BELGIQUE
Après la révolution française et les guerres de l'empire, la Belgique, tout entière catholique, se trouva par la volonté des
({) Les quatre derniers chapitres hc sont que de très-incoraplctes cLauches pour lesquelles nous rcclaaions toute l'indulgence du lecteur. Nous avons même été réduit jour les Iles-Britanniques à chercher dans les catalogues des libraires les ouvrages qui daprès leurs titres se rapportaient à l'historiosophie.
grandes puissances associée à la Hollande et soumise à un prince protestant. L'orgueil national en souffrait; le clergé et le radicalisme se sentaient Fun et Tautre bridés. Aussi les deux partis de la foi et de Tincrédulité, qui se font la guerre dans tous les pays catholiques, s'unirent-ils en 4830 pour renverser par un commun effort le gouvernement néerlandais. La révolution accomplie, les ultramontains obtinrent pour prix de leur concours la pleine liberté d'enseignement. En 1827 avait été fondée par les libéraux l'université libre de Bruxelles; l'an 1835 vit s'ouvrir à Louvainune université rivale et ennemie, où les jésuites furent tout-puissants.
De cette date au temps présent la lutte des deux camps est devenue de plus en plus acharnée. A droite on est arrivé à une véritable idolâtrie et au complet asservissement des consciences. A gauche le déisme des francs-maçons a fait place à un athéisme qui s'affiche et qui s'engage solidairement ky'isv^ et mourir sans le moindre acte religieux. C'est une guerre à mort entre deux partis irréconciliables. L'issue ne peut en être douteuse (1). L'homme étant un animal religieux, le parti qui n'offre à sa soif d'immortalité et à son immense besoin de Dieu que des négations^ sera nécessairement vaincu, quand bien même il a mille fois raison contre les déplorables erreurs de l'Eglise romaine. Aussi le clergé est-il déjà le vrai souverain de la Belgique par ses écoles primaires, ses collèges et son université; par ses couvents et ses sociétés de toute espèce, dont le nombre a doublé depuis dix ans; par le suffrage universel ; par son influence sur les familles et sur les individus, tout spécialement sur les libraires; par la prépondérance des Flamands, ses dociles serviteurs, sur les AVallons libéraux. La seule puissance qui pût lui tenir tête, serait l'Evangile du Christ; mais le duc d'Albe l'a extirpé de la Belgique entière par le fer et le feu, et c'est à peine aujourd'hui si l'on compte dans ce royaume quelques milliers de protestants dont encore un trop grand nombre sont des libres penseurs.
Comment la science historique pourrait-elle fleurir sur un tel cham.p de bataille? Comment l'impartiale vérité pourrait-elle faire entendre sa voix au milieu d'une telle effervescence des passions ? Des deux parts on n'étudie trop souvent le passé que pour y chercher des armes contre ses ennemis.
(I) Telle est aussi l'opinion de M. Emile de Laveleye dans un artitlo (Rrvue des Detix-Motdes, 1871) qui a fait nne grande sensation.
§ 1. — Los t/mstea oy /'école de hronse, Alimofier, Tiherghien, Laurent.
Cependant, à défaut de l'Evangile, il s'est formé, sur les confins de l'incrédulité et de la superstition, une école très- remarquable de théistes, qui professe les doctrines de Krause et qui étend son influence sur l'Italie, l'Espagne et jusque sur l'Amérique. Elle est représentée à l'université libre de Bruxelles, par MM. les professeurs Ahrens, qui dans des écrits très-estiniés a concilié les écoles du droit historique et du droit philosophique, Altnieyer, Tiberghien, et à l'université publique de Gand, par M. Laurent.
M. Altmeyer nous a donné un traité d'historiosophie (1), dont la grande pensée est celle du règne final de l'harmonie sur la terre. Elle l'émeut, elle l'inspire, et de son cœur jaillissent de ces paroles ardentes qui vont au cœur. La vérité seule en sait trouver de pareilles. C'est ainsi que les saintes et joyeuses visions que les prophètes hébreux avaient léguées à l'humanité et que l'Eglise a laissées tomber dans l'oubli, deviennent^ sous la forme de simples opinions, la lumière, la force, la gloire d'une philosophie qui ns' croit plus à la }}rophétie.
Dans les premières leçons, tout en se référant aux écrits de M. Ahrens, l'auteur résume les principes fondamentaux de Krause avec la clarté que requiert et l'abandon qu'autorise la conférence. Puis il expose ce que son maître nommait i'hisioire idéale : les trois phases de la vie, les périodes de la vie de l'humanité (2), et l'organisation harmonique de la société future, où joue un trèsgrand rôle la commune, mais la commune considérée comnie hdomaine d'un seul homme (3).
Les dernières leçons ne comprennent que l'antique Orient. M. Altmeyer semble s'engager à nous y montrer que « l'esprit de Dieu, qui anime l'humanité,, s'est aussi bien révélé, quoique ii
(i) Cours de philosophie de T histoire fuit piibîiqnement d l'université de Bmxelles. 18i0. — Cet écrit a été ^xocéAéA\mQ Introduction à Vétudc philosophique de Vhistoire de Vhunicniiié vl d'un Précis de l'histoire ancienne. — Je ne connais pas le Cours de phUosoxiliie de Vlùstoirc (Bruxelles, IS'iOl, tFAlirens. — RI. de Bunsen [Gott in der Ceschichte, t. H!, p. 30;;), fait un grai;:i éloge des Ettides siir ta philosophie de l'histoire de l'humanité, et de leur auteur, le cclébr;docteur en droit à Gand, M. Brasseur. J'ai demandé cet ouvrage aux libraires de Piuxelles et de Gand qui m'ont dit neu avoir aucune connaissance, et M. Gustave Brasseur, membre de U\ chambre des représentants, m'a écrit que son frère n'avait publié qu'un ouvrage d'économie po litique en deux volumes et quelques écrits sur les banques.
{'!) Il se montre plein de respect pour la Genèse, « le livre le plus authentique de l'histoir.' primitive; » pour les Hébreux, « toujours tournés vers l'avenir ; u et pour Jésus-Christ « qu'jl faut se garder de comparer à qui que ce soit. » (P. 90, 308, 40j.)
des degrés divers, dans les pagodes de la Chine et de llnde que dans les temples de Jupiter Olympien et que dans la cathédrale d'Anvers (1). » Mais il ne nous fait voir à peu prt's partout qu'erreurs, vices et soutï'rances.
Cet écrit appelle d'ailleurs notre attention sur le caractère éclectique de la philosophie belge. De même que la Belgique est le point où se mêlent les eaux des fleuves allemands et français, ainsi Krause y donne la main à Victor Considérant, ^Vronski à Fréd. Schlegei, Gœrres à Guizot, H. Heine à de Maistre.
M. Allmeyer était un historien qui s'était hasardé sur le terrain de la philosophie. Elève et collègue d'Altmeyer, successeur d'Ahrens, M. G. Tiherghien est un philosophe de très-grand mérite pour qui l'historiosophie est le couronnement de son système. Il s'est si l)ipn approprié les doctrines de Krause qu'elles sont devenues comme sa seconde nature. Ce n'est pas une mince gloire que de les avoir coulées dans un moule tout nouveau et dépouillées de toutes les scories de la spéculation allemande. M. Tiherghien sait allier à la profondeur d'outre-Rhin la clarté française. Son langage est transparent, sa pensée forte et précise, sa méthode rigoureuse, sa marche rapide. 11 se meut avec une parfaite aisance dans tous les domaines parce qu'il vit et pense à la lumière céleste de ces vérités antélapsaires dont notre esprit porte en soi les inaltérables reflets.
Dans son premier écrit (-2), M. Tiherghien semblait au moment de formuler la vraie théorie des trois méthodes de la connaissance. Il distingue des notions déductives, les inductives et les liarmoniques ou appliquées. Il place au-dessus de l'histoire ou de la science des faits, et de la philosophie ou de la science des principes, des lois et des causes, la philosophie, tout à la fois idéelle et réelle, de l'histoire. Mais il n'y a toujours que deux méthodes : la déduction et l'induction. L'araignée et la fourmi de Bacon attendent l'a|3eille; le moi et le non-moi, leur synthèse.
En exposant la génération des connaissances humaines, ^l. Tiherghien part (avec Rixner) de la supposition que chaque système philosophique est un organe par lequel la vérité une et entière arrive progressivement à se manifester d'une manière complète. La pensée oscille entre les doux pûlrs do l'esprit et de la matière, du fini et de l'infini, de l'absolu et du contingent. Toute doctrine
Ci: Essai ilirovtuiqtie et historiqur sur la génération drs rmiii'fi'''<(inr.cs //uwaincs. <8V(.
par son caractère exclusif provoque son contraire, et les deux vérités opposées tendent à s'harmoniser dans une doctrine supérieure. Cette doctrine elle-même a ses imperfections, et le scepticisme en les signalant avertit que la vérité complète est encore à trouver. C'est ainsi que l'esprit humain a dû laisser derrière lui Platon et Aristote, puis Plotin ou Proclus et dans les temps modernes Leibniz. Mais enfin a paru Krause qui est le grand génie synthétique de l'humanité : sa philosophie est la vérité.
\J Introduction et la philosophie (1868) contient un chapitre qui a pour objet la philosophie de l'histoire. C'est sans contredit, avec l'opuscule de Lasaulx, ce que nous possédons de plus complet, de plus solide, de plus profond, de plus vrai sur les principes généraux de cette science. Nous nous réservons d'en tirer parti dans notre prochain écrit (1).
M. Laurent (2) est le premier des historiosophes modernes et, seul d'entre eux tous, il a fait de la Providence le fondement de son système. La providence divine supposant nécessairement la liberté humaine, il déclare une guerre à mort à tous les fatalismes possibles : à celui des ricorsi, de Vico ; au hasard de Voltaire et de Frédéric II; au fatalisme du climat, de la nature ou de la race tel que l'entendent Montesquieu, Herder ou Renan; au fatalisme révolutionnaire de Thiers; à celui des lois générales, de Buckle; au panthéisme de Hegel; au positivisme de Comte. Mais il n'est pas moins hostile au gouvernement miraculeux de la Providence, à la révélation juive et chrétienne, à la rédemption. Car son Dieu est le Dieu immanent du déisme d'outre-Rhin, qui est la négation du Dieu tri-personnel des chrétiens, ainsi que du Dieu transcendant du déisme français.
L'auteur, pour qui l'orthodoxie chrétienne est « une gageure contre le sens commun (3), » est-il bien certain que le sens commun ne soit pas tout aussi sévère pour sa théologie ? La providence et l'immanence ne s'excluent-elles pas absolument ? Si
H) M. Oscar Merten, professeur de poésie latine à Tuniversité de Gand, a publié en <866 un livre De la génération des systèmes philosophiques sur r homme. Cette génération s'opérerait selon une certaine loi du développement de l'esprit Lumain, découverte par M. Alphonse Le Roy, professeur à l'université de Liège. Cette loi a pour formule les trois fameux termes de thèse (ou a'unité enveloppée), d'antithèse et de synthèse. iL'antithèse est celie de l'élément spécifique lou du moi), et de l'élément multiple (ou du non-moi). Mais comme l'ordre logique des systèmes n'est point leur ordre historique, nous passons sous silence cet écrit, malgré une critique trèsintéressante de toutes les philosophies anciennes et modernes.
l2) Histoire du droit des gens et des relations internationales. Etudes sur Vhistoire de l'huinanité. <T vol., 48-30-1870. — La philosoijhie de l'histoire. 18'0.
(2) Ettidfs, t. XVll, p. 400.
Dieu doit pourvoir au bien des êtres finis, prévoir leurs besoins, faire leur éducation, les guider vers la perfection, les corriger, les châtier, ne faut-il pas qu'il soit distinct d'eux, qu'il existe hors d^eux et au-dessus d'eux, qu'il agisse sur eux de haut et de loin? Le sens commun acceptera-t-il sans difficulté qu'un Dieu immanent qu'on affirme être conscient de lui-même, habite dans l'esprit de l'homme, son unique demeure, sans que l'homme se doute le moins du monde de son hôte divin? Et si ce Dieu, malgré son immanence, ramène sur la voie du progrès l'homme qui s'égare, le sens commun découvrira-t-il une vraie contradiction entre l'intervention de cette providence -là et celle de notre Dieu créateur et rédempteur? La saine raison, qui n'aime pas les doctrines ambiguës, ne dira-t-elle pas qu'il faut choisir entre la providence d'un Dieu transcendant et l'identité de l'esprit infini et de l'esprit fini? ne dira-t-elle pas qu'un Dieu qui n'est qu'immanent, ne se distingue point, à tout prendre, du Dieu des panthéistes? Que si M. Laurent entend que son Dieu est, comme celui de Krause, tout à la fois immanent et transcendant, ses lecteurs ne comprendront plus sa polémique contre la révélation chrétienne; car son principal argument est l'impossibilité de concilier l'action tout intérieure de son Dieu immanent avec l'action extérieure et objective de Jéhovah. Il en est même qui seront de l'avis de certains philosophes athées, que, la personnalité de Dieu une fois admise, la doctrine chrétienne de la Trinité est la plus logique de toutes et la plus plausible. Elle permet en effet de faire agir l'Esprit de Dieu sur tous les êtres finis et en eux tous sans porter la moindre atteinte à la transcendance de Dieu et à sa providence, comme aussi sans jeter le moindre trouble dans la vie propre des créatures.
Au théisme de Krause, M. Laurent a ajouté les opinions de Lessing et de L, Reynaud sur la préexistence et les migrations des âmes. « Les facultés de l'homme sont susceptibles d'un développement, d'un progrès indéfini. Notre existence ne peut donc être limitée à cette terre, et, de plus, nous n'atteindrons jamais à la perfection; car la perfection et le progrès sont inalliables. Aussi n'y a-il pour nous ni vérité absolue : notre loi est de la chercher; ni bonheur final : notre bonheur est de déployer sans fin ni relâche notre esprit. L'âge d'or futur et terrestre des socialistes, la Jérusalem céleste des chrétiens ne sont (donc que de trompeuses utopies (1).» Mais, dirons-nous, tout théisme, celui même de
(0 Philosophie, p. 33 sqq.; 58.> sqq.
l'immanence, reconnaît quïl n'y a dinfmi que Dieu. li implique donc d'attribuer à des êtres finis des forces, des facultés infinies, et ce qu'il y a de plus logique est de dire avec saint Paul que nous serons tous un jour saturés de Dieu.
Toute théorie du progrès, indéfini ou fini, vient se heurter. dans l'histoire de l'humanité comme dans celle de la nature, au mystérieux et sombre problème du mal. Krause et son école renoncent à fétudier. Pourquoi, se demande M. Laurent, le genre humain doit-il « passer par cette mer de sang qui s'ouvre sous les pas du premier homme et qui va toujours s'elargissant? Dieu seul le saie Uy. » Dieu seul le sait, et il nous l'a révélé par ses prophètes. Mais le déiste ferme l'oreille à leurs enseignements.
Qui n'a point tenté de sonder le mystère du péché, n'a pas le droit de juger l'œuvre divine de la rédemption. L'impitoyable rigueur d'une justice qui n'est sainte et divine qu'a la condition d'être infinie, vous semblera une odieuse atrocité. La miséricorde non moins infinie de notre Père céleste, ne sera pour vous qu'un mot sans valeur. Vous verrez dans le Verbe incarné un homme pécheur et faillible, et si vous êtes né dans l'Eglise romaine, vous ne distinguerez plus de son ascétisme, de son intolérance, de ses superstitions, les primitives doctiines de l'Evangile ^2).
La fausseté de la révélation chrétienne, le progrès indéfini, la providence d'un Dieu immanent : telles sont les opinions qui ont guidé, qui ont égaré M. Laurejit dans ses études et ses méditations. Esprit positif, pénétrant, lucide, ingénieux, original, il est de la bonne école des Bunsen, des G. Hermann, des Lotze. Les constructions a priori de flegel lui sont antipatiques, les fictions gnostiques de Schelling n'existent pas pour lui. 11 ne recherche même pas les lois du développement des peuples. Nous dirons de lui, de Bunsen et de Lasaulx, qu ils sont les trois fondateurs de l'historiosophie expérimentale.
Les temps aiitehi^toriques n'ont pour le professeur de Gand aucun intérêt. Il ne s'explique pas sur les origines de l'humanité. On le voit seulement rejeter le peuple savant de Bailly, l'autochthonie de chaque nation et la sauvagerie de Hobbes ou Rousseau. 11 a d'ailleurs commis la grave erreur de placer au berceau de
(1) Etndes,t. I, p. 457.
(2) Toutefois, .^I. Laurent dit tt. IV, p. 62), que « Jcsns-Christ est une efTusion dj rameur divin qui a renouvelé Je monde » (/6«d., p. 38 sqq.; 42) ; que.. « type idéal de Ihumanité, il est Je Iiut suprême de ses efforts et son Médiateur ; » que « rhomme n'atiein.dra jaiiiais ii lui, mais qu'il suffit à sa grandeur qu"il se rapproche de lui daus la série infinie de ses existences •> {fOid. ; p. 20) ; que « lEvangile est la parole de vio dont nous vivons depuis deux mille ans. »
tous les poupies la lliéocratie au lieu du patriarcat. Ajoutons qu'au moins, dans ses premières études (1), il a méconnu leur isolement primitif et la simultanéité de leur croissance.
a Dans sa marche progressive Thunianité part de la théocratie orientale et arrive à la liberté et l'égalité proclamées en K9. — Mineur, Tindividu était en Asie élevé par les prêtres, organes de la Divinité, absorbé par la caste, soumis à un despote. — En Grèce il devient membre de la cité et souverain; et la caste fait place à l'esclavage que l'émancipation peut faire cesser. Mais le citoyen n'est pas libre de parler, croire, agir autrement et mieux que son peuple; et les riches et les pauvres se font partout une j^uerre sanglanie. — La cité s'achève à Home par l'égalité politique^ des plébéiens et des patriciens. Mais l'esclavage s'aggrave et la liberté personnelle fait encore défaut. — Jésus-Christ réclame des Césars pour ses disciples la liberté religieuse, celle de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et les déclare tous frères. L'Eglise maintient l'égalité en ouvrant à toutes les classes les rangs du clergé. Mais elle condamne la propriété privée par son idéal ascétique de la vie commune, persécute les dissidents et s'associe à tous les despotismes. — Les Germains apportent aux nations corrompues de l'empire romain le principe de la liberté individuelle, qui se produit d'abord sous la forme de la féodalité; l'esclave devient serf, et les classes s'échelonnent en une hiérarchie sans abîmes. — Le sentiment de l'individualité qui caractérise la race germanique, fait explosion par la réforme de Luther, et va se fortifiant jusqu'à nqs temps où l'homme, devenu majeur, se gouverne lui-même (2j.
c( En religion^ le progrès, qui est dû à l'humanité éclairée et guidée par l'inspiration divine ^3), part du polythéisme divisant les nations et fomentant les guerres; — s'élève, sans intervention de Dieu, au monothéisme chrétien (4), qui, malgré son spiritua-
(I) Voyant les Germains recevoir leur civilisation des Romains, les Romains des Crers, les Grecs des Orientaux, M. Laurent a jugé « absurde «d'admettre que la nième filiation n'eût pas eu lieu dans les temps piimitiJs, et il a imaginé que TEgypte et la Chaldée avaient eu leur activité intellectuelle éveillée par Tlnde.
[2} P/tilos., p. 377 sqq.
(3) Ibid., p. 427 sqq.
14) Voici le jugement de M. Laurent sur le monotliéisme hébreux : « LEgypte a donné la proniieie impulsion au génie des Ih'breiix. Moïse a déc'ygé des croyances du .saci.-nlotc égyptien le grand dogme de limité de Dieu et dun Dieu (|»i ne veut être adoré sous auiune image. Les Hébreux sout d'ailleurs le peuple iliroingique par excellence; aucure nation n'était préoccupée comme eux des ihosus ili\ines et du s;ilut de rimmanité, et i! n"en est pas dans l'histoire de laquelle l'action de ia riovidence soit plus visihi.-. S;'uis dépositaires de la grande vérité monothéiste qu'ils devaient communiquer au monde entier, iis sont prophètes dans ce monde ancien qui était to.nt entier la prophétie d'un nonxel ordre socia!. » (Eludes, t. 1. p. :U9. ^'0, 305. — /'//«/O*:., p.477.)
lisme antisocial et son esprit de persécution, unit les hommes, tous égaux devant Dieu, par une foi commune, par une charité héroïque et par l'idéal d une unité organique (1), — et arrive de nos jours au théisme philosophique qui ramènera tous les cultes à une unité supérieure. Le positivisme qui fixe pour but à l'humanité la négation de Dieu, est dans une radicale erreur.
« Le progrès moral, qu'on est tenté de nier quand on compare entre eux les individus des ditferents âges de l'humanité, est hors de toute contestation si Ton considère les doctrines dominantes des siècles et les coutumes des nations. Qui mettra sur la même ligne la morale d'Homère et celle de Sophocle, la République de Platon et le Sermon sur la montagne? Qui ne reconnaîtra que l'humanité a marché vers le bien depuis le temps où régnaient la polygamie et Tesclavage, où la femme était à Athènes réléguée dans le gynécée, à Rome livrée au pouvoir absolu de son mari; où les supplices étaient atroces, où le mot de guerre signifiait massacre, incendie, viol, pillage? (2)
« Enfin, la vie de l'humanité est une marche progressive vers Tunité, Tassociation des peuples. Les nations représentent chacune une des nombreuses idées que doit développer l'humanité dans leur totalité. A Torigine elles sont isolées (3). Le commerce des Phéniciens les met en relations les unes avec les autres, et les conquêtes des Assyriens et leurs successeurs les unissent, mais en les détruisant. (^M. Laurent ne se doute pas qu'il ne fait ici que reproduire les grandes vues d'ensemble des prophètes hébreux.) L'Eglise de Rome, succédant à l'empire des Césars, crée une unité spirituelle qui tendait à faire disparaître toute diversité. Mais les Germains avaient apporté au monde avec le principe d'individualité celui de nationalité. Les luttes contre la papauté, des empereurs allemands, de ^Yiclef, de Luther, des protestants ont concouru à l'atïranchissement des nations. Depuis 1789 les nations ont acquis la conscience de leurs droits et de leur mission. Leur avènement est celui de la paix universelle rêvée par Henri lY et l'abbé de
[\) « La Réforme, qui n'a d'amis mille part, et qui n'a rien de commun avec la philosophie, n'est, comme la monarchie constitutionnelle, qu'une halte, que la transition entre la religion du moyen âge et celle de l'avenir. « i Etudes, t. VllI, p. 419; 426.) D'ailleurs, « parmi les plus iliDsires des grands hommes sont ceux qui donnent le pain de vie à l'humanité : après Jésus- Christ il n'y en a pas eu de plus grands que les réformateurs, parce qu'ils ont ranimé le sentiment de la religion sans lequel il n'y a point de vie. » [Ibid., j). 13.)
(2i Ibid., p. 457 sqq.
(31 M. Laurent ne voit dans la haute antiquité que des tribus auxquelles il refuse le nom do nations : l'Ancien Testament aurait pu l'avertir de cette erreur, et lui apprendre en outre a ne pas confondre l'Etat national avec l'Etat conquérant ou lanionarcliie uniNerselle.
Saint-Pierre; il est celui de rhumanité. Le temps vient où il n'y aura plus, selon la parole de Jésus-Christ, qu'une seule bergerie et un seul berger. La philosophie, à laquelle il est réservé de rendre justice à TEvangile, ne poursuit donc pas un autre but que celui qui a été conçu il y a dix-huit siècles par le Christ {]). » Seulement, si elle veut la bergerie, elle met à la porte le berger.
Telles sont les grandes vues de M. Laurent sur le progrès de rhumanité et des nationalités, des devoirs moraux et religieux de l'individu, de ses droits à la liberté et à l'égalité. Cette historiosophie, de la plus incontestable spontanéité, est le fruit d'une vie entière d'études dignes des plus grands éloges pour leur intensité, pour leur extension et pour leur relative impartialité (2). Mais en somme ces vues diffèrent peu soit de celles de nos écrivains sacrés, soit de celles de Ballanche, de Fichte et de Hegel. Ce qui fait la vraie gloire du philosophe belge, c'est sa théodicée historique (3). Elle n'a sa pareille dans aucune langue, et elle serait un vrai chef-d'œuvre si elle n'était déparée à nos yeux par cette inintelligence de la vérité révélée, qui fait en toute occasion passer les progrès de l'incrédulité, du compte des misères humaines à celui des bénédictions divines.
M. Laurent nous enseigne à « admirer, adorer la providence de Dieu qui appelle successivement, au moment voulu, les peuples sur le théâtre de l'histoire, et qui fait servir le mal comme le bien à l'accomplissement de ses desseins sans que pour cela le mal cesse d'être mal. L'homme ne sait ce qu'il fait; le bien qu'il opère, n'est pas celui qu'il avait en vue, et ses mauvaises passions servent à des fins excellentes auxquelles il ne songeait pas. Dieu le guide à son insu, malgré lui, de station en station, vers le terme de ses destinées. Ainsi Alexandre et les Romains propagent par leur ambition et leurs conquêtes la civilisation grecque jusqu'à l'Indus et jusqu'à l'Atlantique. Les Barbares ne voulaient qu'envahir, piller, détruire le monde romain qui allait périr, et ils lui ont rendu la vie, en même temps qu'ils y ont trouvé le christianisme qui était fait pour eux et qui à ses origines connaissait à peine leur existence.
H) P/iilos., \). 472 sqq. — Etudes, t. IV, p. Gô sgq.; t. Xll, p. o49.
(2) Dans ses attaques les plus injustes contre le christianisme, l'auteur, dont rultramontanisme a troublé la vue, nous parait être d'une irréprochable bonne foi. « L'historien, dit-il, ne doitpas haïr, il doit aimer. Maudire une phase du développement de l'humanité, c'est maudire Diea. Nous haïssons parce que nous ignorons. Dieu qu: sait tout, ne hait pas. Pénétrons-nous d'un rayon de l'amour divin pour nous rendre digues d'apprécier la vie do l'humanité.» [Eludes, t. M, p. A-2.]
(3) Philos., p. 238-376.
L'Eglise, en devenant religion de l'"Etat sous Constantin, jetait les bases de son omnipotence spirituelle sans laquelle elle n'aurait pu accomplir sa mission : l'éducation de la race germanique. La féodalité fait prévaloir le droit du poing , et pourtant elle est le berceau de la liberté individuelle. L'Eglise, unité sans diversité, L-t la féodalité germanique, diversité sans unité, se corrigent, se complètent et préparent l'organisme futur de l'humanité. Les empereurs d'Allemagne visaient à la monarchie universelle, tombeau de la liberté et de la nationalité : Grégoire YII, en brisant la puissance de ce nouvel empire païen et en fondant celle de la papauté, a été sans le savoir le libérateur du genre humain. La papauté menaçait l'Occident d'une tyrannie bien autrement redoutable : la Renaissance, toute littéraire, a puissamment concouru à sa ruine. La France et la Turquie, parleurs guerres contre TAutriche, ont sauvé la Réforme et la liberté de penser. Ce n'est que depuis 1789 que les nations commencent à se rendre compte des desseins de la Providence. »
M. Laurent est ainsi le grand, l'excellent historiosophe de la Providence, l'auteur des études les plus complètes et les plus solides sur les temps historiques, et l'adversaire le plus redoutable du christianisme.
il ne peut s'étonner des mandements qu'ont lancés contre lui les évêques belges, et de la condamnation de son livre par la commission de l'Index. M. le professeur Lefebve, de l'université de Louvain, a publié une réfutation détaillée des Etudes (1). Plus tard M. V. Dechamps. de la congrégation du Très-Saint Rédempteur, opposa à M. Laurent, dans un livre dédié à la Vierge, la Divinité de Jésus-Chnst (^^. Il la prouve solidement par les Ecritures ; — faiblement par la conscience (les hommes aspirent tous à la vie future et ont tous besoin, sur les choses finales et imisibles, d'une instruction divine); — plausiblement, d'après Lamennais et de Maistre, par les traditions humanitaires de la chute et de la Trinité, par l'universelle pratique des sacrifices sanglants et par l'attente universelle d'un Sauveur.
;!] Ouvrage épuisé, dont iignore le titre.
(2| La Divinité de Jésus-Christ, ou le Christ et les .-intcchrisLs dans les Ecritures, i'hiitûirc et la conscience. 1858. Deuxième édit., 1861.
giî. — Les catholiques. Dechavips. Lefebve. — Thanissen. La furet.
La littérature catholique belge est pour nous en quelque sorte une terre inconnue. Nous n'avons pas à prendre parti dans la i^rande lutte des traditionalistes et des rationalistes qui a vivement agité l'université de Louvain. Ni les professeurs de cette cité, ni le clergé du royaume n'ont publié quelque grand et célèbre ouvrage d'historiosophie. Aux noms de MM. Dechamps et Lefebve nous ne savons ajouter que ceux de MM. Thonissen et Laforet.
La révolution de 1848, tout en respectant le trône, avait profondém.ent remué les classes inférieures. Le socialisme s'y propageait, «avec une effrayante rapidité, des ateliers des grandes villes jusque dans les campagnes. » Deux professeurs de l'université de Louvain voulurent combattre l'idée par l'idée, et opposer à ces principes de désordre, d'anarchie et de spoliation, les principes de la religion. de la morale, de la paix et d'un sage progrès. L'un, M. Thonissen, catholique libéral, jurisconsulte aussi savant qu'indépendant, soumit à une sévère critique (1) le phalanstère de Fourier, le communisme coopératif d'Owen, lecomnmnisme icarïen de Gabet, l'organisation du travail de L. Blanc et les contradictions de Proudhon. L'autre, Laforet (mort en 187^2; professeur de philosophie et recteur (2) de l'université de Louvain, auteur d'une Histoire de la philosophie morale, établit par l'histoire que le christianisme, seule vraie doctrine religieuse, est aussi la seule vraie doctrine sociale et civilisatrice. C'était réfuter à la fois Cabet transformant les premiers chrétiens en communistes et Rousseau prêtant à l'Evangile un esprit antisocial. Laforet fait le tableau, peu flatté, de la civilisation antique, sans unité de foi, sans dogmes iixes, sans sainteté, sans affections domestiques, sans autre droit que celui de la force, avec la guerre pour état normal, l'esclavage et le sacrifice de l'individu à la cité. C'est Jésus-Christ, c'est son Eglise qui ont rendu ou donné à l'humanité la liberté, la paix, le sentiment de la justice, la vie de famille, des croyances positives et une foi commune. L'auteur blâme M. Guizot d'avoir attribué aux Germains et revendique pour le christianisme le sentiment d'indépendance et d'individualité qui caractérise la civilisation européenne. D'ailleurs
A] Le socialisme et ses promesses. <8-i9.
l LtudiS sur la ciiilisation européenne considérée dans ses rapporta avec le chrntia,ûsmc.
ces Etudes ne visent point à l'originalité : on y voit citer constamment les grands écrivains catholiques de France, d'Allemagne, d'Espagne, et avec eux M. Laurent.
Plus tard, en i859, M. ïhonissena publié une excellente étude sur /« Théorie du progrès indéfini dans ses rapports avec l'histoire de la civilisation et les dogmes du christianisme (i). « La doctrine du progrès, qui sert aujourd'hui d'enseigne à toutes les écoles, était incompatible avec la civilisation de l'Orient, de la Grèce et de Rome, et elle ne date que du christianisme qui l'a engendrée. Les philosophes, loin de l'avoir découverte, l'ont reçue de l'EgHse et développée, ou l'ont altérée, ou l'ont repoussée. Elle est si peu opposée à la fixité des dogmes révélés, qu'elle a été formulée par Vincent de Lérins, et que le progrès indéfini était déjà admis par Bossuet comme il l'a été par de Bonald et comme il le sera par tout fidèle qui se rappelle la parole du Christ : « Soyez parfaits. » On peut donc être en même temps fils du dix-neuvième siècle et enfant dévoué de l'Eglise. — La loi du progrès est la loi de l'histoire dérivant de la volonté de Dieu et de la nature de l'homme. On suit le progrès depuis l'âge d'or de la tradition universelle, à travers l'Orient et la Grèce, jusqu'à l'empire romain. On le suit pareillement depuis l'invasion des Barbares à travers le moyen âge jusqu'à nos temps ("2). »
§ 3. — Les philosophes de V extrême gauche. Bodichon,
Comme échantillon des écrits philosophiques de la gauche, nous citerons celui de M. le docteur Bodichon, de V Humanité (3), On y verra ce que le naturalisme fait de l'histoire, ainsi que de la morale.
-( Il y a des lions, des tigres, des serpents venimeux, et il y a pareillement dans l'espèce humaine des races de dévorants, d'assassins, d'incendiaires, de voleurs, de faussaires, qui n'ont pas plus le droit de vivre qu'une vipère ou un chien enragé. Il y a des chevaux et des bêtes à cornes, des chameaux, des éléphants, et il y a
i») Je regrette vi\eiuent de navoir eu connaissance de cet ouvrage que lorsque les derniers cahiers de mon manuscrit étaient déjà entre les mains du typograplie.
(2) M.Ttionissen a choisi pour son adversaire M. Pelletan. — 11 est en communauté d'opinions avec Ozanam qui, sous forme d'Introduction a une histoire de la civilisation aux temps barbares, a publié des études sur Le progrés dans les siècles de décadence; avec M. le professeur Lefebve, à Louvaiii : Coup dœil sur la théorie rationaliste du progrès en rnatière de religion, 1856, et avec M. Newman.
(3) Deux tomes. Première édition, <8j2 et <853. — Seconde édition, 18CC, Bruxelles.
de même parmi les hommes des races nobles. » L'auteur incline k croire avec Zoroastre aux deux principes contraires du bien et du mal et à des enfants d'Ahriman et de Dieu.
L'auteur en eflet n'est point un athée. « Dans Thistoire de la terre le progrès s'est opéré par une série de cataclysmes. Dieu s'y montre comme le grand révolutionnaire par excellence. Il crée, il détruit, il régénère. L'univers est un immense cercle palingénésique. De même, dans l'histoire de l'humanité le progrès ne se fait que par des révolutions, des guerres qui font disparaître fatalement les races inférieures et déshéritées. La pitié est ici hors de place. La guerre entre les hommes est universelle et providentielle comme la guerre entre les animaux^ qui tous sont ou dévorants ou dévorés.
(( Les races privilégiées sont les blondes. Elles sont au nombre de quatre : slave, celte, germaine et anglaise. Elles ont le droit de s'emparer de tous les pays où elles peuvent s'acclimater. Toutes les autres races les ont pour précepteurs et maîtres; elles sont leurs disciples et leurs subordonnés. Si elles sont indisciplinables, elles s'éteignent et périssent au contact des premières. Le croisement seul peut sauver les races inférieures.
(( Dans les races supérieures, les malfaiteurs qu'on y compte par légions, sont probablement les descendants des races primitives qui n'étaient guère plus que des bêtes de proie. La guerre contre eux est plus utile , plus noble et plus sainte que celle contre les ennemis extérieurs. La peine de mort est la pierre angulaire de la société.
« Il y a chez les nations civilisées une disposition naturelle k revenir k la sauvagerie primitive. Cette dégénération produit dans la société de graves désordres. Ceux qui en souffrent, y mettent fin par l'insurrection, et leurs excès s'excusent par le désespoir qui les engendre. Supprimez l'esprit révolutionnaire, l'humanité reste stationnaire comme en Chine. Les partis religieux et politiques qui résistent au progrès, doivent être punis » (ainsi que la dit Rousseau et pratiqué Robespierre) .
« La loi agraire n'est point trop révolutionnaire. — L'amour multiple étant une cause active de la sociabilité, il faut détruire l'amour sérieux et malheureux par les amours faciles.
« L'humanité; quand elle aura supprimé le mal physique et moral, périra dans la plénitude de sa force, par un cataclysme semblable k celui qui a détruit les mastodontes. »
Au reste, nul homme ne peut entièrement sortir de la nature II. 35
humaine. En dépit de son fatalisme brutal, M, Bodichon parle de loin en loin d'une justice rétributive. Il voit dans notre vie actuelle Texpiation d'une vie antécédente, admet la possibilité d'"une migration ascendante des âmes et place ses espérances de progrès pour la présente humanité dans les eft'orls collectifs des individus donnant, chacun, à leur être le plus haut développement. Il combat la centralisation, admire la race germaine et anglo-saxonne qui civilisera l'univers par la spontanéité, et conseille de vulgariser la Bible, « le livre des âmes libres, sévères, justes, fortes : tous les peuples qui la lisent ont su conquérir leur liberté. »
§ 4. — Questions spéciales. Quetelet.
L'arithmétique sociale que nous avons vue créer parSussmilch, a été élevée par M. Quetelet (1) au rang d'une science de premier ordre, qui détermine ce qui dans la vie individuelle est régi par les lois immuables de la nature humaine et par la puissance plus ou moins permanente des mœurs nationales. Ces rechercheslà intéressent directement la philosophie, qui voit la liberté morale menacée par le fatalisme, et Tethno-biologie, qui constatera un jour les changements apportés aux moyennes annuelles de la statistique par les révolutions des âges.