‹ La philosophie de Jean-Baptiste VicoChapitre 25 sur 48 · LES PLUS IMPORTANTS TÉMOIGNAGES DES ANCIENNES MŒURS DES · texte numérisé non relu

LES PLUS IMPORTANTS TÉMOIGNAGES DES ANCIENNES MŒURS DES

peuples, telles qu'elles étaient au temps où ces langues se formèrent, et il faut donc, continuellement, éclairer les langues par les mœurs elles mœurs par les langues. Ainsi, -les élymologies des mots abstraits nous transportent au beau milieu d'une société tout à fait rurale : car vintelligere*, par exemple, rappelle «légère », le fait de recueillir les fruits des champs (d'où « legumina ») ; t disserere » évoque les semailles; et la plupart des expressions employées à propos de choses inanimées se révèlent comme empruntées au corps humain, à ses parties, aux sens et passions de l'homme : tels sont « bouche », désignant toute ouverture, « face et dos » pour devant et derrière, etc. Vico caressa le projet de composer plusieurs vocabulaires étymologiques : l'un commun à toutes les langues primitives, et composé de racines monosyllabiques et, en grande partie, d'onomatopée ; un autre, contenant les mots d'origine étrangère introduits

après que les nations eurent appris à se connaître réciproquement; un troisième, universel, pour la science du droit des gens, lequel aurait montré comment, regardés sous des aspects différents par les diverses nations, les mêmes hommes, faits ou choses, reçurent des désignations différentes ; enfin, un dictionnaire des termes mentaux communs à toutes les nations, lequel, expliquant les idées uniformes que les nations, en ce qui concernait les mêmes nécessités humaines ou des utilités communes, se firent des substances et de leurs modifications diverses suivant la diversité des lieux, des cieux, des natures et des mœurs, raconterait les origines des diverses langues articulées qui, toutes, se réunissent en une langue idéale commune.

La seconde source ouverte par Vico est l'interprétation des mythes ou fables (jui, conformément à sa doctrine, n'étaient pas des allégories, des inventions ou des impostures, mais la science même des peuples primitifs. Dans son Droit universel, Vico distinguait quatre significations successives des dieux : d'abord la signification de choses naturelles, Jupiter étant le ciel, Diane les eaux intarissables, Dis ou Pluton la terre inférieure, Neptune la mer, et ainsi de suite ; puis, la signification de choses humaines naturelles, par exemple Vulcain étant le feu, Cérès le blé, Saturne les champs ensemencés; en troisième Heu, la signification de faits sociaux; enfin, dans la dernière signification, les dieux montèrent au ciel, furent élevés aux astres, et les choses terrestres et humaines furent séparées des choses divines. Mais, dans la première et la seconde Science nouvelle, il mit presque exclusivement en relief la troisième signification, la signification sociale, qui devint pour lui le sens primitif; car (semble-t-il penser) les premières nations étaient trop attentives à elles-mêmes, trop plongées dans leur vie dure et difficile, pour se livrera des spéculations, en faisant abstraction des choses sociales.

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