‹ La Philosophie de l'histoire aux différents ages de l'humaniteChapitre 16 sur 51 · I.VJ · texte numérisé non relu

I.VJ

Mais la majorité peut se tromper en toute bonne conscience; elle peut être injuste, violente, tyrannique, et voilà la minorité asservie? — Impossible. « La volonté générale ne peut errer. » « Le souverain, par cela seul qu'il est, est toujours ce qu'il doit être. D Bien! la démagogie est un pape infaillible! Et Ton a pu prendre au sérieux de telles inepties !

Pour protéger la nation contre les abus que tout souverain peut faire de sa puissance^ Locke avait séparé et équilibré les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. — Précaution inutile, et système faux en principe, « car la souveraineté est indivisible. »

Au moins les communes auront-elles leur sphère d'action et leur légitime part à la vie politique de la république ? — Point « d'association partielle, » nous dit Rousseau; ce ne serait qu'un moyen illégitime de faire prévaloir les intérêts particuliers sur l'intérêt public (1). Telle est bien la devise de ces hypocrites démagogies modernes qui détruisent jusqu'aux moindres traces des antiques libertés démocratiques.

L'Eglise sera-t-elle aussi asservie à l'Etat? — Asservie? non, car elle n'existera plus, c Hobbes, nous dit très-franchement Rousseau (2), avait raison; ce qui l'a rendu odieux^ c'est moins ce qu'il y a d'horrible et de faux dans sa politique que ce qu'il y a de juste et de vrai. De tous les auteurs chrétiens il est le seul qui a bien vu le mal et le remède; seul il veut faire disparaître l'opposition de l'Eglise et de l'Etat et tout ramener à l'unité politique. Mahomet, poursuit Rousseau, eut des vues très-saines. Le souverain doit fixer les articles d'une profession de foi purement civile : existence de Dieu, vie à venir, bonheur des justes, malheur des méchants, sainteté du contrat social et des lois. »

Mais si je ne puis croire aux dogmes de l'Etat, quel sera mon sort? — «Qui n'y croit pas, doit être banni comme insociable. Si, après avoir reconnu publiquement ces dogmes, quelqu'un se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort (3) : il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois. Qu'on tolère d'ailleurs toute religion qui tolère les autres, mais non celle qui dit : Hors de l'Eglise point de salut. » Les terroristes se sont souvenus de cette parole, et Rousseau a sa place marquée entre Robespierre et Torquémada.

{{) II, 3. - (2) lY, 8.

(3) « C'est de la graine de guillotine que Rousseau a seiuée sur ie rapier. » About, le Progrès, p. 18o.

Avec sa république démocratique Rousseau croyait de bonne foi ouvrir une ère nouvelle de liberté, et il ne se doutait pas qu'il édifiait sur les ruines du despotisme monarchique des Bourbons un despotisme plus absolu encore et plus sanguinaire. Son peuple souverain, c'est-à-dire une demi-douzaine de factieux, dit comme Louis XIY : « L'Etat c'est moi, y^ et ne tolère loin du centre nulle liberté provinciale ni communale. Louis XIV prétendait bien imposer à tous ses sujets la même religion, mais elle était celle de la très-grande majorité de la nation : le peuple de Rousseau fabrique la sienne de toutes pièces, et peut dire : a L'Eglise, c'est moi. » Louis XIV dépouillait de leurs biens, tourmentait par ses dragons, jetait en prison les non-conformistes : Rousseau, coupant court, les livre à la hache du bourreau.

Rousseau n'a point prévu l'effroyable tempête de 1793. Il n'appliquait certainement point à la France ce qu'il disait des peuples qui, ce une fois accoutumés à des maîtres, ne sont plus en état de s'en passer : s'ils tentent de secouer le joug, ils s'éloignent d'autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séducteurs qui ne font qu'aggraver leurs chaînes (1). » Ailleurs il « tient pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer; toutes ont brillé, et tout Etat qui brille est sur son déclin. J'ai de mon opinion des raisons plus particulières que cette maxime ; mais il n'est pas à propos de les dire, et chacun ne les voit que trop (2). » Cette chute des royautés ne devait être à ses yeux que la mort sans luttes violentes d'un vieillard décrépit.

Rousseau est un transfuge du Dieu de la Bible quand il engage les vicaires à le prêcher sans croire en lui ; — un transfuge de la foi personnelle et de la liberté individuelle de la Réforme, lorsqu'il fait prévaloir le principe de l'Etat païen sur celui de la monarchie germaine défendue par Montesquieu; — un transfuge de la liberté religieuse, lorsqu'il inaugure l'ère des persécutions révolutionnaires au moment où Voltaire mettait fin à celles des persécutions catholiques; — un transfuge enfin de la cause du progrès quand il a décrie la civilisation et par sa théorie de la souveraineté populaire légitimé toutes les atrocités de la plus tyrannique et la plus sanguinaire des républiques.

i»i Dédicace du Discovri sur lesinegaliUs. — (2) Emile, I. III.

§ 10. — Ze5 économistes, réformateurs.

De ce chaos de Ihéories plus malfaisantes les unes que les autres, sortit une science nouvelle, à Tair noble et digne, l'économie politique ou nationale. Un médecin du roi, Quesnay, en fut le père, V Encyclopédie le berceau.

L'Occident était avant Quesnay la victime du système mercantile. Depuis la renaissance de l'industrie et du commerce maritime en Italie, on avait admis sans réflexion que les métaux précieux faisaient seuls la richesse des peuples. Bodin en France et Serra en Italie (1613) avaient les premiers formulé ce principe, que Colbert appliqua rigoureusement à son pays, et qui n'avait pas tardé à être introduit dans toute l'Europe. On facilitait l'entrée et entravait la sortie de l'argent monnayé par tous les moyens possibles; l'industrie indigène était protégée par un ensemble très-compliqué de droits prélevés aux frontières, de primes d'encouragement et de règlements minutieux et vexatoires; on favorisait les fabriques, le commerce extérieur et les villes au détriment des campagnes, du commerce intérieur et de l'agriculture, et les colonies étaient maintenues dans un ilotisme qui les poussait à la révolte. Les rapports internationaux se tendaient ainsi de plus en plus ; car on était persuadé qu'une nation ne pouvait s'enrichir qu'en appauvrissant toutes les autres.

Quesnay (mort 177 4), qui avait vu de près les souffrances des paysans, publia dans V Encyclopédie deux articles sur les fermiers et les groins, qui produisirent une immense impression. Le système qu'il opposait au mercantilisme, était celui de la physiocratie (1) : a La richesse, c'est la marchandise qui se consomme et se reproduit sans cesse, non l'argent; l'unique source de la richesse nationale est le travail du sol; le seul moyen d'augmenter le plus possible la production est la liberté la plus entière; la solidarité des nations est telle que l'intérêt de l'une est celui des autres, et de leur communauté d'intérêts naîtra la paix universelle. C'est à la science nouvelle à découvrir et à faire régner les lois naturelles de la vie des nations.

a Ces lois reposent sur le triple instinct du bien-être, de la sociabilité et de la justice. La première est celle de mon droit aux

(0 Tableau économique, 1758. — La Ph^fslocratic, 4767.

choses propres à ma subsistance, et de la nécessité où je suis de travailler pour les acquérir. Elle suppose la propriété de ma personne ou le libre usage de mes facultés, celle de mes meubles, celle de mon fonds de terre. Cette triple propriété est la raison de toutes les lois positiTes, le principe virtuel de toutes les institutions sociales. La seconde loi est celle de mon droit à viyre dans la société de mes semblables en paix et en harmonie avec eux tous. La troisième est celle de l'autorité tutélaire qui protège mon droit contre les injustices d'autrui et autrui contre mes mauvaises passions, tout en accordant à chaque citoyen la plus grande liberté (1).

(( Les lois sociales sont indépendantes des formes du gouvernement. Elles sont immuables, providentielles et ne proviennent en aucune manière d'un contrat comme le prétendait Rousseau. Elles ne peuvent contredire la loi morale; car le juste est Futile; faire le bien, c'est le recevoir. »

Les économistes allaient faire rentrer la société dans la voie de la justice et de Tordre, par de sages et pacifiques réformes que l'Etat pouvait opérer sans secousses. La France semblait sauvée. Elle Faurait été en effet sans son ivresse spirituelle qui ne lui permettait ni de voir où elle allait ni de savoir ce qu'elle voulait. Les économistes eux-mêmes furent pris de ce même esprit de délire. Ils se déconsidérèrent par leur emphase prophétique, par leur ton d'oracle, par leur enthousiasme d'illuminés, par leurs divisions et leurs anathèmes (2).

Quesnay d'ailleurs dans sa réaction contre le mercantilisme s'était jeté à Fextrême opposé. Nous ne lui reprocherons pas la théorie d'un laisser faire absolu, et ne dirons pas avec Aug. Comte qu'il n'a « su que systématiser l'anarchie. » Mais pour fonder et maintenir ce régime d'absolue liberté, il était, avec son école, tout prêt à reconnaître à l'Etat une autorité despotique. Surtout il attribuait manifestement à l'agriculture une importance excessive.

Les erreurs de Quesnay ne tardèrent pas à être signalées par son disciple Turgot. Il fut la gloire et l'appui des économistes. Pendant son court ministère, il tenta de réformer d'après leurs principes la législation et l'administration de la France. Dans un écrit (3) clairet méthodique, qui fut peu remarqué, il tint compte,

il) « Le premier grain de blé confié à la ferre, a dit Dupont de Nemours, devint le germe . assuré des empires. » — Voilà la Démèter Thesmoplioro des Grecs. — (2) la Harpe, ©nvi. cite, p. 319. — (3) Truite de la formutionct de la distribution des richesses, 1767.

avec de Gournay, de l'industrie comme de l'agriculture, fit opposition aux tendances absolutistes de Técole et discuta, neuf ans avant Adam Smith, avec une netteté et une justesse difficiles à surpasser, les principaux problèmes de l'économie sociale. Il aurait du partager avec Tillustre Ecossais la gloire d'avoir réformé cette science.

De tous les services que Téconomie nationale a rendus aux historiosophes, nous n'en citer(»ns ici qu'un seul : la vraie intelligence du rôle du commerce dans l'histoire de l'humanité. Méprisé de Platon, d'Aristote, de Gicéron; tenu presque pour immoral par les scolastiques, le commerce, après avoir attiré l'attention de Huet et de Montesquieu, en Allemagne de Herder et de Schiller, a fini par exciter l'enthousiasme de Destutt de Tracy (1). 11 y voit le lien unique des hommes, la première et la plus puissante cause du développement de leur bienveillance réciproque, l'union finale de toutes les nations.

§11. — ]J école historiosophique du progrès.

Le fondateur de Técole du progrès, c'est Turgot (2).

Turgot est plus grand que sa réputation. S'il est bien de son siècle par son sensualisme condillacieU;, il le domine par sa foi en la providence divine dont il admirait « l'œuvre glorieuse dans l'enchaînement » de l'univers (3), et par son impartialité envers l'Eglise, qui faisait une singulière disparate avec les grossières injures de ses amis. Ils furent assez habiles pour ne pas le contredire. On se borna à ne tenir aucun compte de ses écrits. Ses écrits, il est vrai; n'étaient que des discours de quelques pages ou de' simples ébauches. Il n'a pas exécuté son plan d'une histoire universelle dont le progrès aurait été l'idée mère.

Le progrès était pour lui celui des connaissances et des découvertes humaines, tel que l'avaient entrevu Lucrèce et formulé Bacon, Pascal, Fontenelle. C'est un « héritage, disait-il à son tour, qui s'accroît toujours, c'est le trésor de toutes les connaissances particulières qu'une génération transmet à l'autre. » Le propriétaire de ce trésor, a le genre humain, considéré depuis son origine, est un tout immense qui lui-même a, comme chaque individu, son en-

(1) Commentaire sur VEsprit des lois, aux livres X\ et XXI.

(2) ^é 1727; mort j78l. - OEuirss, t. 11. Discours sur les avantages que rétablissement du christianisme a procurés au ycnre humain, 1730. - Second discours sur tes progrès successifs de Vesprit humain, IT30, - Idées sur l'introduction à l'histoire universelle, deux discours. - Plan d'un truite de géographie politique, - (-î) Idées, -premier disrom-^.

fance et ses progrès (1). « Cette idée, vieille déjà d'un siècle et demi, allait devenir le principe premier d une science nouvelle.

ïurgot ne limitait point d'ailleurs le progrès à celui des lumières et de l'industrie. Tandis que « les sciences avancent toujours à travers les erreurs et les hypothèses; « tandis que «les arts et le commerce, s'ils se cachent sous terre pendant une partie de leur cours, reparaissent plus loin plus riches et plus prospères, les mœurs s'adoucissent, les institutions politiques et les lois se perfectionnent malgré les guerres et les révolutions. »

Cependant « la civilisation passe d'une contrée et d'une nation à l'autre sans périr, sans cesser de progresser.

« Les nations isolées se rapprochent les unes des autres; le commerce et la politique réunissent toutes les parties du glohe, et la masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d'agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, à une perfection plus grande (2).

«La perfectibilité de la race humaine est illimitée sur cette terre» (ainsi que 1 avait admis l'abbé de Saint-Pierre et nié Rousseau).

« Les causes du progrès, poursuit Turgot, sont, les unes, générales et nécessaires : ce sont les lois fatales ou providentielles qui régissent l'humanité, et l'influence de la nature ou des climats ; — les autres particulières : les actes libres des grands hommes (3). »

La formule du progrès est celle des « trois manières, théologique, métaphysique et scientifique. Dans le premier âge l'homme met Dieu partout. » Turgot, pour expliquer l'origine de la religion, substitue à l'absurde fable de la peur et des rêves une hypothèse toute psychologique et très-ingénieuse que nous retrouverons à la même date chez Hume et qui dans notre siècle est adoptée par la plupart des historiosophes français : L'homme qui a d instinct la conscience de la liberté, suppose une volonté libre partout où il aperçoit un etfet. Il anime ainsi tous les objets extérieurs; de là le fétichisme. Puis il généralise peu à peu son idée (le l'existence et imagine des êtres à forces surhumaines qui sont enrapportavec les phénomènes physiques; delà le polythéisme (4). — « Dans le deuxième âge, Thomme suppose partout des forces, qui ne sont que de vaines abstractions. » — « Dans le troisième, il constate sous le nom de lois le cours permanent et régulier des

H) Idées, premier et deuxième discours. - (2) Sec. Discovrs. - (31 Idées, premier discours (41 Art. Existence dans V Encyclopédie.

choses. » — Telle est cette fameuse loi, mi-vraie, mi-fausse, du progrès ou plutôt des âges (t. I, p. 19), qu'avaient découverte Campanella et Vico, et qui est devenue en nos temps un des axiomes de rhistoriosopliie positiviste.

Turgot a le premier tenté de dégager de toutes les histoires nationales Thistoire universelle de l'esprit humain (1). Maisa le fil du progrès » lui échappe aussitôt qu'il veut sortirdes généralités et citer des noms de peuples et de lieux. Il admet le déluge et la dispersion bibliques, insiste sur « l'inégalité des dons répartis par la nature entre les nations, » admet l'état primitif de sauvagerie, échelonne les peuples chasseurs, les peuples pasteurs et conquérants, les peuples agricoles et civilisés avec leurs mille formes de gouvernements, tente d'expliquer la formation des idées et des langues, oppose les peuples civilisés et les peuples barbares, suit les progrès des arts et des premières sciences, ne craint pas de dire que le seul vrai Dieu, le seul digne d'être adoré, ne fut connu que dans un coin de la terre par le peuple qu'il s'était expressément choisi, et signale un pas vers la perfection, malgré les maux inséparables des révolutions, dans les vastes empires que l'ambition forme des débris d'une foule de petits Etats. « Le christianisme a perfectionné les hommes considérés en eux-mêmes et la constitution des sociétés politiques. Le monde païen avec son esprit de caste, son égoïsme, son esclavage, sa souveraineté de la force, est de beaucoup inférieur à celui de la charité et de l'égalité évangéliques. Quelque déplorable qu'ait été l'état du monde au commencement du moyen âge avant Charleniagne, un progrès insensible préparait cependant les éclatantes lumières des derniers siècles. La Réforme (que Turgot indique d'un mot en passant) est le fait d'hommes audacieux qui ont ébranlé les fondements de la foi et ceux des empires. Dans l'âge actuel de la raison, on revient par la rétlexion au point où les premiers hommes avaient été conduits par un instinct aveugle. « Ce « suprême effort de la raison » ne peut être pour Turgot que la destruction de toutes les religions positives et le retour à la foi la plus vague en la Divinité.

En politique, Turgot voyaitavec l'abbé de Saint-Pierre l'humanité marcher vers une confédération d'Etats tous indépendants et républicains, entre lesquels la liberté illimitée du conmierce établirait une solidarité complète d'intérêts.

{i) Je résume ici les deux discours de 1750 et les deux dos Idées.

Turgot n'a point divisé Thistoire universelle en périodes ni déterminé les fonctions des peuples dans le grand œuvre de la civilisation. Mais il a fortement accentué le progrès du paganisme aU christianisme, ce que n'a fait aucun des écrivains contemporains, Herder y compris, et il a suivi à travers le moyen âge la marche progressive de Tesprit humain.

Turgot projetait en outre une réforme de la science politique. Il nous a laissé Tesquisse d'une Géographie politique qui aurait été à la fois une statistique et une géographie historique. Cette science nouvelle explique « les rapports des hommes dans les distances de l'espace com.me l'histoire dans celles du temps; » elle rend compte par la situation relative des nations de leurs systèmes politiques, de leurs révolutions et de leurs projets.

Précurseur deC. Ritter, rival d'Adam Smith, fondateur de l'école française du progrès, Turgot est sans contredit l'esprit le plus original, le plus indépendant et le plus impartial de tous les encyclopédistes. Or, sa supériorité^ il la doit à ce qu'il lui reste de foi en Dieu, de respect pour le christianisme et d'amour désintéressé pour le bien. Plus incrédule il aurait été moins grand et plus illustre, car on aurait fait plus de bruit autour de son nom.

Turgot n'a point cité Yico dont il a été à son insu le continuateur.

Boulanger (1) venait d'importer en France la formule biologique du philosophe napolitain : théocratie, aristocratie, démocratie, monarchie, qu'il appliquait, non plus aux nations, mais à l'humanité elle-même. En vivant comme ingénieur dans les mines, il découvrit partout des traces du déluge et fut curieux d'en retrouver l'action sur l'esprit humain. Il crut que les terreurs de ce cataclysme avaient donné naissance à la religion. \J Antiquité dévoilée ^ d'une érudition indigeste, a fait entrer la géologie dans le champ des études historiques, mis en circulation l'idée très-vraie de V esprit cyclique de la haute antiquité, et fourni, contrairement aux intentions de l'auteur, à Bailly et à d'autres de nombreuses et précieuses preuves en faveur de la commune origine de toutes les mythologies. Boulanger, dont les écrits ne parurent qu'après sa mort, remaniés par d'Holbach, était un des grands ennemis du

(l)Né \''22; mort 4759. — VJntiquité dévoilée par sesiisarjes, 1766. -> Recherches sur Corigiiu du despotisme orientai, 4761 et 4766.

christianisme. Il s'en repentit amèrement à sa mort, qui fut prématurée (l).

La Révolution a éclaté. Le disciple et le successeur de Turgot, Condorcet (1743-94) est mis hors la loi. La Terreur règne : il s'est réfugié chez une amie, et là, sans livres, de mémoire, il compose son Fsquisse des progrès de l'esprit humain. Témoin depuis son asile des horreurs où l'athéisme qu'il professait avait poussé la France, et victime de ses propres doctrines, il ne les renie point. Elles triompheront des obstacles de tout genre qu'elles rencontrent devant elles, et il ne doute point des bienfaits qu'elles répandront un jour sur la terre entière ; car l'homme est bon de nature et le mal git tout entier dans les institutions. Cette foi désintéressée et inébranlable en la perfectibilité du genre humain a quelque chose de grand et de noble que nous admirerions davantage, s'il n'y avait pas un moment où l'aveugle confiance qu'on met en ses propres opinions, devient un coupable endurcissement.

Condorcet s'affermissait dans sa confiance en l'avenir par le spectacle des progrès incessants de l'esprit humain dans le passé. U Esquisse, qui n'a point la prétention d'être un écrit de savante érudition, contient des vues d'ensemble, des aperçus généraux^ rapidement jetés sur le papier. L'auteur compte dix périodes de la sauvagerie primordiale à l'idéale perfection de l'avenir : 1) Les hommes se réunissent en peuplades de chasseurs, de pêcheurs et plus tard de pasteurs. — 2) Les pasteurs deviennent agriculteurs. — 3) Bientôt ils inventent l'écriture et plus tard ils découvrent les beaux-arts; c'est l'époque de la Grèce. — 4) Depuis Aristote et le siècle d'Alexandre ils se consacrent aux sciences. — 5) La tyrannie de Rome, les superstitions des chrétiens et des mahométans interrompent la marche ascendante de l'esprit humain. — 6) Elle recommence par les croisades, et conduit, 7) par l'invention de l'imprimerie, 8) à la liberté de la pensée inaugurée par Descartes, et 9; à la liberté politique dont la révolution de 1789 dote la France et l'Europe. On approche ainsi de la perfection. 10) L'avenir verra l'égalité de richesse, de position et d'instruction s'établir entre tous les membres d'un même peuple, l'égalité politique et morale entre tous les peuples, tous républicains, tous athées, tandis que chez l'individu les facultés intellectuelles et morales se per-

(\] La Harpe, ouvr.cité, p. «no.— J'aurais dû mentiouiier avant Condorcet VHistoire de Vesprit humain du marquis d\rgcns. Je n"ai pas réussi à la trouver. L'ouvrage passe d'ailleurs pour être de peu de mérite.

fectionneront par ramélioration des méthodes et par les progrès des sciences, les facultés physiques par rassainissement du climat et par un bien-être universel. Le progrès d'ailleurs est indétini; il se peut même que la vie humaine, délivrée peu à peu de toutes les causes de maladie, finisse par ne plus être assujettie k la mort. »

Par ses dix périodes Condorcet a marqué les stations de l'esprit humain sur cette voie du progrès dont Turgot avait simplement indiqué la direction générale. Mais par son inintelligence de la vie religieuse, il n'a pas compris cette supériorité du christianisme sur le monde païen que Turgotavait relevée avec soin, et la série continue, qui est l'idée mère de son livre, s'est ainsi trouvée interrompue au milieu par quinze siècles d'un mouvement en arrière. Aussi Aug. Comte lui-même dit-il « que pour Condorcet le progrès est un effet sans cause, qu'entre ses premières périodes et ses dernières, les états intermédiaires sont tous des temps de rétrogradation, que le passé devient ainsi un miracle perpétuel sans la Providence, et que tout l'ouvrage n'est qu'une longue et fatigante déclamation dont il ne résulte réellement aucune instruction positive. »

Ce qu'il y a de neuf et de vrai chez Condorcet, c'est sa notion du progrès qui embrasse à la fois l'enchaînement des divers états sociaux de l'humanité et le lent perfectionnement de toutes les facultés de l'individu.

C'est en s'appuyant sur cette double notion que Condorcet a hasardé le premier tableau de l'avenir qu'ait tracé la science historiosophique. Chose étrange ! il retrouvait le millénarisme biblique qui était banni du monde chrétien depuis le siècle de saint Augustin, qui avait réapparu en Allemagne avec l'école de Spener, et dont Kant avait déjà prononcé le nom neuf ans auparavant, en 1784. Esaïe avait prédit simplement que celui qui mourra à cent ans, mourra jeune : Condorcet laisse entrevoir la possibilité d'une longévité indéfinie. Michée avait vu chaque famille heureuse dans sa demeure : Condorcet parle d'une égalité de fortune résultant de l'épargne et des assurances sur la vie. Les prophètes avaient annoncé que toutes les nations vivraient paisibles et prospères sous la loi du Christ : Condorcet prévoit une ère de fraternité universelle où tous les peuples parleront la même langue. Mais comme il nie l'immortalité de l'âme, il prétend que l'humanité doit marcher éternellement sur cette terre vers la perfection, et que notre terre doit par conséquent ne jamais périr, en dépit de la prophétie biblique (t. I, p. 346) et de la géologie.

Nous savons gré d'ailleurs à Condorcet de ses protestations contre la souveraineté du but, de son affirmation du droit do propriété et de ses vues sur la séparation de TEgiise et de l'Etat par la suppression du budget des cultes.

Quatre ans déjà avant V Esquisse de Condorcet, en i791, avaient paru les Ruines de Volney. Volney (1757-I820j, était un esprit grave et réfléchi, vaste et lucide, ferme et sage, que l'athéisme a desséché, assombri, rétréci et faussé. Par ses Recherches sur l'histoire ancienne il appartient à la savante école de Fréret. Ses Voyages en Orient et aux Etats-Unis donnent du pays et de ses habitants des tableaux qui rappellent ceux d'Hérodote : sobres de couleur, ils sont d'une vérité et d'une exactitude irréprochables. Mais en morale et en philosophie il est le disciple de d'Holbach, et de Voltaire en histoire. Dans ses Méditations sur les révolutions (ou les Ruines) des empires, il ne croit pas à ces lents progrès de l'esprit humain qu'avaient suivis pas à pas Turgot et Condorcet. « Jusqu'au dix-huitième siècle, l'histoire n'est que ténèbres, confusion, oppression, dégradante superstition : l'humanité depuis sa naissance est la dupe de quelques prêtres, l'esclave de quelques tyrans. » Le cœur glacé, l'imagination sans fraîcheur, il veut néanmoins raconter avec poésie, avec éloquence les lamentables scènes du passé, et il n'est qu'emphatique. Au reste, si l'assurance avec laquelle il raconte l'histoire des sociétés et des religions, en impose à quelques-uns de ses lecteurs, il ne peut se dissimuler à lui-même que son œuvre n'a aucune valeur scientifique : on lui dira, il le prévoit avec raison, qu'elle n'est « qu'un roman, un tissu de conjectures dressé avec art, mais sans fondement. » C'est bien là le jugement que porte la critique impartiale sur ce livre dont l'esprit de parti a singulièrement surfait le mérite (i).

§ 12. — Saint-Martin^ le philosophe mystique {"2) . Bonnet.

Dans la dernière moitié du dix-huitième siècle s'oftre enfin à nous un philosophe chrétien. C'est un mystique, Saint-Martin (1743-1803), le plus sensé de ces théosophes insensés qui veulent mieux connaître les mystères divins que les saint Paul et les saint

i] Walckenaër, dans son Essai de 1T98 qnil a désavoué plus tard, distinguait dans VHistoire de l'esprit hiimaiïi cinq périodes de progrès, de la sauvagerie, par la chasse, par rélève des bestiaux, par l'agriculture, à la civilisation, et une période de déclin.

12) Chrétien évangelique, avril 1863.

Jean. Tandis que son maître, Bœhme, ne se comprenant pas luimême, professe un panthéisme qui est en soi blasphématoire, Saint-Martin reste plus fidèle à l'idée de création que Leibniz lui-même avec ses fulgurations. Sïl attribue à la chute de Satan et de rhomme la forme de la matière, pour ne pas dire son existence, il s'explique sur Torigine du péché en des pages d'une unique beauté. Que sa théorie du Verbe, que ses idées sur le sang et sur la rédemption, que sa notion de la nouvelle naissance soient incomplètes, erronées, insoutenables : nous n'en serons pas moins heureux de Tentendre prouver Dieu par le sentiment de l'admiration, définir l'homme avec Platon par l'aspiration à l'infini (i), tracer le tableau d'un avenir où régnera le ternaire de la fraternité, de l'égalité et de la liberté, tenter le premier après Leibnitz de «tout unir et de ne faire qu'une science,» en embrassant le monde entier d'un regard à l'aide de la loi suprême de l'analogie. Il y a surtout plaisir à le voir tlageller dans tous ses écrits le matérialisme. Le mystique ne craint même pas d'emprunter à Rabelais sa verve d'ironie : il nous raconte comment les athées de Paris ont été sur le point de nommer membre de l'Académie Satan, qui leur est apparu sous la forme d'un immense crocodile. La satire s'allie d'ailleurs en lui à une tendre charité et à une compassion profonde. Il est « le Jérémie de l'universalité. « Mais on ne l'écoutait pas, et il a « passé à côté du monde et non dans le monde. » Aussi avait-il le ïnol du pays céleste; son désir était d'entrer dans l'autre monde « pour accoucher de son âme dont il lui semblait qu'il était gros. »

L'an III, il voyait déjà dans la révolution française a une image abrégée du jugement dernier qui avait commencé par la nation la plus coupable, mais qui n'épargnerait pas les autres. Le châtiment avait en France frappé moins rudement la noblesse déjà depuis longtemps abaissée, que le sacerdoce, qui est encore dans la pleine jouissance de ses droits factices et de ses usurpations temporelles. »

A Genève, Bonnet (1720-1793), disciple de Leibniz sous l'influence de Gondillac, cherchait à concilier la raison et la foi dans s^ Palingénésie philosophique {\lQi). Se fondant sur le principe de continuité ou l'enchaînement universel des êtres, et sur la

W] Jeaa de Muller disait de l'Homme de désir •• « C'est pour moi le livre des livres, II est un signe du temps, une preuve que tous n'ont pas fléchi le genou devant le Baal de Voltaire. C'est Tceuvre d'une grande expérience et dune force divine. »

constante union des âmes et des corps, il croyait à une transformation future de tous les êtres, des animaux comme des hommes, qui recevront un organisme meilleur, ou, en d'autres termes, à une migration des âmes d'un corps imparfait dans un autre de plus en plus parfait. Son apologétique, fort admirée de Halleret d'Euler, convertissait des incrédules et irritait vivement Voltaire. Ennemi déclaré des encyclopédistes, Bonnet avait pressenti les horreurs de la Kévolution.

Bonnet n'était d'ailleurs point isolé dans la yille de Calvin. Si la foi chrétienne y fléchissait sous le faix du rationalisme universel, le respect pour la révélation s'y maintenait vivace, et on repoussait l'incrédulité de Voltaire et des encyclopédistes. Les doctrines spiritualistes, et même bibliques, y étaient représentées, exposées, défendues par Abauzit, «le Socrate genevois,» par le moraliste Trembley, par le philosophe Prévost, par le célèbre Necker, par le géologue Deluc.

§ 13. — Géologie, archéologie, linguistique.

De toutes les sciences physiques qui ont pris leur essor pendant le dix-huitième siècle, la seule qui nous intéresse est la géologie.

L'hypothèse devançait les résultats positifs de l'étude directe des couches et des fossiles. Les défenseurs de la Bible, tels que les Anglais Burnet et Whiston (1696), inventaient toute espèce de romans pour expliquer la création de la terre et le déluge. Voltaire en riait et il en avait le droit. Mais en 1726, un Zurichois, Scheuchzer, crut avoir découvert un homme témoin du déluge de jSoé dans une colossale salamandre qu'il avait prise pour un enfant. L'incrédulité s'en alarma. Quel ne serait pas son embarras si la nature elle-même se chargeait de démontrer par des preuves irréfragables l'exactitude des récits de la Genèse ! Voltaire se montrait singulièrement inquiet des coquilles trouvées dans les roches calcaires au sommet des montagnes : pour échapper au cataclysme biblique qui les y aurait déposées, il appelait à son aide dans son désespoir les pèlerins du moyen âge. Cependant les hypothèses suivaient leur cours; en 1806, l'Institut de France en comptait quatre-vingts, toutes hostiles à nos saints livres. Les deux seules dont on ait gardé le souvenir, sont celles de Maillet et de Buffon. Le premier (mort en 1738) est le père du transfor-

misme; dans son Telliamed (1748), il faisait sortir tous les animaux terrestres, l'homme compris, d'êtres marins. Le second (mort en 1788) prêtait les charmes de son style à la théorie de Descartes et de Leibniz sur Torigine solaire et ignée de notre planète. Exposée avec une puissance admirable d'imagination, cette fiction séduisit tous les esprits. Elle fut d'autant mieux ac> cueillie que cette origine ignée de la terre et les millions de siècles nécessaires à son refroidissement étaient inconciliables avec le chaos aqueux de la Genèse et le récit des Six jours. Buffon lui-même, tout en se montrant très-docile devant la Sorbonne et très-hostile à Condorcet, disait indifféremment : Dieu ou la nature.

La géologie n'est devenue une science sérieuse et positive qu'avec le Saxon Werner (1776-87) et le Genevois Saussure (1779- 96). Werner était neptuniste. Son neptunisme provoqua le plutonisme de son compatriote Voigt (1782-1820), et des Ecossais Hutton et Playfair (1802). Avant et pendant les luttes violentes de ces deux écoles, un autre Genevois, Deluc, publiait sur V Histoire de la terre deux ouvrages (1779 et 1798), où il établissait d'une manière si savante et si plausible l'accord de la Genèse et de la géologie que l'incrédulité n'osa pas le contredire.

Dans notre siècle, Cuvier a opéré une révolution dans la géologie par l'usage qu'il a fait jde l'étude comparée des animaux fossiles; les deux écoles de l'eau et du feu ont poursuivi leurs querelles, et l'accord de la révélation avec la science est l'objet de tentatives qui se reproduisent sans cesse avec les nouvelles découvertes des géologues.

En racontant à sa manière l'histoire de notre terre, Buffon avait été amené à présenter, dans ses Epoques de la nature (1789), sur les origines de l'humanité une hypothèse qui était directement contraire à celle de l'école progressiste et matérialiste. Sur la terre refroidie les premiers honnues auraient habité le centre de l'Asie ; cette contrée privilégiée entre toutes aurait été le berceau de la civilisation; là aurait vécu, heureux et p lisible, le peuple primitif, qui pendant une longue série de siècles aurait cultivé les hautes sciences. Les débris de ces sciences se seraient conservés chez les Chinois, les Indiens, les Chaldéens, les Egyptiens, qui n'auraient rien inventé. Buffon établissait donc, comme Boulanger, une connexion étroite entre la géologie et l'archéologie.

Cette hypothèse s'accordait fort bien avec celle de l'Atlantide

que Bailly, l'admirateur de Buffon, le lecteur attentif de Boulanger, avait récemment exposée dans son HisfrAre de l'astronomie (1775), et qu'il défendit plus tard dans plusieurs écrits avec cette grâce que les savants français savent seuls apporter à leurs discussions (1). Bailly d'ailleurs supposait c()ntre toute raison qu'aux origines de liiistoire Tesprit humain avait résolu par la réllexion et la philosophie les grands problèmes de la métaphysique; que les poètes avaient de propos délibéré revêtu de formes allégoriques les vérités découvertes, et que ces allégories prises à la lettre avaient donné naissance aux mythes des religions anciennes. Cet âge d'or de la philosophie et des sciences positives était certainement une hypothèse fort étrange. Elle s'appuyait sur l'accord extraordinaire que Voltaire lui-même et Boulanger avaient constaté entre les connaissances, les fables, les rites, les mœurs de tous les anciens peuples. C'était substituer aux Adamites et aux Noachides de la Genèse un peuple sans nom de l'Asie centrale, ou les Atlantes ou (avec Voltaire) les Brahmines de l'Inde. C'était surtout i-emplacer le roman de la sauvagerie primitive par celui diamétralement contraire d'un primordial état de haute civilisation. D'Alembert et son école le rejetèrent avec aigreur, mais bientôt on se ravisa. Un membre de l'Institut, Dupuis, qui prétendait trouver VOrigine de tous les cultes (1777-I79i), y compris celle de la religion chrétienne, dans les astres et leurs révolutions, fit du peuple primitif de Bailly et de Buffon, le berceau de ses fables mythologiques.

Si, avant de quitter la France, nous jetons un coup d'œil sur les travaux d'archéologie antérieurs à Dupuis, que ce pays a produits pendant le dix-huitième siècle, et que ne peut ignorer l'historiosophie, nous citerons : pendant la première moitié de cette période, avec Montfaucon, le mythologue évhémériste Banier; Fourmont, expliquant les origines des peuples d'après les sources orientales et à l'aide des étymologies; Fréret, qui débrouille toutes les anciennes chronologies; puis, dans la seconde moitié du siècle, Goguet, qui a publié en 1758 un ouvrage fort estimé sur VOrigine des lois, des arts et des sciences, et leurs progrès chez les peuples anciens', de Guignes donnant, en 1770, la traduction du Chou-King, et Anquetil du Perron, en 1771, celle du Zend-Avesta; entln, Court de Gébelin, protestant comme Bo-

(1) Né 1736; morM793. — Histoire cîe l'astronomie, *77o-«787. — Lettres sur l'wigitie d sciences, et sur l'Atlantide, 1777.

chart et fils d un des héros des Eglises du Désert, auteur du Monde primitif (de 1773 à 83), où les mythologies sont expliquées par Pallégorie et le symbole.

Court de Gébelin nous rappelle que le dix-huitième siècle a vu lentement se former la linguistique comme la géologie. Leibniz et Vico avaient jeté la première base sur laquelle travaillèrent avec plus ou moins de science ou d'imagination le président de Brosses, l'Espagnol Hervas, les Anglais Harris (rauteur de Hermès, 1751) et Monboddo, et, enfin, les Allemands Adelung et Vater.

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