que les

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lois de l'entendement ne s'appliquent qu'aux phénomènes de la nature; que l'absolu nous demeure inconnaissable; que la raison, quand elle essaye de démontrer la réalité de ses idées, s'embarrasse elle-même dans des antinomies insolubles; que notre existence dans le temps ne soit pas tout notre être; que la liberté, indémontrable et certaine, demeure le signe évident du mystère qui est en nous, et nous fasse citoyens d'un monde moral; enfin que, selon les expressions mêmes de Kant, il faille délimiter le domaine du savoir pour faire sa place à la croyance : autant de propositions que Jacobi réclame pour les vérités fondamentales de sa philosophie. Comment ne louerait-il pas chez Kant ce qu'il a toujours admiré chez Platon : l'idée d'une réalité absolue, invisible, supérieure aux apparences sensibles, qui se révèle à nous avec le secret de notre essence et de notre destinée ?

Mais, à y regarder de plus près, Kant, qui est loin de Platon, comme on sait, est plus loin encore de Jacobi. Ni l'esprit, ni surtout la méthode des deux philosophes ne peuvent se comparer. Kant n'admet point de parenté entre sa critique, si exacte, si soucieuse de la preuve, si convaincue de l'utilité des démonstrations, et les considérations vagues que Jacobi fait valoir contre la compétence métaphysique de l'entendement en général. Aux yeux de Kant, une démonstration logiquement irréprochable reste la îorim ffe plus parfaite de la vérité certaine, et c'est à la raison seule qu'il appartient de juger du vrai et du faux. Kant n'a jamai-s songé c\ la déposséder de cette fonction suprême. Tout système qui se démontre, disait Jacobi, aboutit nécessairement au spinozisme, au naturalisme, à l'athéisme : il faut donc renoncer à en construire aucun. Fions-nous plutôt au sentiment. — « Mais, réplique Kant, si vous permettez à l'homme de considérer comme certaines des croyances que la raison ne garantit ni ne contrôle, vous ouvrez la porte à toutes les sottises et à toutes les superstitions. » Aussi, sans méconnaître la faiblesse de la position de Mendelssohn, Kant,

s'il fallait choisir, inclinerait plutôt vers lui que vers Jacobi. « En fait, dit-il, c'est la raison seule, non un soi-disant sens mystérieux de la vérilé, non une intuition transcendante sous le nom de croyance (sur laquelle la tradition ou la superstition peuvent venir se greffer, sans l'assentiment de la raison), c'est, comme Mendelssohn l'a soutenu fermement, et avec un zèle qui ne se trompait pas, la pure raison humaine, ...qui reste juge en dernier ressort»... » Et Kant, reprenant la thèse de la Critique de la Raison pure, explique que la raison, quand elle veut s'élever à une explication totale de l'univers, arrive nécessairement à l'idée de Dieu. Dans la nuit complète du suprasensible, la raison « s'oriente » d'après ses propres besoins. Elle n'a d'autn^ tort que de prendre ses « idées » pour des objets de srij-nce, alors qu'elles ne peuvent ôlrc, tout au plus, que des postulats. Que dis-je autre chose, serait tenté de répondre Jacobi, quand je soutiens que nous mp démontrons pas l'existence de Dieu, que nous ne la conn.iissons même pas, et que nous y a croyons » ? Postulat ou croyance, la différence est-elle si grande? Kant n'crnpioie-t-il pas lui-mémo ce mot de croyance? — Oui, mais il l'entend autrement. Il s'agit, selon lui, d'une « croyance de la raison ». « Toute croyance, même la croyanci? historique, doit «Miv raisonnable (car la dernière pierre de tourhe de la vérité est toujours la raison) : mais une « croyance de la raison » e»t celle qui ne se fonde que sur des doniit'rcs coDteiiues exclusivement dans la raison pure. Or XoxvW. croyance consiste à tenir quelque cliose pour vrai d'une fa^on qui suflU subjectivement, mais que Ton sait Olrc imuffisammctU fondée objectivement : et en cela elle e$l oppOi$ée au savoir». *

Ici éclate le dissentiment entre les deux philosophes. Chacun dislingue la croyance du savoir. Mais tandis que Kant, très justement, et d'accoi'd avec Tusai^c établi, fonde ciclle distinction sur l'insunisanco des preuves dans le cas

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