THUC1TKK INTERNE DE LA SCIENCE NOUVELLE
tains rapports, dans la substitution à des rapports vrais de rapports inexacts, dans l'élément arbitraire qui s'introduit ainsi dans la pensée, ou, pour parler plus simplement, dans de véritables erreurs. On pourrait récrire la Science nouvelle en en refaisant le plan et en en changeant ou éclaircissant la terminologie (j'ai fait pour mon compte celte tentative ), et l'obscurité persisterait, elle s'accroîtrait même, parce que, dans une semblable transposition, l'œuvre, en perdant sa forme originale, perdrait aussi celle puissance trouble, mais forte, qui peut parfois tenir lieu de clarté et qui, là où elle n'éclaire pas. frappe l'esprit du lecteur et propage les ondes de la pensée comme par des vibrations sympathiques.
Que la cause des obscurités, ou de l'erreur, des erreurs même de Vico, soit dans la non distinction ou la confusion déjà notée dans sa gnoséologie touchant les rapports entre philosophie, histoire et science empirique, et existant également dans sa pensée réelle à l'égard des problèmes de l'esprit et de l'histoire humaine, c'est ce que l'on voit en observant comment philosophie, histoire el science empirique se transforment de temps en temps, chez lui, l'une dans l'autre et, en se nuisant réciproquement, produisent ces incertitudes, ces équivoques, ces exagérations, ces témérités qui troublent d'ordinaire le lecteur de la Science nouvelle. la philosophie de l'esprit se présente tantôt comme science empirique et tantôt comme histoire, la science empirique tantôt comme philosophie et tantôt comme histoire, et la thèse historique acquiert l'universalité du principe philosophique ou la généralité de schéma empirique. Par exemple, la philosophie de l'humanité prétend déterminer le» forme*, -ories ou moments idéaux de l'esprit dans leur succession nécessaire, et elle mérite bien à cel égard le litre ou la définition iIiustoirb idéal* éternelle sur laquelle se développent dans le temps les histoires particulières, puis-
qu'on ne peut concevoir aucun fragment, si petit soil-îl, d'histoire réelle où n'agisse pas celte histoire idéale. Mais. l'histoire idéale étant aussi, pour Vico. la détermination empirique de l'ordre selon lequel se succèdent les formes des civilisations, des étals, des langues, des slyles, des poésies, il lui arrive de concevoir la série empirique comme identique à la série idéale et comme munie des qualités de cette dernière ; de là la prédiction qu'elle doit toujours se rencontrer exactement dans les faits, « quand même dans l'éternité naîtraient encore de temps en temps des mondes infinis r, ce qui est manifestenn-nt faux, puisqu'il n'y a pas de raison pour que (selon la formule « devait, doit, devra •) les aristocraties empiriques de la Grèce et de Rome se répètent à l'infini et que les civilisations grandissent ou tombent en décadence absolument comme grandirent ou tombèrent en décadence les civilisalions antiques. Et en même temps que le « cours » empirique prend ce caractère d'absolu, le « cours» idéal se voile d'une ombre d'empirisme, car, identifié à l'autre, il en reçoit le caractère empirique et devient temporel, d'éternel et d'extratemporel qu'il était dans la conception initiale. On peut en dire autant de chacune des formes de l'esprit, lesquelles, en tant qu'idéales et extratemporelles, se trouvent toutes et toujours dans chaque fait particulier ; mais Vico, en les confondant avec les faits réels et concrets que la science empirique fixe dans ses schémas, en vient, aussi hM après les avoir proposées, à les détruire dans leur forme et dans leur distinction idéale. Il est vrai que le moment de la force n'est point celui de la justice ; mais le type empirique de la société barbare fondée sur la force, justement parce qu'il est une détermination représentative et approximative et qu'il se réfère à un état de choses concret et total, ne contient pas que de la force, mais aussi de la justice; et quand ce momenl idéal et ce type sont inlerchangés et