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LES ILES-BRITAN.MOUES

§ 1. — Philosophie et religion.

Au dix-huitième siècle la France descendait eu souriant, sans (|u'aucune voix puissante troublât sa sécurité, de Bossuet et Fénelon vers d Holbach et Robespierre. L'Angleterre, qui dailleurs a vu, sous le règne d'Anne, sa littérature avoir comme une seconde floraison, descend, elle aussi, de la foi de Baxter et de la piété de Newton, par le déisme de Tindal et de ses amis, et par le scepticisme de Hume, vers l'incrédulité éhontée d'un Paine et l'athéisme d'un Owen. Mais à chaque pas qu'elle fait vers l'abîme, une réaction de plus en plus puissante ralentit sa marche, et bientôt s'opère un réveil de la foi évangélique qui concourt puissamment à la sauver des horreurs de la réyolution française.

Au commencement du siècle, une génération après Locke, le déisme, que l'Eglise ne contraignait point à faire l'hypocrite, semblait à la veille de triompher du christianisme. Tindal (1056- 1733)j le plus âgé do cette pléiade d'esprits forts qui avaient révélé à Voltaire sa ténébreuse vocation, se bornait encore à faire du christianisme la religion naturelle qui est aussi vieille que le monde. Le comte Shaftesbury (1671-1713) la réduisait à la simple morale tout en lui témoignant, non sans ironie, un profond respect. Lord Bolingbroke (lG7:i-1751) niait avec l'élégance d'un homme du monde l'intervention de Dieu dans le gouvernement

des choses humaines. Toland ( 1(370-1 7fî2)^ plus hardi, sans déclarer toutefois le miracle impossible, prétendait substituer au christianisme entaché de judaïsme une religion panthéiste, toute terrestre, et soumettait, sur les traces de Herbert, à une critique malveillante les écrits du Nouveau Testament. Gollins (1676-17-29) attaquait la preuve des miracles et le réalisme métaphysique des dogmes révélés. Mandeville (mort 1733j osait soutenir que les vices font la prospérité des Etats. Morgan mort 17-43), « le Marcion moderne, » se faisait l'avocat de saint Paul pour condamner et rejeter toute Tancienne Alliance (1), tandis que, en i739, un simple ouvrier de Salisbury, Chubb, soutenait que le christianisme n'est pas une doctrine, mais une vie, et qu'il se résume dans les deux préceptes de l'amour de Dieu et du prochain. Blunt enfin était un vrai matérialiste.

Les puritains n'opposèrent aucune résistance au déisme : ils avaient épuisé leurs forces dans leurs luttes d'un siècle contre l'Eglise anglicane. Au sein de cette Eglise, les membres du bas clergé rivalisaient entre eux d'ignorance, de mondanité et d'apathie, et le rationalisme du siècle s'insinuait chez les plus fidèles des docteurs. Cependant les esprits forts rencontrèrent une vigoureuse opposition de la part du grand théologien Clarke, (1675-1729). qui eut pour contemporains ou pour successeurs. Middleton, Wollaston, Leland, Sherlock, Littleton, Paley et bien d'autres.

Dans le champ même de la philosophie, où chacun discutait la question de l'origine des idées, résolue par Locke dans le sens de l'empirisme, l'Irlandais Berkeley (1685-1753) avait été conduit à nier la réalité du monde matériel et à n'admettre que l'existence d'esprits doués d'intelligence et de volonté. Rompu par ses études et ses méditations à toutes les discussions métaphysiques, il réfuta avec un grand succès l'athéisme, le fatalisme et le scepticisme dans son dialogue d'Alciphron (1732).

En 1725, dans cette Ecosse que la Réforme régénérait lentement, et qui n'avait encore produit que Buchanan et Napier, naissait une école de philosophie spiritualiste, destinée à contrebalancer l'influence délétère que, par un courant de retour, les doctrines de Voltaire et de ses amis ont exercée sur les Iles-Britanniques. Elle eut pour fondateur l'Irlandais Hutcheson (1694- 1747) professeur à Glascow. Tout croyant qu'il était, il chercha directement en lui-même par l'observation psychologique la base

!ll Hase, Aiix/i€iifjcscliicliie, septième editiuii. p. '6-W-

de son système, et opposa au sensualisme de Locke le sens inné du bien et du beau, ainsi que Tinstinct de la sympathie et la sociabilité.

Les vrais champions de la vérité n'ont été ni des philosophes, ni des théologiens, mais deux prédicateurs populaires sortis du sein de l'Eglise anglicane. ^Yesley (170;i-179]) el Whitefield (17U- 1770) sont les Spener et les Francke de la race anglo-saxonne qui ne bénira jamais assez leur mémoire. S'adressant avec un intrépide courage et une éloquence entraînante à des foules immenses, poursuivis d'un lieu à un autre par la populace furieuse, ils allumèrent, à dater de 4738, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Amérique, un incendie qui bientôt se propagea au loin chez les nations païennes. Le réveil de la foi dont ils ont été entre les mains de Dieu les auteurs, a été comme l'accomplissement et la sanction de la Réforme en Angleterre.

Les sciences historiques ont indirectement profité de ce retour à l'Evangile par l'ardeur avec laquelle on s'est voué dès lors à l'étude de la prophétie biblique. Le grand Ne^^'ton avait mis en honneur ces recherches; des évêques, comme Thomas Newton (1), marchèrent sur ses traces, et le millénarisme acquit par ses Petersens anglais (t. Il, p. 92) (2) de très-nombreux partisans.

Tandis que dans toutes les classes de la société les âmes d'élite, secouant leur mort spirituelle; montaient vers la lumière, les esprits forts poursuivaient leur descente dans les ténèbres qui allaient s'épaississant en eux et autour d'eux.

Le médecin Hartley (1704-1757) tombait du sensualisme de Locke dans le matériaUsme. Après lui, Priestley (1733-1804) tentait follement de concilier cette même doctrine avec sa foi chrétienne.

Le sceptique Hume (1711-1776), contemporain de Hartley et de Whitefield, est avec Bacon et Locke le plus célèbre des philosophes anglais. Il nia tout lien réel entre l'effet et la cause et mit ainsi en doute l'existence d'une cause première dans le monde et de l'âme dans l'homme. Ses principaux adversaires furent les successeurs d'Hutcheson, entre autres Reid (1700-1796), qui lui opposaient le sens commun.

Bentham (1748-1832) qui, à dater de 1776 ébranla par ses écrits de morale, de jurisprudence et de politique, les Iles-Britanniques et l'Europe entière, était un disciple d'Helvétius faisant du bienci) z)isserfat;on.5 on prophecies, 1754.

(2) On cite Towers Illustrations of Propkcci/, 1706, 2 vol,

être matériel le tout de Thomme et de futilité la mesure de toutes choses. S'emparaiit des idées de Tabbé de Saint-Pierre, il rêvait en 1789 d'un tribunal suprême ou d'un congrès qui rendrait la guerre impossible. Dans un champ plus restreint, témoin des énormes abus du barreau et des tribunaux, il soulevait contre lui les colères des torys en demandant la réforme radicale de toutes les institutions politiques de sa patrie. On Ta nommé le Rousseau anglais et, par ses aspirations toutes démocratiques ainsi que par ses principes de morale, il a certainement frayé la voie au socialisme.

Le socialisme fit son apparition en Angleterre par Owen (né 1771), athée et fataliste déclaré. Son premier principe était Tirresponsabihté de l'homme, le devoir de la bienveillance toute sa morale, la jouissance son souverain bien. Il résumait Platon, Morus, Campanella, Morelly, Mably et Babeuf. Plus de propriété individuelle, et plus d'autre inégalité que la hiérarchie des fonctions. Il tenta en l6l2, avec un dévouement digne d'une meilleure cause, de mettre en pratique la communauté des biens dans une colonie coopérative dont il avait banni tout culte quelconque. Il ne pouvait qu'échouer.

§2. — Histoire.

La Grande-Bretagne a de tout temps apporté un esprit éminemment pratique à l'étude de l'histoire. Elle est la patrie d'un peuple libre qui se gouverne par lui-même et que tout invite à s'instruire aux leçons du passé. Aussi pouvons-nous assigner à tous ses grands historiens leur place dans l'école pragmatique de Polybe. Ils n'ont point la finesse d'aperçus d'un Montesquieu, la perfection de style d'un Voltaire, les vues d'ensemble d'un Turgot ou d'un Condorcet. Ce qui fait leur mérite, c'est leur talent à exposer Ihistoire de la constitution politique des nations : ainsi, dans une certaine mesure, Hume pour l'Angleterre; ainsi, Goldsmith pour la Grèce, Ferguson pour Home et, plus tard, Hallam pom le moyen âge. A ces noms et à ceux de Kobertson et de Gibbcr la France du dix-huitième siècle n'a rien à opposer.

On a de Bolingbroke des Lettres sur l'histoire {il oi) (1). Elles on-

[l\ Lctttrs 0/ tfie siudy and xise of hittory. 1752. Traduites en français eu 2 vol., la uicoit aiinc .

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