‹ La Philosophie de l'histoire aux différents ages de l'humaniteChapitre 32 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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de généraliser, comme le transport de la civilisation d'un peuple ancien et cultivé à un peuple nouveau et grossier. Il ne reste que les deux lois des trois âges de Tenfance, de la majorité et de la vieillesse, et de la succession des formes du gouvernement. M. Wirth dit que les peuples, enfants, sont élevés par des tuteurs, d'ordinaire des prêtres, qui les préparent à leur majorité ; que, majeurs, ils ont des magistrats, simples exécuteurs de leurs volontés, et qu'ils passent leur vieillesse sous le joug des despotes. La succession des gouvernements réguliers serait : 1) théocratie, 2) patriarcat (ces deux premiers termes devraient être renversés), 3) Etat féodal, 4; Etat militaire, 5) Etat financier, 0) Etat juridique.

3» Un des phénomènes les plus intéressants de l'histoire universelle, c'est la progressive extension, sur la surface terrestre, du théâtre de la civilisation. Ce point de vue a été saisi pour la première fois, et exposé d'une manière heureuse, par Rathleff', professeur à Reval, dans ses Esquisses historiques (1). «La civilisation, d'âge en âge, change de foyer et élargit sa sphère. Elle a d'abord pour hmites celles de l'empire des Mèdes; aujourd'hui, depuis l'Europe, elle embrasse la terre entière. Entre ces deux points extrêmes, ses stations sont le monde grec d'Alexandre, le monde romain, le monde arabe et mahométan, le monde germain et chrétien.

4» H. Neuss a le premier, depuis les Rohmer, mis, en 1861, à l'étude l'hypothèse des âges des nations ou de l'humanité (2). 11 prend pour point de repère l'époque des troubadours et des minnesingers, qu'il fait correspondre à l'éveil de l'amour dans le cœur du jeune homme. Le voilà obligé de trouver dans les traits distinctifs de l'enfance les analogues de l'architecture et des mythes des Orientaux, des beaux-arts de la Grèce, de la justice et du droit des Romains. Il faut pareillement expliquer par les phénomènes de la puberté l'invasion des Germains et la barbarie de la première moitié du moyen âge. La littérature sentimentale et romantique des cent dernières années est, eniin, le temps du second amour de l'humanité, qui ne serait aujourd'hui point encore entrée dans son âge mùr. Mais que font entre ces deux amours la Réformation et les guerres de religion? Gomment, surtout, faire rentrer dans l'âge de l'enfance Golgotha et la Pentecôte?

(1) Historische Umrisse. 1853.

(2) Die Entwicklung des Menschengescklechts nachder Geschichte. Berlin.

Neuss rappelle, sans l'accepter en plein, la théorie de Thomas Price, qui fait avancer la civilisation et l'empire de cinquante secondes par année, le lon^' d'une ligne qui part de Babylone, traverse la Grèce et aboutit, par Ravcnne et le Rhin, à l'Angleterre, d'où elle atteindra, dans deux mille ans, le Labrador.

Notre auteur cherche aussi à mesurer le temps du développement de l'humanité. 11 se range à l'opinion de Choulant (1), qui découpe l'histoire par périodes de trois siècles, avec lesquelles il en forme de plus grandes de quinze cents ans.

.^f' Dans le champ restreint de l'histoire de la philosophie, Helfferich avait cherché les analogies du monde moderne ayec le monde ancien; mais il avait porté son attention uniquement sur celles des sciences qui ont été cultivées de préférence avant et pendant la philosophie du jour (-2).

Conrad Hermann (3), que nous connaissons déjà^ tenta d'accoupler les philosophes dans leur ordre chronologique. Ses efforts n'ont pas été couronnés de succès. Qui reconnaîtra dans Scot Erigène l'analogue de Thaïes, dans Anaximandre un Anselme, un Abélard dans Anaximène? Pour qui Spinoza sera-t-il l'Heraclite de nos temps modernes, Hegel notre Platon?

Trois ans plus tard, le baron de Reichlin-Meldegg traita la même question (4) . Il est revenu, sans s'en douter, et en la modifiant dans le sens de Hegel, à la formule de Rixner. Après l'âge de la religion, la raison humaine, pleine de confiance en elle-même, cherche à comprendre le monde extérieur; la philosophie est objective, théorique, incomplète; elle abonde en systèmes trèsdivers. Telle elle fut, en Grèce, de Thaïes aux sophistes. Avec les sophistes, elle devient subjective, humaine, pratique; c'est le temps de sa lleur, qui comprend Socrate, Platon, Aristote, Pyrrhon, Zenon etEpicure. Enfin, les néoplatoniciens font de vaines tentatives \iO\xv concilier la subjectivité et l'objectivité. Leur philosophie est le crépuscule du vieux monde, l'aurore du monde nouveau. Dans le monde moderne, la période de l'objectivité commence avec Telesio et Bacon et finit avec d'Holbach (?). Mais elle comprend en seconde ligne la philosophie subjective de Descartes, qui aboutit au panthéisme de Spinoza et à l'individualisme de Leibniz. La deuxième période, où domine en plein la subjectivité, est celle

(\) Dni anthropolo'jische P'orlesu/Ujen. Leipzig, I8J4.

(2) Die AnalOfjUn in der Philosophie Ein (.edenkblatt auf Fichte's Grab. I8ii2. (3i Der pragmatische Znsitiinnr'lhang in dcr (icscUidtc dcr Philosophie. l8Go. 1^! Der f'araU'.lisunis der (tUn uud ncuen Phiiofophic. iSJO.

(le ïlunie, de Kant et de Fichte. Kant est le Luther de la philosophie, et sa critique de la raison Tunique base de la science de l'avenir, monothéisme cosmopolite, à la fois physique et spirir tuel, dont Spinoza fut le prophète inspiré. Au néoplatonisme correspondent Schelling et Hegel, qui sont retom.bés dans le vieux dogmatisme et qui closent Thistoire de la philosophie présente.

Mais ces couples sont si peu naturels, et, pour les former, il faut si souvent briser Tordre chronologique, qu'on est tenté de dire que, dans sa recherche de la vérité, la raison humaine n'a nullement suivi la même marche depuis Jésus-Christ qu'avant lui.

6" K. Yollgraf, professeur à Giessen, avait publié en 1828 un Système de politique (l) auquel on ne prit pas garde. Yingt-cinq ans plus tard parut de lui, sans nom d'auteur, un ouyrage très-volumineux à' ethnologie et de polilogie (2), dont on a donné, après sa mort, une seconde édition. On nous dit que TAllemagne peut être fière d'un pareil écrit. Nous y trouvons une excessive abondance de faits, des divisions et subdivisions symétriques à Tinhni, des études précieuses sur le déclin des peuples, et des vues historiques d'une manifeste fausseté.

Patriote qui désespérait de sa patrie, Vollgraf a dressé sa tente dans l'antiquité, et de là il a vu le flambeau de la civihsation et le sceptre du monde passer, en tombnni, des Indiens aux Ethiopiens et aux Egyptiens, de ceux-ci aux Grecs, des Grecs aux Romains et, enfin, aux Allemands et aux Slaves, auxquels il refuse toute aptitude à fonder de vrais Etats .

En philosophie, cet écrivain, panthéiste de l'école de Schelling, Iraite le matérialisme d'absurde, car l'esprit seul produit et façonne la matière; — refuse la liberté à Thonmie, tout entier soumis à des lois fatales; — rejette le progrès indéfini, qui aboutirait à l'identité de tous les individus, — et emprunte à Oken sa manie des divisions quaternaires.

« Quatre éléments : la terre inerte, Teau mobile, Tair actif, le feu vif.

c( Quatre tempéraments correspondant à ces éléments : flegmatique, méla)icolique, colérique, sanguin.

« Ces tempéraments caractérisent :

(0 Die Systone der practischen Politik ii/i JbcnOlundc. 4 vol., 18i8-I829.

(2) Erster Fersucli, eincr Bcfirunduiicj ^oirohl der alhjemelncn Ethnolofjie durcit die Anthropologie uicauch der Staats- tind liechtspliilosopbic durch die Ethnologie. Iter Theil, Anthrir jjognosie. 18i1. 2ter Tlicil, Etinwijnosie und Ethnologie. 1833-1834. Mer Theil, Poligyiosie und Polilogie. 1834. — Seconde édition posthume, sons un autre titre, itubliée par le D' J. Held, professeur de droit à Wurtzbourg, 1864.

« Les quatre degrés du genre humain : sauvages, nomades^ peuples à demeures fixes et industriels, peuples humanitaires;

« Les quatre classes de chacun de ces quatre degrés: par exemple, dans la race nomade, les chasseurs., les pasteurs, les brigands et les conquérants; dans la race humanitaire, les Grecs, les Ethiopiens, les Aryens, les Indiens;

«c Les quatre ordres de chacune de ces seize classes : par exemple, dans la classe aryenne, les Slaves, les Germains, les Cehes, les Latins;

« Enfin, les quatre tribus [Zvnfffi] de chacun de ces soixantequatre ordres; ainsi, dans Tordre des Germains, les Saxons, les Hauts-Allemands, les Goths. les Normans.

« Aux tempéraments et aux degrés correspondent en outre :

« Les quatre âges de l'individu : enfance, jeunesse, âge mûr, vieillesse ;

« Et les âges des peuples : 1) jeunesse et force, se divisant en quatre époques; 2) vieillesse et déclin; 3) asservissement; 4^, restauration.

« Le fondement de la vie humaine et de la civilisation, le ressort de tout développement, est Tinstinct de conservation (et de bonheur), qui se porte : 1) vers le bien-être matériel, 2) vers le bien-être psychique et spirituel, 3) vers la perpétuité de la famille, 4) vers la permanence de Tâme.

« Les éléments de la société et de TEtat, qui ont leurs analogues dans les quatre degrés, sont : 1) le mariage, d'où procède la famille; ^) la possession, d'"où la jouissance; 3) la propriété, d'où l'hérédité; 4) le travail, d'où l'échange.

« Le déclin a Tune de ses causes dans le croisement des races, et il se manifeste : \ ) par les maladies de la vie de famille et par le luxe; 2) par l'extinction du désir des jouissances psychiques et spirituelles; 3) par la prédominance de Tégoïsme; i; par Téclipse de tous les idéaux, le dépérissement de la philosophie, le dégoût des choses divines et vraiment humaines. )>

Yollgraf paraît admettre que dans les temps de déclin Dieu inspire des prophètes qui, s'adressant à des peuples dégoûtés des vieux dieux, ont fondé en divers lieux le monothéisme. Il en compte 2 X -i • Moïse, Zoroastre. Bouddha et Jésus-Christ, Mahomet et trois autres dont il ne sait pas les noms.

7» Nous avions laissé rêconomic politique, marchant sur les pas d'Adam Smith, jugeant les faits d'après les principes, indiquant dans l'avenir l'idéal à atteindre, condamnant dans le passé ce qui

est mal, en particulier l'esclavage. Elle le condamnait, et pom* les déplorables perturbations qu'il cause dans la vie sociale, et au nom de la dignité de Thomme, de ses légitimes besoins de liberté et de bonheur, de son droit à ne pas être réduit à l'état de chose. A cette noble école les philosophes se demandaient s'il est permis d'appeler libres et civilisés ces Grecs, ces Romains qui, au nombre de quelques milliers, foulaient aux pieds des millions d'esclaves.

G. Roscher, dans son livre des Principes cV économie polit ique[[), a prétendu réformer cette science k l'aide de la méthode historique qui compile les faits, les range dans leur ordre chronologique et les compare, mais qui ne les juge pas, parce qu'il n'existe que des vérités relatives et que tout, en son temps, a sa raison d'être (^2). En même temps il indiquait aux économistes, pour leur champ d'études, non l'humanité avec ses lois absolues, mais les peuples dans leur diversité. Le résultat le plus frappant, pour ne pas dire le plus scandaleux, de cette réforme, fut une justihcation de Tesclavage, qui fait le pendant de celle qu'avait déjà tentée Aristote.

L'ouvrage de Roscher ne serait pour l'historiosophie qu'un recueil de faits innombrables, heureusement groupés, si l'auteur n'avait pas reconnu que les peuples ont, tous, leurs trois âges de jeunesse, de maturité et de vieillesse. Cette hypothèse, que nous verrons rejetée par Ch. Comte et par Buckle, se trouve ainsi conhrmée par un positiviste. Transportée dans le domaine des faits économiques, elle se précise, et voici la formule nouvelle sous laquelle elle s'offre à nous :

La richv^sse provient : 1) dans le premier âge, de la nature; l'homme est faible et ignorant, la terre le nourrit pour ainsi dire d'elle-même; — f>) dans le deuxième âge, du travail; il se forme un nombre toujours croissant d'ouvriers et de différents métiers; — 3} dans la vieillesse, du capital , qui s'accumule en un petit nombre de mains et qui finit par se trouver en face de la misère et du communisme. Alors le salaire de l'ouvrier baisse, le taux de l'intérêt hausse, le luxe devient immoral, la population décroît, et le pays est ouvert aux barbares ou nomades 3,.

Roscher s'est posé « le problème du déclin » des peuples, et

(I) La traduction française par Wolowski, en deux volumes, est de 1857.

(2 Ern. Fescbe {Gcs:/iichfe itnd Gcschichtschrcihung iinserer Zeit. 18t>5) dit que pour Roscher un peuple n'est qunn ménage où l'on vend et achète, cuit et mange. (3) T. I, §S 47, 80, 158, «74, <88, 233, 252; t. Il, g Iti.

il Texplique par ces quatre causes : l'énervement des esprits dans les jouissances de la richesse; l'ennui du bien, et la soif du nouveau qui ne peut plus être que le mal; le désillusionnement, et, enfin, la corruption irrémédiable des masses avides de repos (1)

Fredegar Mone a le premier tenté d'écrire l'histoire d'une nation (2), d'après les principes de Roscher. fl s'est convaincu que, racontée par Schlosser, Grote, Kortum, Léo, l'histoire n'est, comme le disait Napoléon l^^, qu'une fable convenue, et il nous a donné le premier volume d'une histoire i^^recque, où les faits de la vie matérielle et sociale occupent la première place.

Nous terminons notre revue des historiosophes allemands au milieu d'une phrase dont nous ne savons pas la fin, au bas d'une page qui ne se tournera qu'après notre mort. Cependant nous pouvons prévoir que la foi approfondira de plus en plus le fait de la rédemption, en comprendra toujours mieux l'absolue nécessité pour le genre humain, et débarrassera la théologie des erreurs traditionnelles qui sont nées d'une fausse interprétation des textes bibliques. L'incrédulité, de son côté, niera d'une manière absolue toutes les vérités religieuses et même morales. La science enfin, en dépit d'elle-même, donnera tort à l'incrédulité et raison à la foi chrétienne.

Résumons nos études des historiosophes allemands en remontant au siècle de Luther.

Après l'ère des Carion et des Sleidan ou de la foi en la Bible, le dynamisme de Leibniz, qui s'oppose au mécanisme de Descartes, a donné le ton à l'historiosopliie d'outre-Rhin.

a) Idée divine, l'être créé, la monade, a une valeur propre qui, chez l'homme, s'élève à l'infini. A l'Allemagne revient la gloire d'avoir créé et développé la doctrine de l'individualité et des génies par Lessing, par Schleiermacher, Ehrenfeuchter, Lllmann, de Bunsen, par Steifens, par Krause, par W. de Humboldt et Ancillon, par Staudenmaier et de Lasaulx. Cette doctrine, qui oppose une digue indestructible au déterminisme wolfien et

(2i Criechisehe CeschicMe. \ Toi. (85tf.

au fatalisme panthéiste, suppose d'ailleurs des relations intimes d'action et de réaction entre Tindividu et la société, et l'individu ne perd pas sa liberté morale pour être soumis aux lois de la vie physique (Drobisch) et au pian divin du gouvernement du monde (Hermann).

b) La créature du Dieu vivant est douée d'une vie propre qui chez l'être organique se développe par évolution. Cette idée de l'évolution inconsciente et nécessaire a été appliquée à la substance divine ou à la raison absolue par les panthéistes Schelling, Hegel, Schopenhauer, de Hartmann; à l'humanité par Iselin, Adelung, Lessing, Pœlitz. Fichte, Hegel, Krause, Neuss; aux peuples par Herder, Rohmer, de Lasaulx, Yollgraf, ^yirth, Roscher. Ceux mêmes qui protestent contre cette hypothèse, comme Hermann, y ont recours à l'occasion.

Les phénomènes de l'évolution dans le champ de la vie humaine et de l'histoire ont été étudiés avec soin par Krause, les époques nodales en particulier par Treechsel.

La distinction italo-française des deux âges de l'instinct et de la raison, à laquelle la monadologie de Leibniz donne une base scientifique, se retrouve chez Fichte et Stuhr, chez Ancillon, chez de Bunsen, chez Hermann et chez de Hartmann.

Roscher admet trois âges; Krause, trois de croissance, trois de déclin; Herder, Hegel, Rohmer, de Lasaulx, Vollgraf, AVirth, Neuss, quatre.

La loi des âges ou l'évolution est incompatible par son mouvement cyclique (t. I. p. ^%) avec la doctrine française du progrès indéfini par addition ou par succession. Aussi cette doctrine ne compte-t-eile en Allemagne que fort peu de partisans, Kant et son école, puis Jansen.

Sans faire le départ entre les lois d'évolution et celles du progrès, notons que Rohmer. de Lasaulx, Gervinus, Wirth ont admis ou modifié la loi platonicienne de la succession des gouvernements; — que Chalyba?us et de Lasaulx ont corrigé celle, italofrançaise, des trois états théologique, métaphysique, positiviste; — que l'école de Savigny nous a donné la loi du développement du droit (p. 3ii); — que de Lasaulx et Lotze ont tenté, sans y réussir, de formuler celle de l'histoire des beaux-arts, et le même Lotze, celle du travail; — que Rixner, Helfferich, Hermann, de Reichlin-Meldegg n'ont pu soumettre à la même loi la série des philosophies anciennes et modernes; — enfin, que Schelling, Creuzer, Gœrres, que Krause, que Conradi, Noack, Carové, que

Planck, que Pfleiderer, que Lotze, que Caspari ont exposé les vues les plus diverses sur les origines et l'histoire de la religion.

L'historiosophie doit en outre : à Molitor la distinction entre le plan antélapsaire et les faits infralapsaires; — à Baader. Molitor, Schubert, Schubarth, Stahl, Pfahler, la doctrine de la triple nature humaine ; — à de Murait (p. 125), Jacobi, Schleiermacher, Baader, Krause, H. Fichte, la certitude que lïnstinct religieux est un des éléments de Tesprit humain; — à Kant l'autorité absolue du devoir.

Leibniz a jeté dans le fleuve des idées scientifiques celle de la continuité historique; — Lessing, celle de l'éducation du genre humain par la Divinité; — Schelling, Schiller, Gœrres, les deux forces polaires de la liberté et de la nécessité ou autorité; — Kant, le combat pour la vie et la lutte du bien et du mal; — Molitor, les deux forces centrifuge d'individualisation et centripète d'unification; puis Herder, la fausse loi de l'oscillation.

Des quatre facteurs de l'histoire. Dieu, l'homme, la nature et le mal, Fréd. de Schlegel seul a mentionné expressément le dernier, que sous-enlendent tous les historiosophes chrétiens. Herder a relié à la nature l'existence présente de l'homme ; Leibniz et Stefîens, ses origines; K. Ritter, ses destinées.

Rappelons ici les éminents services que Luther, Haller, Steffens, Stahl ont rendus à la science de l'Etat.

Ce qui distingue en outre de ceux de France, d'Italie et d'Angleterre, les historiosophes d'Allemagne, c'est d'abord le peu d'intérêt qu'ils prennent à Vefhno-biologie, et l'attrait irrésistible qu'exerce sur eux l'histoire de l'humanité.

C'est ensuite la diversité de leurs points de vue : Herder cherche l'unité de ses idées dans le bonheur terrestre de l'individu ; — Fichte et Hegel, dans le lent procédé de l'apothéose de l'homme ; — Lessing et Schiller, dans l'éducation religieuse ou esthétique du genre humain; — Leibniz, Krause, Kant, dans la progressive organisation d'une monarchie universelle, d'une franc-maçonnerie humanitaire ou d'une confédération d'Etats démocratiques; — Hermann, dans la lutte de l'Orient et de l'Occident; — les catholiques, dans le triomphe de la papauté ; — les évangéliques, dans le règne millénaire du Rédempteur.

De même, Stutzmann et Hegel ont quatre périodes : l'Orient, la Grèce, Rome et le monde chrétien: — Fréd. de Schlegel en a

trois : les âges de la parole, de la force et de la lumière ; — Schelling, trois : ceux de la nature, du destin et de la Providence;

— Fichte, trois : ceux de llnnocence. du péché et de la justification; — Lessing, cinq : ceux du polythéisme, du monothéisme hébreu, du christianisme, de i"Eyani.^ile éternel et de la métempsycose; — Hermann, cinq : ceux de fOrient, de lart grec, de la religion au moyen âge, de Tindustrie et de la science; — la plupart des historiosophes bibliques, deux avant et deux après Tère chrétienne, sans les monarchies universelles ou avec elles (Carion, Sleidan et Matthias, Bra?m); — enfin Gatterer, Cellarius et Gatterer, trois; Schlœzer et Pœlitz, six; Adelung, huit; Sclmeller, dix.

Ce qui caractérise encore les historiosophes allemands, c'est que fort peu d'entre eux prennent pour point de départ la sauvagerie (Meiners, Schneller, Hegel) et le fétichisme (Pœlitz, Schleiermacher . Les libres penseurs eux-mêmes, Iselin, Lessing, Herder, Plessing (i), Creuzer, Fichte, Stuhr, Schelling, Krause, admettent un âge d'or, un monothéisme primitif, un temps d'inspiration. — Ce sont les efforts désespérés que font ces Hbres penseurs pour comprendre et expliquer la personne du Christ, qui n'existe en quelque sorte pas pour les historiosophes français et italiens. — C'est la prédilection de Bengel et de son école, de Gœrres, Braunschweig, Pfahler, de Stutzmann, Choulant, Neuss, pour les chiffres rhythmiques. — C'est enfin le nombre extraordinaire de penseurs chrétiens qui se sont voués à l'étude philosophique de l'histoire universelle : tels, les catholiques Fr. de Schlegel, Gœrres, Pfahler, Wessenberg, Baader, de Lasaulx, Molitor, Rottels; les protestants Carion et Sleidan, J. de Muller, Bra^m, Ehrenfeuchter, Léo, Chr. Hoffmann, Braunschweig, ^Veitbrecht, Dittmar, Eyth.

Enfin, nos lecteurs ne perdront pas de vue : les témoignages qu'lselin, Schopenhauer, de Hartmann à leur insu rendent à la chute de l'humanité; — les lumières que les linguistes, les archéologues et les ethnologues d'outre-Rhin projettent sur ses origines; — les recherches de l'école de Na^gelsbach et de Lasaulx sur les religions païennes; — les jugements contradictoires sur l'histoire de l'Eglise, de Luther, des Centuriateurs et de Leibniz, de Mœhler et Molitor, de l'auteur anonyme des Six Pp riodes {^.So9);

Oi l'A non rip>sen/,p, 218.

les études pliilosophiques sur les siècles modernes, de Steffens, dœrres, CAw. Hoffmann, W. Hoffmann, Wolfgang Menzel, — et les écrits si riches en réflexions de tout genre, de Bunsen, Hermann et Lotze.

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