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trouvé de nos jours en Allemagne de tardifs admirateurs. Ils acclament en lui le premier écrivain qui depuis Machiavel ait ouvertement rompu avec les traditions de la Bible et d'Eusèbe. Lord Bolingbroke se montre en effet dans cet écrit très-bostile à tous les clergés, qu'il accuse de falsifier Fhistoire et de supprimer les écrits des hérétiques. Mais nous verrions plutôt en lui Thomme du monde qui traite avec dédain l'érudition des Scaliger et des Petau, des Usher et des Marsham ; Ihomme pratique pour qui les temps des origines n'ont aucun intérêt; l'homme d'Etat qui nous explique les ressorts secrets de l'histoire contemporaine où il a joué un certain rôle. Notons en passant qu'il déclare Louis XIY « fort supérieur à tous les princes avec qui il eut affaire au commencement de son règne, » et « le caractère du peuple français, ainsi que les avantages naturels de son pays, tels, qu'à quelque degré que puisse être sa misère en aucun temps^ vingt ans de tranquillité suffisent pour rétablir ses affaires et l'enrichir de nouveau aux dépens de toutes les nations de l'Europe (1). »
Hume est le Montaigne anglais, mais un Montaigne dénué de bonhomie et de grâce, un sceptique hostile et non indifférent à la religion, un égoïste qui a pour unique passion l'ambition littéraire. Si par la haute portée de son intelligence il commande le respect, il repousse par le peu de noblesse de son caractère.
L'irréligieux Hume a écrit une Histoire naturelle de la religion (1752). On peut aisément en prévoir les idées générales et la valeur. Il n'admet chez l'homme aucun instinct du divin, ne tient point compte du sens moral et du remords, écarte sans discussion la tradition humanitaire d'un monothéisme révélé et suppose sauvages les premiers hommes. « La religion naît, d'une part, de l'ignorance des causes de notre bonheur et de notre malheur, ou de la peur plutôt que de l'espoir et de la reconnaissance; d'autre part, de notre tendance à faire à notre image les dieux de notre invention, Au polythéisme primitif a succédé lentement, par les progrès de la raison, le monothéisme. » C'est, avec le Discours de Rousseau sur l' inégalité, le premier essai depuis Lucrèce de reconstruire l'histoire primitive de l'humanité par des imaginations qui n'ont aucun fondement historique et qu'on vous donne pour des faits solidement établis.
Hume parvient, à force de sophisrnes et de contradictions, à dé-
(1) T.n, p. 26 et 265.
clarer tolérant rt humain le polythéisme, qui n'est d'ailleurs, à l'en croire, qu'un athéisme superstitieux, et à faire sortir du monothéisme la peràécution, ainsi que l'ohéissance servile et les soidisant vertus monacales.
Cet Essai de Hume, qu'on lit plus qu'on ne le cite, a certainement inspiré Auguste Comte et M. Eugène Yéron.
Dans d'autres Essais, Hume réduit à peu de chose, par de trèsfortes raisons, l'influence du climat sur le caractère des nat'ons ; fait observer que les historiens ont été presque tous amis de la vertu, même un Machiavel dans son Histoire de Florence {\) ; analyse avec beaucoup de finesse les causes de l'origine et des progrès des arts et des sciences, et fait une critique très-équitable des deux théories contradictoires du contrat primitif et du droit divin. Il discute (21 aussi la grave question soulevée par Montesquieu du dépeuplement de la terre dans les temps modernes. Ce Discours a provoqué un Essai fort intéressant de ^Yallacesw/' la différence du nombre des hommes dans les temps anciens et modernes, dans lequel on établit quil était [Ans considérable dans l'antiquité (3).
Depuis Raleigh et Milton personne ne s'était fait un renom dans la Grande-Bretagne par quelque grand écrit historique (4). Hume, qui admirait beaucoup Voltaire et qui n'aimait que la gloire, ambitionna celle de doter sa patrie d'un ouvrage de ce genre. Il choisit pour ^u]eiV Histoire de V Angleterre {iloi-il^i). Mais il était Ecossais et détestait dans le fond de son cœur l'Angleterre de 1688 qui avait détrôné les Stuarts. « Bonhomme qui ne songe qu'à faire des malices » (comme il se définissait lui-même), il se proposa de « mystifier les Anglais, » en écrivant avec une apparente impartialité et une habileté consommée leur histoire, qui deviendrait entre ses mains la glorification des rois d'origine écossaise et des torys, la satire voilée des whigs, de Guillaume d'Orange et des puritains. Cependant sa haine de la religion lui inspirait une haine égale de la liberté qui en est la fille et la compagne, et il ne comprit point ce lent et continu mouvement de la nation anglaise vers la liberté politique et religieuse, qui est le premier et le dernier mot de son histoire. Néanmoins, cet écrit fit en Europe et surtout en France la réputation de Hume. Le siècle y retrouvait avec joie sa propre incrédulité, acceptait sans
(M Essai sur l'étude de l'histoire. — (2) Political Difcurses. ilo2. (3) Traduit en français par de Joncourt. Londres, 1754.
(^) Si nous no mentionnons pas ici l'Histoire universelle qui a paru on anglaisa dater de 1730 et quicompte 2t vol. in-4, c'est que cet immense ouvrage est une simple bibliothèque d"bistoirc^
spcciales.. d'uumérilc foit inc-al et dune exactitude fort contestable.
critique les réflexions piquantes de Fauteur, ne se doutait pas du peu de soin qu'il avait mis à étudier les sources, et ne se scandalisait point du sourire moqueur qu'appelait sur ses lèvres tout grand acte de dévouement. Aujourd'hui Hume a été jugé par ses aveux mêmes et son chef-d'œuvre a perdu tout crédit.
Gibbon (1737-1794) jouit d'une gloire usurpée. L'incrédulité lui a fait l'esprit si faux, si servile, si frivole, si sensuel qu'il voit dans l'empire des Césars l'ordre, la vie, le progrès; dans le christianisme avec ses martyrs et ses Pères, rébellion, mensonge, folie; dans les Germains de méprisables barbares. Mirabeau (1) lui-même disait son Histoire de la décadence et de la chute de r empire romain (1776-1787), « élégante et non estimable, odieusement faux le tableau de la félicité du monde païen; indignes d'un Anglais, ces éloges de la tyrannie, du luxe, des voluptés, cette incrédulité pour les vertus républicaines \^), »
Avec l'Ecossais Robertson (1721-4793) nous rentrons dans le courant de la foi chrétienne et de la vérité historique. Fils de pasteur, pasteur lui-même, orateur de la chaire distingué, il fait preuve dans ses Histoires d'Ecosse, de Charles-Quint et du moyen âge (1769) , d'Amérique, d'impartialité et d'une saine appréciation des hommes et des choses. 11 y a d'ailleurs dans ses compositions plus d'art que de chaleur; il n'a pas toujours eu recours aux sources premières, et l'esprit de Voltaire qu'il avait pris pour m.odèle, déteint parfois sur lui (3).
Robertson, Gibbon, Hume n'ont émis aucune vue nouvelle sur le développement des peuples et sur celui de l'humanité. Les seuls historiosophes de quelque renom qu'aient produits les Iles-Britanniques, sont Ferguson et Home, tous les deux Ecossais comme Robertson et philosophes de l'école écossaise.
Ferguson (1724-1816) fut l'humble admirateur de Montesquieu. Il essaya de raconter l'histoire de cette société civile [A] que le phi-
il) Lettre de 178o, citée par C. Cantu, Histuire tiniverseUo, t. XVII de la trad. franc., p. 436.
(2) \oyez Villeiuain, Tableau Je la littérature au dix-huitiente siècle, leçon treritiéme.
• 3) Nous rappelons ici l'excellent écrit du Genevois Delolme sur la Constitution de l'Angleterre (177») et les sanglantes Lettres de Junius I7U9-I77I) contre le gouvernement, le Parlement et le roi. — Je ne tonnais pas les deux écrits d'tdouard >Vortley Montagne imort 1776) : Réflexions sur les anciennes républiques, 17^9 ; Histoire du gouvernement des anciennes républiques. 17c9
(4) Essay of Vie history of civil society. bdinburgh, 1767.
losophe français avait décomposée en ses principaux éléments et qu'il avait étudiée pièce après pièce. Il la prit à sa naissance, la suivit dans sa croissance jusqu'à sa fleur, soumit à un examen tout spécial son déclin et la vit expirer sous la tyrannie. La vie propre des peuples est pour lui si réelle, si puissante, qu'il fait observer très-justement que même dans les cas de conquête l'action étrangère ne produit jamais que des modifications de peu d'importance. Cependant, qui le croirait? l'idée que le développement des peuples est soumis à une loi et qu'il faut en trouver la formule, ne se présente pas à son esprit. Platon, Yico, Turgot^ Boulanger, n'existent pas pour lui. Au lieu d'étudier successivement les histoires de chaque peuple et d'arriver par leur comparaison à la loi commune, il raisonne et semble avoir peur des noms propres, il se perd dans des observations de détail et ne se résume jamais. Toutefois son livre a fait faire un pas à la science.
Il établit, d'abord, contre Hohbes, Hehétius, Rousseau et Mably, avec Aristote, Pufendorf et Montesquieu, la sociabilité instinctive des hommes et leur inégalité primordiale, ainsi que la parité de nature entre le sauvage et l'homme civilisé. Les récits des voyageurs lui fournissent la preuve que les sauvages ont les mêmes talents que nous, et il fait observer que leur peu d'industrie et leurs mœurs politiques sont les rudiments de nos institutions, de nos métiers et de nos beaux-arts (I).
Puis, il introduit le premier la distinction de la vie sauvage et de la vie nomade ou barbare. Mais il admet de confiance l'idée courante que tout peuple a été chasseur ou pêcheur à son origine, et qu'il doit traverser l'état de pasteur pour arriver à la civilisation. Aussi le tableau qu'il trace de l'enfance de la société et de sa jeunesse est-il plein d'hypothèses et d'erreurs. Ferguson n'est vraiment instructif que lorsqu'il montre comment au temps de la fleur le commerce, les arts et les sciences concourent à la prospépérité publique.
Ferguson traite de nouveau et avec sagesse la question de l'influence des climats sur l'homme et accorde la préférence non pas, avec Montesquieu, aux contrées du Nord, mais à la zone intermédiaire entre le Nord et le Sud. Il n'admet pas les habiles calculs que son siècle prêtait aux antiques législateurs (2) et remet en honneur l'instinct. Il essaye de retrouver l'ordre dans lequel apparaissent la
(t) « Si un palais est loin de la nature, «ne cabane ne lest pas moins. » L. 1. cli 12) L. ni, ih. 2.
poésie épique et lyrique, la prose et le drame. Il insiste sur les phénomènes sociaux qui sont la conséquence de la division du travail. Le déclin des nations le surprend : elles devraient se maintenir à leur plus haut degré de force puisqu'elles se renouvellent à chaque génération et qu'elles accumulent les avantages de tous les siècles antérieurs. Aussi ne peut-il expliquer cet affaiblissement que par des causes morales et volontaires. Enfin, il a fort bien vu que le genre humain, dans Fespacedes temps historiques, a deux fois parcouru la route qui de la vie sauvage conduit à la civilisation (!), et il définit de la manière la plus heureuse les deux âges du m.onde en ces mots : « Chez les Grecs et les Romains l'individu n'était rien et le public était tout : chez les modernes, l'individu est tout et le public rien (2). »
Lord Kaimes, Ecossais (1696-1782), plus connu sous le nom de Henri Home, a réuni en deux gros volumes, sous un titre trompeur {Esquisses de V histoire de l'homme, 1773), de nombreux essais sur les mœurs des peuples, sur les formes du gouYernement, sur les avantages de la paix qui en se prolongeant est plus nuisible aux nations que la guerre, sur les finances, sur les lois morales et sur rhisioire de la religion. L'auteur a beaucoup lu, comme Montesquieu, et pris note d'une foule de faits intéressants qu'il combine et groupe d'une manière plus ou moins heureuse. Mais il n'y a dans son livre aucune unité et dans son esprit aucune vue d'ensemble. Toutefois l'historiosophe n'étudiera pas sans profit ces Esquisses. Elles le convaincront de tout ce qu'il y a de folies et de souff'rances dans notre race déchue. Il y trouvera en outre la théorie de Yitruve et de Montesquieu sur l'influence des climats énergiquem.ent combattue par de nombreux exemples de peuples qui ont des caractères opposés sous le même climat, ou qui ont le même caractère sous des climats opposés. L'auteur est même si frappé de l'indélébile nature des individualités nationales qu'il admettrait la pluralité des espèces humaines si elle pouvait se concilier avec la Genèse. Home enfin cherche déjà, longtemps avant Aug. Comte, dans le règne animal, les analogues, l'origine et l'explication des mœurs et des institutions humaines. Il va sans dire que pour lui comme pour tout son siècle la sauvagerie est le point de départ de la civilisation. Je passe sous silence son histoire
f; L. III. ch. I. - (21 L. I, cb. S
ti ès-détaillée des progrès de la religion : il suit les traces de Hume et s'égare dans de vaines fictions (1).
Priestley, qui attaquait au nom de la philosophie le bon sens de récolo écossaise, au nom du déisme et de la religion naturelle rincrédulité sceptique de Hume, au nom de Tunitarisme les mystères de la révélation chrétienne, et dont le platonicien Price, son ami, combattait le matérialisme, propageait dans des écrits historiques de peu de valeur la doctrine de la perfectibilité indéfinie sur laquelle il se trouvait d'accord avecPrice. Il y faisait même entrevoir confusément l'action d'une providence divine qui détruit les empires quand ils ne peuvent plus servir à l'accomplissement de ses desseins bienfaisants.
§'3, — Adam Smith.
L'homme le plus éminent que la Grande-Bretagne ait produit au dix-huitième siècle, est Adam Smith. Ses principes d'économie politique, exposés en 1776 dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, se sont propagés partout avec la puissance de l'aurore dissipant les ténèbres d'une longue nuit. (( C'est probablement, a dit Buckle, le livre le plus important qu'on ait jamais écrit. »
Les principes de Smith, sont, d'une part, celui de Quesnay : la suppression du régime protectionniste et réglementaire, et la pleine liberté du commerce intérieur et extérieur ainsi que de
(I) Première religion, le polythéisme des sauvages. — Deuxième, la croyance des sauvages et d'Hérodote en des dieux tous niécliants. — Troisième, les dieux mi-bons mi-niécliauts des Grecs. — Quatrième, un dieu suprême avec des dieux inférieurs, les uns bons, les autres méchants. — Cinquième, le dualisme perse. — Sixième, le monothéisme hébreu et chrétien.
Je ne connais que par leurs titres les ouvrages suivants :
John Millar, professeur à Glascow, Observations concernlng the distinction of ranks in Society. t"7l. — Ili-torical vieu- of the aiglish (lovernimnt. 1787. —On loue ses vues sages, solides, libérales, surtout ses études sur l'origine de la société, sur celle des classes et sur leurs relations mutuelles, sur les rapports des sexes.
G. Stnart. rii u: of Society in Enroini. 1778.
J. Dunbor.de lécolo écossaise, Essays of the History of Manhind, 1780, qui ne contient, diton, que de vagues réflexions et de longues déclamations sur la civilisation et rinfluence des climats.
A. Wilson, Observations relatives ta the influence of climate. London, 178IJ. Riche en faits et précieux à consulter.
W. Falconer. Remark'* to the influence of climate, situation, nature of country,elc., London, 1781, promet plus quil ne donne; tire |)0U de prolit de son peu de lef tuie.
W. Jncltson. dExeler, Four arjes, 1798. Discîple àti fondorLel. il traite avec on profond dédain les âges dairain et de fer, et prétend que depuis 1388 1 Angleterre a marché vers la perfection avec la vitesse de la comète à son périhélie.
rindustrie ; — d autre part, celui de Gournay et de Turgot : comme sources de la richesse nationale, avec Tagriculture, le commerce et tout spécialement l'industrie. Cette triple base suppose un système d'impôts tout différent de celui que proposaient les physiocrates.
L'historiosophie, qui est d'ailleurs indirectement intéressée à la solution de tous les problèmes de l'économie sociale, doit étudier chez Adam Smith: la questionde la division du travail qui en perfectionne la puissance productrice et qui la distribue entre les différentes classes de la société ; c'est là un des phénomènes les plus remarquables de la biologie nationale, ainsi que l'a déjà reconnu Ferguson ; — puis, l'histoire des bourgades agricoles et des villes commerçantes, depuis la destruction de l'empire romain ; — celle des variations de l'argent; — enfin, les effets de la conquête du nouveau monde et de l'émancipation des colonies angloaméricaines. On notera avec soin la distinction des colonies grecques, qui étaient d'émigration, des romaines, de plantation, et des modernes, de commerce. Ou bi^n encore on méditera les chapitres où l'auteur montre que l'opulence selon la loi naturelle naît de l'agriculture, s'accroît par l'industrie et arrive à son comble par le commerce, tandis qu'au moyen âge c'est le commerce qui a créé l'industrie et plus tard amené l'affranchissement de l'agriculture.
Adam Smith, d'ailleurs, n'a point dit le dernier mot de l'économie nationale : à son système de la libre concurrence doit s'ajouter ou succéder celui de l'association.
§ 4-. — La Révolution française.
En 1790, alors que l'épidémie du fanatisme révolutionnaire menaçait de franchir la Manche, Edmond Burke (1730-1797) publia ses immortelles Réflexions sur la révolution de France et sur les procédés de certaines sociétés à Londres. Buckle a voulu n'y voir que les déclamations furibondes d'un homme d'infiniment de talent, à qui de grandes douleurs auraient troublé la raison. Mais on y retrouve Burke tel qu'il s'était montré dans sa vie entière, éloquent et passionné, ennemi mortel de toutes les injustices et de toutes les tyrannies, «prophète sans égal,» comme l'appelait Fox, le plus illustre de ses adversaires. A ce « chaos de légèreté et de férocité, de crimes et de folies, de présomption et
d'ignorance, où périssaient dans le sang l'esprit même de la nation française, sa loyauté chevaleresque et sa piété; à cet athéisme passionné, secret ou avoué, des hommes les plus influents; à ces esclaves marrons inaptes à la liberté; à ces tyrans qui sous le masque du patriotisme traitent leur pays en terre conquise; à cette absurde prétention de refaire tout à neuf, » il oppose les éternels principes de la justice et du sens commun; le respect des Anglais pour les institutions de leurs pères; non le droit divin des rois, mais le principe sacré de l'hérédité de la couronne ; Texceptionnelle nécessité de la révolte qui n'est en aucune manière un exercice normal d'une prétendue souveraineté populaire ; le caractère religieux de l'insurrection du dix-septième siècle; les réformes qui préviennent les révolutions, et les prévisions du grand homme d'Etat pour qui la découpure de la France en départements est le prélude de l'avènement immédiat d'un despote (1). A cette même date, Burke disait dans le Parlement «qu'en jetant les yeux sur la carte de l'Europe, il voyait un vide à l'endroit où était la France. » Mais il ne tarda pas à reconnaître que ce vide était le cratère d'un effroyable volcan.
Priestley répondit à Burke avec calme (2), l'Américain Paine avec colère (3). Les deux, s'appuyant sur Rousseau, revendiquent pour les peuples le droit de changer de gouvernement, et justifient les révolutionnaires français par les souffrances de leur nation, dont Burke n'avait tenu aucun compte. Paine traite de bruts (4) tous les gouvernements européens, nie que l'Angleterre ait une constitution et prédit (5) qu'avant sept ans il n'y aura plus de monarchie ni d'aristocratie dans aucun pays éclairé du vieux monde. La Terreur de 1793 dispensa Burke de reprendre la plume.
L'agitation des esprits à cette date a donné naissance à un écrit d'historiosophie, qui n'est pas sans mérite. Edouard Wortley Montagne (6), partant de la supposition très-légitime que la monarchie représentative de la Grande-Bretagne repose sur les mêmes principes que les républiques anciennes, et jugeant que son siècle était un âge de dégénérescence pareil à celui que nous dépeignent Thucydide et Polybe, chercha à prémunir ses compatriotes
0) p. 400 de la trad. franc.
(21 L''tters to Ed. Burke occas'onned by his Reflections. «78».
(3) Droits de l'homme, en réponse a l'attaque de M. Burke sur la Révolution française, traduit de l'anglais. Mai, n91, et, deuxième partie, 1792.
('•) Première partie, préface.
(5) Deuxième partie, p.n.
(6| Reflections on the rise andfall of t/ie ancient republics adapted to the preseiU stateof (ireat Brittuin. 1793.
par les exemples de l'antiquité contre les inévitables et funestes conséquences des dissidences intérieures.