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teur protestant à Spire, la morale chrétienne (1); M. Fréd. Keerl, pasteur à Leulershausen (Palatinat badois), la doctrine du Christ, image éternelle de Dieu, et de Thomme créé à cette image (2). Ils forment Vécole de l'essence, qui s'oppose à celle de la vaine ei fausse apparence. Ils se fondent sur l'inébranlable certitude de l'expérience spirituelle, insistent sur la natr^re en Dieu qui justifie les violentes explosions de la colère divine^, saisissent dans leur harmonie le monde physique et le monde moral, commentent d'une manière étrange le récit biblique du paradis, expliquent par le dernier Adam Thomme dont les aspirations et la grandeur sont infinies, et suivent, avec un poétique sentiment d'admiration et de crainte, les mystérieuses voies de Dieu dans le gouvernement et la rédemption du monde.
§ 13. — La. théolofjie catholique. Wessenberg.
L^esprit d'indépendance de Baader animait, mais à un moindre degré, la théologie catholique contemporaine. Afi'ranchie du joug des jésuites qui l'avaient retenue dans les fers pendant plus de deux siècles, elle s'était formée à la vraie piété auprès d'Overbeck, à Munster (p. 2-îl), et de Sailer, k Ingolstadt (p. 2-27); à la foi personnelle parles écrits de Schieiermacher, qu'elle lisait avec fruit; à l'esprit critique et à la lutte contre l'erreur par l'étude de Kant, de Schelling, de Hegel. Aussi, vers Î830, égalait-elle, surpassait-elle la théologie protestante en science, en profondeur, en originalité. Il nous suffira de citer Hirscher, de Drey, Hermès, Hug, Scholz, Dœllinger, ]\lœhler, Hefele, auxquels nous verrons s'associer plus tard l'historiosophe Staudenmaier.
Ils se sentaient portés t)ar l'esprit du siècle qui leur était singulièrement favorable. Après la chute de Napoléon, l'Occident entier inclinait vers le catholicisme. 11 s'était opéré dans l'opinion publique une vraie révolution, à laquelle avaient puissamment contribué Chateaubriand, de Donald, de Maistre. Les souverains, les hommes d'Etat, la noblesse, tout le parti conservateur étaient convaincus que cette Eglise, par sa foi d'autorité, pouvait seule opposer une barrière au libéralisme révolutionnaire. Ce qui excusait un tel aveuglement, c'était l'état de complète prostration
(I) Die chriMlche Ethik. (SG4.
\-l) Der Jlcnscfi das Ebenbild Coites. Sein P'erhceitnis su Chrisio und zvr IFelt. Lia urgcschichtlicher Fenuch. Premier volume, H861 ; deuiiéme, 1866; le troisième va paraître.
dos Eglises de la Réforme, qui attendaient leur réveil. La théologie catholique ne pouvait que puiser de nouvelles forces dans la faveur universelle dont son Eglise était entourée. Wessenherg avait sans doute échoué, au congrès de Vienne et plus tard à la diète de Francfort, dans sa tentative de fonder une Eglise nationale, qui aurait eu, sous un primat, ses synodes généraux, provinciaux et diocésains. Mais au moins les docteurs de Tubingue et de Fribourg, s'inspirant de Fébronius, réclamaient-ils d'importantes réformes dans le culte et la discipline et repoussaient-ils avec force les doctrines ultramontaines, tout en idéalisant le catholicisme dans leur polémique contre la Réforme. Une ère nouvelle allait donc s'ouvrir pour TAllemagne catholique, qui se rapprochait de l'Allemagne protestante par sa culture intellectuelle, par son esprit de liberté dans le champ de la science, par son intime piété. Mais la curie romaine était là, et en 1814 déjà elle avait restauré Tordre des Jésuites, qui a fait, même chez la race germanique, son œuvre de ténèbres et de mort.
Nous avons nommé Hermès (1775-1831). Il ne s'est point occupé d'histoire, et nous devons cependant lui consacrer ici quelques lignes. l\ était à demi kantien. La philosophie avait donc par lui fait invasion au sein même de l'Eglise romaine. C'est là un fait d'une immense portée qui ne s'était pas reproduit depuis le temps du moyen âge, oùAristote, repoussé d'abord par les papes, avait fini par devenir la grande autorité de la scolastique. Professeur de dogmatique à Munster en 1809, à Bonn en 1819, Hermès^ qui voyait accourir à ses cours une foule de disciples dévoués, avait appris de Kant à douter de tout. Le doute était pour lui « la racine et la condition de la foi intime comme la foi intime Fest de toute vertu, n Pour revenir du doute à la certitude, il était remonté aux principes de la connaissance. L'étude du bon sens l'avait convaincu de l'objective vérité de Finstinct qui nous contraint à admettre la réalité du monde sensible, et de l'absolue obligation du devoir. Il faisait ainsi avec Kant de la morale avant et sans la foi le fondement de la vie religieuse. La preuve cosmologique lui donnait la certitude de l'existence de Dieu, cause première de toutes choses. De Dieu il concluait la possibilité d'une révélation. H démontrait ensuite l'infaillible autorité des saintes Ecritures, de la tradition et du ministère, et arrivait par cette longue voie en face de la dogmatique catholique. Là cessait le rôle de la raison, et la foi acceptait dans sa totalité le système des vérités révélées.
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Lecole d'Hermès, où la dialectique pi'évaiait sur la mystique, livrait à l"Eglise des prêtres qui étaient en exemple par leur zèle et par la pureté de leurs mœurs. Mais cette philosophie était une innovation et par cela seul un commencement de révolte. Puis, contrairement à Thomas d"Aquin, elle renonçait à démontrer directement par la dialectique les mystères de la foi. Un bref du pape de 1835 la condamna, et elle n"eut bientôt plus de partisans.
L'année précédente, un autre bref avait atteint, en sens contraire, le mysticisme de Tabbé Bautain refusant à la raison toute lumière qui pût conduire l'âme à la foi.
En 1828, à Vienne, un prêtre séculier, Antoine Gunther (1785- 1865) attaqua avec humor la méthode de Hegel et son panthéisme de la. personnoUté humaine (1). Il tentait en même temps, avec les ressources de la dialectique moderne, de fonder une science chrétienne qui 'en opposition avec la scolastique péripatéticienne), serait pure de tout alliage païen, et qui rendrait accessibles à la raison les mystères de la révélation. De concert avec ses amis, le médecin Pabst (1785-1838) et Yeith, il poursuivit pendant de longues années sa double œuvre de destruction et de construction. Celle-ci était fort incomplète. Nous n'en citerons qu'une pensée, qui rectitie celle de Krause, et dont Staudenmaier a fait la base de son historiosophie : « Le monde est une idée que Dieu devait avoir parce quïl doit penser son non-moi, mais qu'il était libre de ne pas réaliser, et qu'il a produite hors de lui pour avoir des êtres à qui se manifester. )^ Gunther et Pabst (2) donnaient d'ailleurs, avec Baader, à l'homme une place exceptionnelle et trèshaute dans la création.
Les protestants appelaient Gunther « le philosophe de la cour romaine » : tant il mettait d'ardeur à la défendre contre la Réforme. Cette cour fut moins reconnaissante de son zèle qu'inquiète d'une philosophie qui, o par le plus grave des écarts, cherchait à se soustraire à son rôle de servante de la théologie. » Vingt-trois ans après Bautain et Hermès, en 1857, Gunther fut à son tour condamné au silence. Il n'était permis, de par Piome, ni d'ajouter à la foi la science, ni d'arriver à la foi par la raison, ni de croire sans la raison et par le cœur seul.
Ignace, baron de ^Vessenberg (1774;-! 860), né à Dresde, fut,
\\\ Vorschule zur speculativen Théologie des positiven Christent/iums. l2) Pal)st, Adam und Christus. <83o.
comme tous les lioinmes de foi et de science, l'objet des violentes persécutions de la curie romaine. Déclaré indigne de toute fonction ecclésiastique, il dut en J818 se démettre de sa tharge de vicaire, et, de Constance où il a terminé sa longue carrière, il a vu les jésuites détruire dans son ancien diocèse son œuvre bénie. Le seul de ses nombreux ouvrages qui nous intéresse, c'est le dernier de tous, Dieu et le monde {i). Le Cosmos d'Al. de Humboldt avait fait naître en lui le désir de résumer, classer, relier les faits du monde moral et spirituel. Il les a étudiés à la lumière du christianisme qui est « l'unique source de tout bien pour Ihumanité entière, » et qui « seul peut réaliser le royaume des cieux ici-bas en unissant les âmes à Dieu. « L'esprit qui le dirige dans ses jugements, est un esprit dïmpartialité et de tolérance, qui devait le rendre odieux aux jésuites. Il a distribué en trente-cinq chapitres et soigneusement numéroté une multitude de réflexions sur Dieu, l'homme et leurs rapports, sur la société humaine, sur le progrès, sur la décadence des religions et des Etats, sur le rôle de rindustrie, du commerce, des beaux-arts, des sciences dans la civilisation; sur le christianisme, TEglise, ses altérations, ses réformes, ses adversaires, sa victoire finale. Lhistoriosophe trouvera dans ces deux volumes de précieux matériaux pour ses études biologiques ; mais on y chercherait en vain une vue nouvelle sur le plan de l'histoire humanitaire. Wessenberg, qu'on a soupçonné d'être l'auteur des Stunden der Andacht, est un supranaturaliste de la fin du siècle dernier, qui a traversé Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Strauss, Schopenhauer sans être un instant troublé dans le paisible cours de ses lectures si variées, de ses méditations si sages et si honnêtes, mais qui n'a qu'une médiocre intelligence des mystères de Dieu, du péché, de l'homme et de la rédemption.
§1-4. — Ancillon. — Les histoires universelles.
Fréd. Ancillon (1767-1837) est resté comme Wessenberg fidèle aux données primordiales du sens commun au milieu de toutes les excentricités métaphysiques de son siècle; mais il les a étudiées avec soin et réfutées avec succès.
Français par sa langue et sa famille réfugiée. Allemand par sa naissance, par ses études, par « la couleur de ses pensées »
H) Gott und die freU,oder dus Verhceltrùss aller Dinqe zii einander tnid zu CoU. 2 vol. IS»;. Cet ouvrage rend inutiles les Betrachtiingen, etc., de 1836.
(selon sa propre expression;^ il fuî ministre d'Etat . écrivain politique, historien, philosophe. Jacobi avait donné à son esprit la première impulsion. Son adage fut : Inter utrumque fenn. C'est ainsi que nous le voyons discuter les jugements contradictoires qu'on a portés sur rinfluence des climats^ sur les mérites du moyen âge, sur le caractère du présent siècle, sur la puissance do Topinion publique, sur la perfectibilité humaine, sur les révolutions, etc. (1). En politique il distingue, comme le fera plus tard Aug. Comte, réiément de stabilité et celui de progrès, dont le juste équilibre fait la prospérité des Etats (2). Son historiosophie, qui nous rappelle celle de G. de Humboldt, se résume dans la lutte de la liberté humaine contre la double nécessité de la nature et des passions, dans « les lois organiques de la yie des peuples » fage de l'instinct, âge de la raison), et dans une perfectibilité indéfinie qui suppose la translation de Fhomme à sa mort dans une autre existence. Il combat les systèmes (de Fichte et de Hegel) qui ne tiennent pas com.pte des phases de la vie des nations, et qui, au mépris des faits, veulent à tout prix faire arriver ici-bas par un progrès normal Thumanité à un état de perfection. Il aurait avec les mêmes raisonnements rejeté le millénarisme biblique (3).
Aux confins de l'historiosophie et de l'histoire sont les brillantes Esquisses de l' histoire universelle par Dippold. Elles ont paru en 1812 à Berlin, au moment où allait s'ouvrir la guerre contre la Russie. Elles ont eu leur temps de vogue. Le fatahsme à la mode, qui avait contribué à leur succès, les a discréditées plus tard. — Rotteck, à Carlsruhe, a fait de son Histoire universelle (1813-27) une leçon continue de libéralisme parlementaire. — Schlosser, à Heidelberg, est (à dater de d817) le vrai successeur de J. de Muller par son étude patiente des sources, sa simphcité, son cœur honnête et droit, la sévérité de ses jugements.
Nous rappellerons ici deux ouvrages qui ont fait époque dans la science historique : celui de Heeren à Gœttingue, sur le Commerce des anciens (1793 et 1 82i) et celui de Creuzer à Heidelberg sur \^ Mythologie (1810-12). Au rationalisme de Heine et d'Hermann prétendant que les prêtres avaient inventé les mythes pour populariser certaines explications de la nature et certaines vérités
(I Zur FermUtlung der Extrême in den Meiminrien. 1828. Premier vol. yl\ Essais de philosophie, de politique et de littérature. 1832. T. Ul.
(3) Essai sur la philosophie de l'histoire, dans le Recueil d'essais. 18(T. T. I. oïl dans relui de 1832, t. IV.
métaphysiques, Creuzer opposait le génie symbolique et poétique de l'antiquité, les hautes aspirations de lame humaine, l'hypothèse d'une relifiîion primitive dont les mystères auraient conservé les déhris, et la philosophie des néo-platoniciens et de Schelling. La SymboUque de Greuzer a fait ouhlier tous les écrits antérieurs et est devenue le fondement de la science mythologique moderne, dont nous ne raconterons pas les luttes et les découvertes.
§ lo. — Les sciences auxiliaires.
La philosophie de Thisloire a vu naître à Berlin, de 1815 à 1830, deux sœurs cadettes, la philosophie de la géographie et celle des langues, qui lui ont subitement révélé deux mondes dont elle soupçonnait à peine Texistence.
Karl Ritter (i) est, avec Kant (2), le créateur de la géographie comparée. Il en a découvert la méthode, fixé la terminologie, exposé les principes généraux, et de 1818 à 1859 il a appliqué sa théorie à l'Afrique et à TAsie en dix-neuf volumes et vingt mille pages, à l'Europe, à l'Amérique, à TOcéanie dans des cours publics qui attiraient des centaines d'auditeurs. Il n'aurait pu faire son œuvre, comme il aimait à le dire, sans les travaux d'Alex, de Humboldt, qui avait fondé dans cette même ville de Berlin la physique du globe. Mais il avait sur son intime ami le double et immense avantage d'une foi vivante en la sagesse créatrice et d'un esprit synthétique qui lui faisait embrasser d'un regard la nature et l'humanité. Comme Kepler, il fut guidé et soutenu dans ses études par la conviction que le hasard est un vain mot, et que la terre, œuvre de Dieu, devait être un organisme. Sa foi fut amplement récompensée. Par la voie si féconde de la comparaison, il trouva le plan de structure de chaque continent, groupa autour de la région centrale les pays secondaires et détacha du tronc les membres péninsulaires, combinant sans cesse la dimension verticale avec l'horizontale et la rigueur mathématique des chiffres avec la vivante description des contrées. Cette élude, à la fois si
(1) Né en 4779 à Qiiedlinlîourg, la patrie de Klopslock ; professeur à Berlin en 1820; mort en 18r.9. — Die Erdkundc im l'erlucUnisse -ur Nutur und zur CcscMchte des Menschen. Première édit., 1818, 2 vol. ; deuxiéiiie édit., 1822-1860, 19 vol. Quil nous soit permis de dire aux Français qui nous liront, que depuis quarante ans la géographie est enseignée dans le collège de Neuchàtel d'après la méthode do Ritter.
(2) Physisclic Géographie. 1802.
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minutieuse el si pliilosopbique, de la riature lui donna la clef (l'une foule de phénomènes historiques qu'on avait pris jusqu'à lui pour être de purs accidents. C'est ainsi qu'il rendit compte des routes suivies par les caravanes, par les armées, par les idées, des champs de bataille, des mœurs des peuples, de la force et de la faiblesse des Etats, du rôle des provinces et des cités. L'historiosophie lui doit la parfaite connaissance du troisième de ses facteurs : la nature.
Ritter a réduit en une science positive cette action de la nature sur rhomme, qui, nous Tavons vu, avait été saisie d'emblée dans toute son étendue et sa yérité par Ezéchiel, indiquée par Hippocrate, exposée brièvement par Bodin et Montesquieu, vaguement systématisée par Turgot. introduite par Herder dans Thistoire universelle. Mais quelque grande que soit la part que Ritter fait à la nature dans les destinées de Thumanité, il n'y a pas dans tous ses écrits une ligne favorable au matérialisme. « Notre terre est un astre parmi les astres, a-t-il écrit au bas de son portrait; nous qui l'habitons, ne devons-nous pas nous préparer par elle à la contemplation de l'univers et de son Auteur ? » Elevé dans le rationalisme, les sentiments de la reconnaissance et de l'admiration avaient éveillé dans son cœur la foi au Dieu vivant ; un pieux am l'a conduit au Rédempteur.
La linguistique comparée a été la création de François Bopp (né -1791). Avant lui et après Leibniz, (de 1783 à l79-4i, William Jones avait découvert à Calcutta -la parenté du sanscrit avec nos langues classiques. La famille des idiomes indo-germaniques n'avait pas tardé à s'opposer à celle des Sémites. L'ethnographie avait pris ainsi une forme toute nouvelle : à ses grandes divisions par races, qu'elle empruntait à l'histoire naturelle, elle devait ajouter les subdivisions par familles de langues^ que lui fournissait la glossologie. Mais dans la comparaison des idiomes on ne saisissait que les ressemblances évidentes, ou l'on procédait sans règles fixes. C'est à Bopp que revient la gloire d'avoir posé les principes de cette science dans sa Grormnaire cohiparée des langues indo-germaniques (1833 et suiv.). A cette même date, Jacob Grimm (né 1785) faisait dans le même esprit une étude toute spéciale de la grammaire allemande, et G. de Humboldt pénétrait plus avant que personne dans Tintime nature du langage et dans les mystères de son origine.
Les disciples et les émules de Bopp ont plus tard révélé à Thistoriosophie l'existence et la civilisation du peuple primitif qui a
été la souche de nos nations japhétiques, et déjà l'on est en marche vers le berceau commun des Japhétites et des Sémites.
Rappelons en passant que Grotefend trouvait, en JH02, la clef des inscriptions cunéiformes et, en France, en 1821, Champollion celle des hiéroglyphes. La linguistique s'apprêtait ainsi à restituer à l'histoire, des périodes de la haute antiquité, dont il s'était à peine conservé quelques confus souvenirs.