LA SECONDE FOKME DE LA GNOSÉOLOGIE VICH1ENNE
avait en haine et éloignemenl le profanion vulgtu des faits, ou, comme avait fait Vico lui-même tout d'abord, une philosophie et une histoire également peu rigoureuses et purement probables, — Vico, ayant changé son point de vue philosophique, ayant abouti à la conscience de la méthode spéculative dans la science de l'homme, ayant compris plus profondément l'esprit humain, devait apercevoir tout ce qu'il y avait à réformer et à ajouter dans l'historiographie courante, sentir le besoin d'une philologie plus parfaite comme conséquence de sa philosophie plus parfaite, et exprimer ce besoin, en termes gnoséologiques, au moyen de la formule du retour de la philologie à la philosophie, « ut hœc posterior, ut par est, prioris sit consecutio ». 11 devait, en d'autres termes, arracher l'histoire à sa condition d'infériorité, à la servitude du caprice, de la vanité, du moralisme, de la phraséologie des préceptes, ou d'autres lins extrinsèques, et lui reconnaître la fin propre et intrinsèque de complément nécessaire de la vérité universelle. lu même temps, la philosophie se serait remplie d'histoire, familiarisée avec l'histoire, el, par ce contact, elle aurait acquis plus de largeur et un sens plus vif de la réalité concrète ù expliquer. Telle est, sans aucun doute, l'une des mifications que possède la formule vichienne de l'union de la philosophie et de la philologie, et de la réduction de la philologie.en science.
Hais il est non moins hors de doute que, en énonçant celle formule, Vico voulait quelque chose de plus et, d'ordinaire, concevait quelque chose d'autre. Ce quelque chose d'autre peut être plus directement précisé par l'appel qu'il fait ;t Bacon el à sa « méthode de philosophie plus assuré)' », méthode qu'exprime le litre du livre de Bacon, Cogitata >-t . elque Vico se proposait <l«' « transporter des choses naturelles aux choses humaines civiles ». Il voulait, en somme, la construction d'une HISTOIRE TTPlQUi des sociétés
humaines (cogilare), a confronter ensuite avec les faits (videre), en assurant par les faits la construction idéale et en vérifiant les faits au moyen de la construction idéale, en confirmant la raison par l'autorité et l'autorité par la raison ; il voulait une science qui fût à la fois philosophie de l'humanité et histoire universelle des nations. Or, celte construction qu'il demandait, ce quelque chose d'intermédiaire entre le cogilare et le v idere ,enlve la pensée etl'expérience, ce mélange des deux procédés, est intrinsèquement différent de l'unification de la philosophie et de la philologie en tant qu'interprétation philosophique des données de fait. Cette interprétation est l'histoire vivante, l'autre n'est ni philosophie, ni histoire, mais une science empirique de l'homme et des sociétés, constituée par des schémas, qui De sont pas les catégories philosophiques extralemporelleset qui ne sont pas non plus les faits historiques individuels (bien que, sans catégories philosophiques et sans faits historiques, on ne puisse jamais construire ces schémas). C'est une science empirique et, par là-même, ni exacte, ni vraie, mais seulement approximative et probable, et sujette à vérification et à rectification de la part aussi bien de la philosophie que de l'histoire.
Userait impossible de déterminer laquelle de ces deux significations de la philologie réduite à l'histoire est proprement celle de Vico, car toutes les deux se trouvent dans sa pensée, ou laquelle prédomine, car, en fait, c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui y prédomine, encore que la seconde, c'est-à-dire la signification empirique, soit plus fréquemment formulée. On pourrait même dire que, lorsque Vico intitulait son* ouvrage la scœnza nuova, la principale signification qu'il attribuait à ce litre t envieux» se rapportait précisément à la science empirique, c'est-à-dire à mit' science qui serait à la fois philosophie et histoire de l'humanité, à une histoire idéale des lois éternelles qui coin-