‹ La philosophie de Jean-Baptiste VicoChapitre 4 sur 48 · LA SECONDE FORME DE LA ONOSÉOLOGIE VICI1IKNNB · texte numérisé non relu

LA SECONDE FORME DE LA ONOSÉOLOGIE VICI1IKNNB

l'une, aurait «lit Leibniz, les « vérités de raison », l'autre les « vérités de fait ». Celte distinction n'est pas partout exposée, chez Vico, avec la même netteté, à tel point que, parfois, l'autorité opposée à la raison devient, selon lui, partie de la raison elle-même, ou se confond avec la connaissance du libre arbitre humain, opposée à la connaissance de la volonté rationnelle ; mais, pour le reste, le sens général de la distinction est fort clair. Par « philologie o, Vico n'entend pas seulement l'élude des mots et de leur histoire ; mais, puisque aux mots sont associées, les idées des choses, il entend avant tout l'histoire des choses : c'est pourquoi les philologues doivent s'occuper des guerres, des paix, des alliances, des voyages, du commerce, des coutumes, des lois et des monnaies, de géographie et de chronologie et de tout ce <jui concerne la vie de l'homme dans le monde. La philologie, en somme, au sens vichien, qui est d'ailleurs le sens exact, embrasse non seulement l'histoire des langues ou des littératures, mais aussi l'histoire des idées et des faits, delà philosophie et de la politique.

Certainement, la philologie, la vérité de fait, le certain h avaient pas toujours élé brutalement traités comme ils le Eurent par les cartésiens. Grolius avait donné /exemple d'une très vaste érudition historique, mise au service de ses doctrines sur le droit naturel. Gravina, contemporain et compatriote de Vico, réclamait comme nécessaire au juriste non seulement la « ratiocinandi ars o, mais la « latiii.v Unguœ peritia » et la « notitia temporum ». El Leibniz, que nous rappellions tout à l'heure, affirmait de nouveau, conlre les cartésiens, l'importance de l'érudition et patronnait en grand seigneur les anecdotes historiques les plus variées, qu'il distribuait à pleines mains dans ses livres. Mais Vico notait que la philosophie cl la philologie demeuraient cependant, à sou époque, étrangères l'un»' a l'autre, connu.' Croce. 3

3t LA PU1L0S0PHIE DE J. B. VICO

elles l'avaient été presque entièrement chez les Grecs et les Komains ; les si nombreuses citations d'historiens, d'orateurs, de philosophes et de poètes que Grotius accumulait., constituaient un pur ornement, et Vico aurait peutêtre juiré de même (s'il en avait eu connaissance et s'il nous avait communiqué son jugement là-dessus) le large „ emploi que Leibniz faisait de l'histoire. En lisant les livres des philologues, il éprouvait une telle sensation de vide et d'ennui devant leur inintelligent fatras de renseignements historiques, qu'il était amené à donner presque raison (et il le fil même, pendant quelque temps, sans condition) à Descartes et à Malehranche dans leur haine contre l'érudition ; mais ces deux philosophes, pensa-t-il ensuite, au lieu de mépriser l'érudition, auraient dû plutôt rechercher s'il n'était pas possible de ramener la philologie aux principes de la philosophie ; elles philologues, de leur côté, au lien de citer les faits avec force érudition, auraient dû tâcher de les élaborer pour. des fins scientifiques. La riui.nlogie devait être réduite en science: voilà la pensée de Vico touchant les rapports du certain avec le vrai, de la philologie avec la philosophie.

One signifie donc réduire la philologie, ou l'histoire, qui est la même chose, en science ou en philosophie? A rigoureusement parler, celte réduction n'est pas possible, non parce qu'il s'agit de choses hétérogènes, mais bien parce qu'eWes sont homogènes : l'histoire est déjà, en elle-même, philosophie : il n'esl pas possible d'énoncer la moindre proposition historique sans la former au moyen de la pens c'est-à-dire de la philosophie. Mais comme on ne se rendait pas compte, alors, de ce substralum philosophique de la philologie (et il en fut «le même trop souvent eu des temps postérieurs), et que, par suite, on arrivait facilement à le nier; comme la plupart des gens, ainsi que nous le savons, concevaient une philosophie géométrique aristocratique, qui

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