‹ La Philosophie de l'histoire aux différents ages de l'humaniteChapitre 6 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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vérité et de la vertu, affirmer la liberté de rhomme et sa a grandeur presque égale à celle de Fange et de Dieu, » croire à la providence et à la grâce divines, combattre les libres penseurs, qui nient le miracle, et les matérialistes, opposer enfin la vie sainte et heureuse du vrai croyant au sombre ascétisme des puritains et des catholiques (1).

Caldéron mettait en scène l'Espagnol de qui les passions sont aux prises avec des lois morales plus ou moins fausses, dans un monde dlntrigues ou de fantaisie, et dans une Eglise déchue, fanatique et présomptueuse. Shakespeare nous dépeint avec autant de fidélité que de profondeur Thomme avec son individualité fortement accentuée, le monde dans sa réalité, et la justice divine ne laissant jamais le crime impuni.

Bacon est bien moins, après Bruno, le père de la philosophie moderne que le simple restaurateur des sciences expérimentales. Chrétien d'intelligence et non de cœur, il adopte les solutions que les saintes Ecritures donnent de tous les problèmes de la métaphysique. Le but de ses efforts est d'affranchir Tesprit humain du joug d'Aristote en faisant prévaloir dans Fétude de la nature la méthode d'observation. Son précurseur et son homonyme^, Boger Bacon, lavait formulée déjà quatre siècles auparavant. Galilée et Kepler, ses contemporains, la pratiquaient après Copernic. Machiavel l'avait appliquée à l'histoire. Shakespeare le faisait à l'esprit humain. Le mérite de Bacon, c'est d'être venu au temps où cette méthode devait remporter sur la dialectique sa victoire décisive. Il a proclamé ce qui devenait évident à tout le monde. Mais il fallait, en vérité, que lOccident eût été pendant nombre de siècles à une bien mauvaise école, pour qu'un protestant anglais pût le révolutionner en lui enseignant que, si l'on veut connaître le monde sensible, il faut le regarder.

Les trois grandes pensées qui ont dirigé Bacon dans la restauration des sciences, ce sont : soumettre au doute et à la critique les connaissances premières, découvrir par l'induction la vérité, et faire servir aux arts la vérité découverte (:2).

Bacon, d'ailleurs, fait si peu de l'induction l'unique source de !a vérité, qu'il oppose à l'expérience la raison et veut les unir par

(1) Je renvoie pour les citations à Flathe, Shakespeare in seiner ff^'irklichheit, première partie,

(2) Résumé sans preuves, d'une longue étude qui devait entrer dans la Divinité du christianiime démontrée, etc. (t. I, p. vin.)

l'étroit et fécond hyménée de Tassimilation. Ces trois méthodes ont pour symboles^ ajoute-t-il, la fourmi, Taraignée et Tabeille. On ne saurait résumer d'une manière plus heureuse la triple théorie de la connaissance (1) (t. I, p. 32 i).

Malheureusement, il réduisait Tesprit à n'être qu'un simple miroir qui reçoit les images des choses extérieures, ou que l'épouse sans dot de la nature qui l'accable de ses trésors^ et leur hyménée n'était pour lui, en dernière analyse, que l'assujettissement de Tentendement aux sens.

On a de Bacon une Vie de Henri VII, qui est, en anglais, le premier écrit de l'école pragmatique de Polybe et de Machiavel. Il pressentait la grandeur future de l'Angleterre, qui a « la forme de gouvernement la plus propre à élever les courages par la liberté, et qui arrivera, en dominant sur la mer, à régner sur la terre entière. » Il voyait sa patrie, protectrice des opprimés, opposer la plus puissante barrière à l'Espagne^, et déjà la papauté combattre non pour l'empire du monde, mais pour son salut.

En historiosophie, le chancelier de Vérulam a posé et, d'un mot qui a été fort remarqué, résolu la question de la supériorité des modernes sur les anciens dans les sciences. « Le profond respect qu'on a pour l'antiquité et pour ses grands philosophes n'est pas réfléchi. Le temps où vivaient les anciens, était la jeunesse du monde, et sa vieillesse, ce sont les temps modernes. C'est nous qui avons la longue expérience, la maturité de jugement, les nombreuses et diverses connaissances dues à la navigation et aux voyages de long cours. Ce serait une honte pour le genre humain, quand il fait tant de grandes découvertes, de se laisser emprisonner dans les étroites limites de l'antiquité (2). »

Bacon a noté, sans la modifier ni discuter, la loi de Machiavel et de son école : « A la naissance et durant l'accroissement des républiques, fleurissent les arts militaires ; à leur plus haut point de prospérité, les arts libéraux; enfin, lorsqu'elles penchent vers leur déclin et leur décadence, le commerce et les arts mécaniques, qui favorisent le relâchement des mœurs. J'ai bien peur que notre siècle, comme étant au déclin de sa prospérité, ne penche vers ces derniers arts (3). »

Le seul historien de l'âge d'Elisabeth que nous devions men-

[{) Novum Organum, 1. 1,5 95. De augmentis, introd. - (2) JVovum orgamim , 1. i, aphor. W. (3) Deaugm. scient., IV, in fine.

tionner avec Bacon est William Raleigh, qui, après avoir été en grande faveur auprès de cette reine, fut injustement accusé de trahison sous Jacques 1er. Enfermé pendant douze ans dans une prison, il y composa la première Histoire du monde (161-4j en langue anglaise. Elle est aussi distinguée par la beauté de la forme que par son esprit de véracité, de justice et de foi.

Sous Elisabeth, a vécu le théologien Hooker, auteur du Gouvernement ecclésiastique [Ecclesiastical Policy). Il y pose le principe de la souveraineté populaire, la nécessité d'un contrat qui transmette Tautorité à un mandataire^ Findilférence des formes de gouvernement et la subordination de l'Eglise à l'Etat. Cet écrit justifiait le pouvoir spirituel de Henri VIÏI et de ses successeurs, en même temps qu'il était inspiré par Tesprit démocratique du monde moderne.

§ 2. — La Hollande.

Elisabeth avait assisté de loin à la guerre de religion et d'indépendance que les Pays-Bas, depuis 1569, la Hollande seule, depuis 1578, soutenaient contre l'Espagne, au comble de sa puissance. La foi, le patriotisme, J'enthousiasme, l'inébranlable courage de ce peuple nain aux prises avec un tel géant, fixaient sur lui les regards de l'Europe entière. A cette république de héros qui, à peine née, s'illustrait déjà dans toutes les branches de l'activité humaine,il fallait des historiens dignes d'elle. L'Allemagne n'avait eu qu'un Sleidan, la France qu'un de Thou; la Hollande produisit Pierre van Hooft et Hugo Grotius.

Van Hooft (mort 1647) , le fondateur de la littérature hollandaise,poëte lyrique distingué, traducteur de Tacite, a raconté avec un talent éminent, dans ses Histoires néerlandaises (1642), la réforme et l'affranchissement de sa patrie (de 1550 à 1587).

Grotius (1583-1046) est plus connu à l'étranger par ses écrits de théologie et de politique que par ^q^ Annales, qui ont été pourtant la grande œuvre littéraire de sa vie. Chrétien sincère, il fut le plus savant apologiste de la révélation (Leibniz disait de son écrit De la vérité de la religion chrétienne que c'était un livre d'or). Mais au peu de place que les mystères occupaient dans ses croyances, à sa foi plus morale que spirituelle, on reconnaît l'approche du règne de la philosophie. Il attaquait la prédestination calviniste avec une

telle vigueur, que ses coreligionnaires Taccusèrent de socinianisme; dans ses travaux exégétiques, il fut le précurseur d'Ernesti, et sa tolérance allait si loin, que les catholiques crurent qu'il était des leurs. Le commerce des anciens avait d'ailleurs développé en lui un vif sentiment de la noblesse de Tâme humaine, et ce sentiment, joint à sa piété, donnait à son esprit une clarté, une sérénité, une impartialité qui apparaissent à chaque page de son Bisto ire {[)A\ s'y montre l'émule de Tacite, son auteur favori, dont il a, sinon le talent de narration, au moins la pénétration et la rectitude de jugement, et quïl surpasse de beaucoup par sa confiance en Dieu et en la Térité. Tel est à peu près le jugement que portait de lui Mably, tandis qu'il ne cache pas son dégoût pour le catholique Strada, invitant les sujets à la servitude et permettant à Philippe II de fouler aux pieds tous les pactes.

Avant Grotius, Juste-Lipse ^mort 1606) proposa, en l'an 1600, une toute nouvelle division de l'histoire : l'Orient, la Grèce, Rome, les Barbares. Négligée pendant deux siècles, cette division, qu'adoptera un di^iple de Schelling, recevra la sanction de Hegel et finira par faire oublier toutes les autres.

Gerhard Vossius (mort d649), l'auteur de la Theologia gentilis, publia en 1653 un traité sur VArt historique^ vrai livre de la Renaissance, où l'on chercherait en vain quelques vues nouvelles, bibliques ou autres, sur les destinées de l'humanité. On n'y trouve que des conseils, des conseils excellents, empruntés aux Grecs et aux Latins.

Les noms de Juste-Lipse et de Vossius nous rappellent que, vers la fin du seizième siècle, la Hollande avait, comme la France, ses érudits, qui étudiaient avec infiniment de patience l'antiquité grecque et romaine : Gruterus, Emmius, Meursius, Gronovius de Hambourg.

Au dix-septième siècle, la mystique est représentée en Hollande par Jean-Baptiste van Helmont (mort 1644) et son fils François- Mercure (mort 1699), de l'école de Paracelse. Comme les grands mystiques du moyen âge, ils avaient une notion très-juste du progrès, au moins du progrès de l'individu; car « l'homme, imparfait de naissance, possède en lui un principe de perfectibilité

(H Annales et historiée de rébus belyitis, 4ô5T.

qui le rapproche sans cesse de Dieu, bien qu'il ne puisse jamais Tatteindre. » Leibniz faisait un grand cas de François, auquel il reprochait d'ailleurs sa prédilection pour la cabale, et dont il résumait toute la philosophie dans les deux dogmes de la préexistence des âmes et de leurs migrations (i).

Cependant les Hollandais, en conquérant leur indépendance, avaient dû se constituer en Etat et faire choix de la forme de gouvernement le mieux appropriée à leurs besoins. Hotman et Languet devaient accepter l'antique monarchie française : tous leurs efforts n'allaient qu'à sauver d'une ruine imminente, à restaurer, si possible, dans leur intégrité les vieilles libertés. Mais il s'agissait ici d'un édifice tout nouveau à construire. Chacun avait le droit d'en proposer le plan ou d'y apporter sa pierre. Aussi est-ce merveille que de voir avec quel zèle on cultivait dans ce pays la science politique. On y mettait à profit l'expérience des Grecs et des Latins, les principes des saintes Ecritures et les exemples des peuples germaniques.

Les écrivains politiques les plus remarquables de la Hollande sont Althusius (mort 1638), l'auteur d'une Politique systématique ; Grotius avec son célèbre traité du droit des gens ; Jean de Witt (mort 1672), de la noble race des Oxenstiern et des Sully, et Boxhorn (mort 1653;.

Tous, au nom de la justice, de la liberté et de l'ordre, combattent à la fois Machiavel et sa théorie brutale de la force et du vice, Bodin et la monarchie absolue des empereurs romains, les jésuites glorifiant Dieu par des Saint -Barthélémy et n'admettant les pouvoirs intermédiaires que comme une imperfection, ou poussant jusqu'à l'anarchie le principe de la souveraineté populaire pour forcer les rois à se réfugier vers l'autel de la papauté.

Tous se refusent à admettre la théorie du protestant italien Albéric Gentilis (mort 1608), qui voyait dans la puissance du prince sur le peuple un droit naturel, nécessaire, absolu, primitif, pareil à celui du père sur les enfants. Ils ne recherchent pas non plus en Dieu, avec Calvin et Languet, les origines de la souveraineté. Elle est pour eux une émanation du peuple, et le peuple la confère à son premier magistrat par ce fameux contrat que nous avons vu poindre chez les scolastiques.

Tous préfèrent, comme Hotman et Languet, la monarchie à la

II) riiit.^n5, t vr, deiiïième faitie, p. 226.

république. Grotius incline le plus vers une royauté forte et absolue; toutefois, « Tautorité nationale a le droit déjuger et de déposer un tyran, mais non de le faire mourir : c'est l'oint du Seigneur. » Althusius, son précurseur, qui avait imaginé un êphoro.t chargé de conserveries lois en surveillant le prince, avait attribué à ce conseil le droit de le condamner à mort. La nation lui apparaissait formée d'une hiérarchie de sociétés partielles, distincte du gouvernement, et qui s'élève de la famille par les confréries de métiers, les villes, les états provinciaux, jusqu'aux états généraux. De trente ans plus jeune que Grotius, Boxhorn insiste sur la participation de tous les citoyens au pouvoir souverain et sur la liberté sénatoriale ou l'indépendance des autorités municipales.

Par son livre Du Droit de la guerre et de la paix, Grotius a fondé après Gentilis (4) la science du droit des gens, en IC^^, au commencement de la guerre de Trente ans. La théorie catholique de la suprématie de la papauté avait fait son temps ; le système de l'équilibre des puissances prévalait en Occident. Il fallait fonder sur des bases nouvelles le droit public. Machiavel avait proposé la ruse et la violence, Grotius proposa la justice et l'équité. L'Europe suivit le premier dans la pratique et admit la théorie du second.

Grotius est dans le domaine du droit le précurseur de Descartes. Il a affranchi de l'autorité des anciens et de celle des saintes Ecritures une des grandes disciplines de la philosophie, dont il a cherché tous les principes dans la seule raison. Le fondement du droit privé, c'est l'instinct personnel du juste; celui de la société, la sociabilité; celui de l'Etat, un contrat; celui du droit des gens, des conventions d'ordinaire tacites. Mais Grotius ne sait pas résumer nettement ses doctrines, il se laisse induire en erreur soit par un reste de déférence pour les Grecs et les Latins, soit par l'autorité du fait accompli, et il n'a point assez présentes à l'esprit la suprême puissance de Dieu et l'image de Dieu dans l'homme. Son droit naturel, qui pourtant est antérieur à l'Etat, absolu, ne s'appuie point comme le fait celui de Sophocle ou de Cicéron, sur la loi éternelle et divine. Son instinct de sociabilité semble se réduire à l'impuissance des familles séparées de se mettre suffisamment à l'abri de la violence d'autrui : l'intérêt aurait eu donc plus de force que l'affection et la bienveillance. Par le contrat social, le peuple abdique toute sa souveraineté ; il pourrait même

H) De iiireheUi, 1589. Lvon.

se constituer dans Tesclavage (1) et créer des états patrimoniaux qui auraient pour but le prince et non le bien public. Rousseau accusera Grotius et son traducteur, Barbeyrac, davoir fait leur cour aux rois.

Le Droit de la guerre et de la paix eut un retentissement immense. En 1627 déjà, Rome le mettait à Tindex. Gustave-Adolphe ne pouvait se lasser de le lire (2). En Allemagne Pufendorf, dans son traité De jure nature et gentiwn (1672), réduisit les idées de Grotius en un système plus méthodique et plus homogène. Il était professeur à Heidelberg où, quinze ans après la mort de Grotius, en 1661, on avait créé une chaire des sciences politiques. Bientôt des chaires semblables s'érigèrent dans toute TAllemagne. Ces études y devinrent Toccupation favorite des hommes d'Etat et des savants, et dans la première moitié du dix-huitième siècle, dit Barbeyrac (3), aucune nation ne cultivait avec autant de zèle le droit pubhc.

La question la plus grave et la plus brûlante de toutes celles que discutaient les politiques hollandais, était celle de la tolérance. Althusius l'avait tranchée dans le sens catholique de la persécution : la seule vraie religion doit être celle de tous les citoyens ; le synode a le droit de bannir du pays l'hérétique et d'exercer la plus sévère discipline sur les familles. )> Grotius au contraire, qui avait été persécuté, condamnait au nom de l'Evangile et d'anciens conciles, les guerres de conversion. « Le droit de domination, disait de même Boxhorn, cède à la conscience privée dont Dieu s'est réservé l'empire. » Mais c'est à Bayle (164-6-1706), que revient l'honneur d'avoir porté à la théorie de la persécution religieuse le coup de mort.

Bayle (4-} avait contre lui toutes les Eglises et pour lui de compromettants alliés, les sociniens et les arminiens (5) . Il prend à partie « le grand patriarche de la persécution, » saint Augustin, contre lequel étaient restées impuissantes les protestations de saint Hilaire et de saint Martin. Tout récemment, l'archevêque de Paris avait réimprimé les lettres de 1 evêque d'Hippone contre les donatistes, et le Père Thomassin, de l'Oratoire, venait d'établir

(\) K L'esclavage, disait au contraire Jean de ^Vitt, fait des plus beaux pays un enfer; la liberté, du plus triste un paradis.»

(2) Disc, prélim., §29. — (3) Préface de sa traduction de Grotius.

(4i Commentaire philosophique sur ces paroles de l'Evangile •• Contrains-les d'entrer. Edition de<7«3. - (5) T. II, p. 423.

Tunité de la foi catholique sur ce point depuis Constantin par des preuves amples, claires, précises. Dans sa réfutation, Bayle s'appuie sur les lumières de la raison naturelle, sur le caractère spirituel (1) de TAUiance nouvelle, qui explique le vrai sens de l'ordre de Jésus-Christ : « Contrains-les d'entrer, » et sur les détestables conséquences de la persécution. « Avec l'intolérance, « disait-il, « la chrétienté ne peut plus être qu'un théâtre de fureur et qu'un train de guerre civile à quoi l'on ne saurait trouver de remède. Il n'y a pas de sophisme plus dangereux et plus absurde que de faire le mal pour qu'il en arrive du bien, et de maltraiter son prochain par cliarité. C'est renverser la sainte et fondamentale barrière que Dieu a mise entre le vice et la vertu, et ne laisser pour caractère du bien que l'utilité. C'est justifier tous les crimes de fourberie et de cruauté, que l'enfer puisse imaginer. C'est assimiler le christianisme à l'islam (2). »

Par son Commentaire, qui passe pour son chef-d'œuvre, Bayle a rendu à l'historiosophie l'intelligence de ce monde qui se dit chrétien, et où Satan a fait son œuvre, déguisé en ange de lumière (3).

Réfuté avec une vraie fureur par Jurieu, Bayle consacra les loisirs que lui fit le fanatisme à la composition de son Dictionnaire philosophique et critique. Il y a semé à pleines mains le doute, exposant avec infiniment d'art les objections que soulèvent les dogmes chrétiens, présentant sous le jour le plus favorable les erreurs des philosophes, posant des problèmes tout nouveaux tels que la moralité des athées, parfois même, quand il lâchait la bride à son esprit sceptique, contestant la réalité des faits les plus certains. On a fait de lui un précurseur de Voltaire; mais Voltaire se moque de la révélation qu'il veut détruire, tandis que Bayle rappelait plutôt à l'humilité le dogmatisme scolastique de son siècle.

§ 3. — Les S tua ris.

Déjà sous EUsabeth avait succédé à la lutte du catholicisme et de la Réforme, celle de l'Eglise anglicane et des dissidents, qui remplit tout le dix-septième siècle, et à laquelle nous verrons suc-

(0 o L'Evangile spiritualise l'homme, v T. l, p. i6^.

(2) T. II, p. « sqq., G^, 86, 4C7 sqq. - (3) « Le diable vient avec hacbcs et cognées, Jésus-Chiist heurteà la porte, » a dit Attaanase.

céder à son tour celle de TEvangile prêché par Wesley et d'un monde indifférent, sceptique, incrédule. Les dissidents étaient les uns des presbytériens qui défendaient le principe de Fautonomie de l'Eglise contre celui de son assujettissement à TEtat, les autres des puritains aux mœurs rigides et aux tendances républicaines.

Les Stuarts, qui faisaient de la cour un foyer d'immoralité, aspiraient à ramener la nation sous le joug de la papauté et de Tabsolutisme. Aux luttes de la religion s'ajoutèrent celles de la politique.

Le despotisme engendra l'insurrection : le trône fut renversé, le roi décapité, la république proclamée. Mais les révolutionnaires étaient des puritains qui prétendaient faire régner dans leur patrie la piété. Us réformèrent de nombreux abus, et TAngleterre fut, sous Cromwell, prospère, puissante, redoutée.

La restauration des Stuarts constata leur impénitence finale. Les dissidents furent de nouveau en butte aux persécutions les plus odieuses : on les dépouillait de leurs biens, on les jetait dans les prisons où ils mouraient par milliers, on les faisait périr dans les plus cruels supplices. Le 2i août 1662, deux mille pasteurs, les plus pieux de l'Eglise anglicane, Baxter à leur tête, avaient été chassés de leurs paroisses.

L'Angleterre ne trouva son assiette que sous Guillaume d'Orange, dans une monarchie tempérée, qui est devenue une vraie république avec un prince héréditaire, et dans la paisible coexistence d'une Eglise d'Etat avec de nombreuses sectes presque toutes évangéliques.

Ce dix-septième siècle, qui fait suite à l'âge d'Elisabeth, est un siècle d'inconscient fanatisme, de passions violentes, de généreuses émotions, de vertus héroïques, de vices hideux, d'initiative hardie, d'une imagination puissante qui ne se possède pas. Il surabonde en écrivains religieux et politiques, est riche en poètes, pauvre en savants, en historiens, plus pauvre encore en philosophes.

Citons d'entre les dissidents : Baxter (mort 1691), dont les écrits édifient encore l'Europe protestante; Fox, qui fonda en 1649 la société des quakers; Bunyan (1628-1688), fdsd'un charbonnier, qui, pendant un emprisonnement de douze années, a composé le Voyage du Chrétien, fiction psychologique comme le Parcival d'Eschenbach, où l'opposition des deux cités et l'histoire de la vie spirituelle sont exposées d'une manière si vraie, si ingénieuse, si pittoresque^ que cet écrit se répand avec la Bible d'un bout du

monde à Tautre. — D'entre les mystiques : Cudworth (mort 1688), qui est un théosophe éclectique sans grande originalité et fait preuve dans ses écrits de plus d'érudition que de critique. Il défend la liberté humaine contre le matérialisme de Hobbes, prouve, après Pic de la Mirandole, l'existence d'une révélation et d'un monothéisme primitifs, et émet l'hypothèse d'une vie universelle, d'une cause une et puissante, d'une nature plastique qui dispense Dieu d'intervenir sans cesse dans les opérations des lois physiques.

Les érudits anglais de la Renaissance ont fourni de précieux matériaux à l'historiosophie, en étudiant les antiquités Juives (Selden, Spenser, Usher), syriennes (Selden), phéniciennes (Cumberland), égvptiennes (Marsham), perses (Hyde), grecques (Dodwel).

Burnet, dans sa Theorio telluris so.cro, (1694), roman qui annonce la prochaine naissance de la géologie, unissait à une complète ignorance des sciences physiques une imagination hardie, un esprit ingénieux, une certaine éloquence et le désir de concilier la Bible avec la nature.

Le grand physicien du siècle est Robert Boyle (mort 1691). Vrai successeur de Bacon, il a, par sa méthode d'obsers'ation, délivré la chimie des rêveries de van Helmont, et imposé par son testament à son pays le devoir de trouver l'accord de la foi et des sciences positives.

Le seul poëte de premier ordre que l'Angleterre ait produit au dix-septième siècle, c'est le puritain et révolutionnaire Milton (1608-1674), dont le nom s'est associé comme de soi-même à celui de Shakespeare. Il a chanté les origines des deux cités sur la terre et dans les cieux. Ses tableaux sont saisissants de grandeur, sublimes d'horreur, admirables de grâce et de pureté. Mais il lui manque le sens des choses spirituelles : son Dieu est un ennuyeux théologien, Satan un honnête rhéteur, les collègues du diable des ministres d'Etat qui ne savent pas leur Machiavel, Adam un étudiant d'Oxford à qui l'on enseigne la dialectique et l'astronomie.

Si nous jetons un regard d'ensemble sur les écrivains politiques et les philosophes dont nous devons faire la revue, nous verrons que, tandis que Jacques I*""^, Laud, Hobbes, Filmer, Harrington, Algernon Sidney et Locke cherchent dans des directions contraires la meilleure forme de gouvernement, la raison descend

de Torthodoxie morte de Bacon vers le déisme de Herbert de Cherbury, s'égare un instant dans le matérialisme de Hobbes, et tombe dans le sensualisme de Locke.

Herbert est le père du déisme moderne. 11 vivait à la cour de Jacques I", et il faut lui savoir gré de son reste de foi. Quand Torthodoxie d'un Bacon s'alliait avec des actes d'une avidité criminelle et d'une honteuse lâcheté^ on ne peut s'étonner qu'un pair, qu'un ambassadeur soit arrivé à la conviction que la religion naturelle suffit, que toute révélation est superflue, et que, par conséquent, l'histoire biblique de la rédemption n'est qu'un tissu de fables. Il est d'ailleurs digne de remarque que ce premier adversaire de la révélation chrétienne, après avoir longtemps hésité à publier son ouvrage (1), y fut décidé (comme il le raconte dans ses Mémoires) par un signe du ciel, qui est, ce semble, une révélation divine !

Le roi Jacques I^^^ aidé de Barclay, avait soutenu lui-même, en 4610, selon Occam et les réformateurs, la cause de l'autonomie de l'Etat contre les prétentions contraires de la cour de Rome. Bellarmin n'avait pas craint de lui opposer le droit de l'Eglise de corriger et même de paralyser le pouvoir temporel.

Contre l'école républicaine de Buchanan et des puritains s'élevaient de nombreux champions de la monarchie absolue, entre autres l'archevêque Laud de Cantorbéry, qui fut le ministre d'Etat de Charles I^r, et le publiciste Filmer, qui, en 1646, faisait, avec Gentilis, dériver du patriarcat la royauté illimitée. Après le meurtre juridique de Charles I^r, des républicains, Milton à leur tête, entreprirent l'apologie non-seulement de l'insurrection, mais du régicide.

Au milieu de ce conflit des opinions, des luttes violentes des partis et de la tourmente qui bouleversait l'Angleterre, Hobbes désespéra de la liberté, Harrington se réfugia dans l'utopie.

Hobbes {% était l'ami de Bacon. Dialecticien subtil, il éprouvait comme lui le besoin de réformer les méthodes philosophiques de son temps. Mais il poussa l'empirisme jusqu'à nier toute métaphysique. Pour lui, l'âme est une substance matérielle et périssable; Dieu, une cause de toutes choses que nul ne peut connaître; la religion, un fruit de la crainte. Le bien suprême, c'est la paix et

(\)De vei-itate prout distinguitur u revelatione. Paris, •(624. (2) Né 1588, mort 46»0. - De cive, 1642. — Leviathan, iCoi.

ses jouissances; le plus grand ennemi de la paix, la liberté, source de tous les maux; le seul moyen de les prévenir, le despotisme; TEglise, un instrument aux mains des despotes pour maintenir Tordre. D'ailleurs, Thucydide, qu'il avait traduit, lui faisait redouter pour son pays les troubles des républiques grecques.

Ce misanthrope atrabilaire, sans conscience et sans foi, exposa avec clarté et vigueur, dans toute sa hideuse nudité^ le système suivant :

« De nature^ Fhomme n'a d'autre instinct que celui de conservation. Ayant droit à tout, et pouvant faire tout servir à son bien, il est en guerre avec tous, — homo homini lupus, — et ne connaît d'autre loi que la force.

(c Pour faire cesser la guerre de tous contre tous, l'homme renonce à son droit illimité, passe de l'état naturel à l'état civil, et constitue par un contrat une autorité une et absolue. »

Cependant, comme ces hommes-loups consentiraient difficilement à créer une souveraineté qui les apprivoiserait, Hobbes reconnaît qu'elle se produit moins par un contrat mûrement réfléchi que spontanément par la force. Auguste Comte (1) nous dit que c'est là, « au fond, le seul pas capital qu'ait encore fait depuis Aristote jusqu'à lui la théorie positive du gouyernement. »

« Avec l'Etat naît le droit ou la loi positive, qui n'a qu'un seul but^ la paix publique, et que le souverain règle sans contrôle. Est juste ce qui tend à la paix. » Donc, nulle justice, nulle vertu, nul devoir avant l'Etat et hors de l'Etat; nul droit absolu d'où dérive la loi nationale, nulle loi divine supérieure au prince; nul appel de ses sujets à Dieu et à la conscience contre sa tyrannie, nulle protestation qui ne soit une révolte.

«La puissance spirituelle que s'est arrogée l'Eglise, doit retourner à l'Etat; car la souveraineté, pour être absolue, doit être une et indivisible. C'est donc au prince à régler la religion nationale, que chacun est tenu de professer. »

Le système de Hobbes est révoltant de despotisme, d'intolérance, d'immoralité, de brutalité. Telle est la conséquence logique de l'athéisme matérialiste.

Hobbes n'a point, d'ailleurs, exercé sur l'Occident protestant une action semblable à celle de Machiavel sur l'Occident catholique. Toutefois, nous verrons le spiritualiste Rousseau lui faire plus d'un emprunt.

[\) Politique, t. W,^. 299.

Harrington^ de son côté, publia son OcPMna en 1656, sous le protectorat de Cromwell. Hobbes avait poussé l'autorité jusqu'aux derniers degrés de la tyrannie ; Harrington poussa la liberté jusqu'aux confins de l'anarchie.

(c La monarchie est condamnée à périr en Angleterre comme elle a déjà sauté en Tair partout ailleurs. La république est la seule forme de gouvernement possible.

a Les deux bases de la république idéale sont la propriété privée et foncière ^par opposition à la communauté des biens de Platon, Morus, Gampanella), et la hiérarchie des classes (ou, en d'autres termes, Torganisme social de Platon et d'Aristote).

« Le droit de propriété, toutefois, n'est pas illimité. Il doit y avoir constamment une certaine proportion entre les fortunes des diverses classes de citoyens. Pour maintenir cette proportion et prévenir les richesses excessives, il faut une loi agraire. Elle est nécessaire à la longue durée des Etats. » Cette balance des propriétés passe pour être la grande découverte dHarrington. L'Américain J. Adams l'a comparée à celle de la circulation du sang par Harvey.

« A la hiérarchie des classes correspond celle des corporations territoriales.

(c Les magistrats se renouvellent par une rapide rotation d'élections civiles, militaires, ecclésiaëtiques. Plus d'assemblées à vie ou de longue durée, qui sont des lacs, des marais aux eaux stagnantes; mais de larges et profonds lits dans lesquels toute la nation s'épanche successivement et circule sans interruption.

« Le pouvoir suprême est exercé par deux conseils ou deux chambres : le sénat et la tribu de la prérogative. »

Cette utopie n'est certainement pas la fiction d'un rêveur; Harrington avait, dans ses longues et solides études, embrassé toutes les sciences philosophiques et politiques, depuis Platon à Hobbes. L'esprit qui l'inspire, est non point le génie de la renaissance classique et payenne, mais le génie de la race germanique, fécondé par le protestantisme. Cromwell avait vu dans cet écrit une satire de son gouvernement; Montesquieu le jugea digne de toute son attention; Hume le déclarait « le seul plan estimable de république qui ait été encore inventé, » et, si les hommes politiques de Tancien monde n'en ont fait aucun cas, les Anglo- Saxons de l'Amérique y ont puisé plus d'une précieuse leçon. Ils se flattent d'avoir établi chez eux la balance des propriétés sans la loi agraire, par leur infatigable activité; ils ont confié à deux

chambres, 1 une et l'autre électÎTes, le gouvernement suprême ; leurs nombreux Etats souverains correspondent assez bien aux divisions territoriales d'Harrington, et des élections constamment répétées font circuler la vie dans tout le corps social. Or, les institutions républicaines de l'Amérique ont réagi avec une force immense sur notre Europe monarchique, et nous nous trouvons indirectement redevables de telle ou telle de nos idées favorites à un des nôtres, dont nous avons oublié jusqu'au nom.

Harrington s'était trompé : quatre ans après la publication de son livre, il vit la nation anglaise revenir à son ancienne monarchie représentative, qui ferait sa force, sa prospérité et sa gloire, Algernon Sidney (mort 1683), dans ses Discours sur le gouvernement (publié en 1698), est un républicain de conviction, a L'idéal, c'est le règne de la loi dans un corps social où tous peuvent concourir à l'avancement du bien public. La république répond le mieux à ce type. Mais elle suppose une cité peu considérable. Il faut à une grande nation la monarchie. La seule forme admissible de la monarchie est la parlementaire. Les champions de l'absolutisme, par une théorie d'une criminelle extravagance, mettent la dernière main à nos misères et sont la honte , l'infamie de notre siècle (1). »

Fils d'un comte de Leicester, Sidney est à la fois un des plus nobles martyrs du patriotisme, un des défenseurs les plus sages et les plus éloquents de la liberté politique, un des publicistes qui ont étudié l'histoire avec le plus de soin. C'est ainsi qu'il cite à l'appui de sa théorie de la royauté élective les Hébreux, les Romains et les peuples latins, germains, slaves de l'Europe moderne (2).

Nous n'avons d'ailleurs trouvé dans cet écrit nulle vue nouvelle sur l'origine et la constitution des Etats. En revanche, on ne lira pas sansintérêtlesjugementsde Sidney sur l'Europe contemporaine (3) : « La France est au niveau de la Turquie pour la misère du peuple. Le peuple est tenu éloigné des atfaires, et le roi le pousse au désespoir en le réduisant à la dernière indigence. Le corps de cette monarchie n'a point de véritable force; il n'a qu'une beauté fausse et fardée; il est tout couvert d'ulcères et de plaies. — La Hollande et la Suisse, au contraire, établissent la supériorité

[{) Ch. I, sect. \. - (2) Ch. 11, scct. 5 et 6.

\3) Cb. I, sect. 1; ch. II, sect. 5 et 6, 24, 22, 23.

du gouvernement populaire ou mixte. — Quant à l'Angleterre, elle est une terre libre. Le roi Alfred, dont les lois ont servi de fondement à la Grande Charte, disait que la nation anglaise était aussi libre que le sont les pensées internes de l'homme. »

Sidney hésitait encore entre la république et la monarchie. Locke a, dans son Traité du gouvernement (1690) donné la théorie de la royauté telle que la fondait Guillaume IIL

Comme philosopiie. Locke est fils du déiste Herbert et petit-fils de l'orthodoxe Bacon, père du sensualiste Condillac et aïeul des matérialistes français. Ce qui fait sa radicale erreur, c'est bien plus son esprit que ses principes. S'il nie les idées innées et fait de l'âme une table rase, et s'il cherche dans la perception extérieure la source de nos connaissances, il admet cependant la perception intérieure et une faculté de réflexion qui combine les pensées. Ce système aurait pu être aussi bien le degré qu'aurait franchi l'esprit humain dans son ascension des bas-fonds du matérialisme de Hobbes vers les hautes cimes de la foi, que celui par lequel on est descendu de la foi vers l'athéisme.

En politique, Locke clôt les recherches de la nation anglaise qui a dit par lui son dernier mot. 11 tire un grand parti de ses devanciers, surtout de Hooker. 11 tient le juste milieu entre le servilisme d'un Filmer et l'insurrection permanente des puritains.

Son système est celui de Sidney et de Hooker. des publicistes hollandais, de Jurieu et de Languet, de Thomas d'Aquin : « Avant l'Etat, la famille, l'égalité, la liberté, et la loi de Dieu qui appelle déjà la punition du délit. Les familles entrent en société politique par un contrat tacite ou formel pour jouir de leurs propriétés en sûreté et repos, et font un libre choix entre les formes légitimes de gouvernement. Si le mandataire de la nation viole le contrat, elle reprend ses droits primitifs de souveraineté, et dépose le rebelle, dont la personne n'est point sacrée. » Locke est d'ailleurs, avec Bayle, partisan de la liberté religieuse que Guillaume III introduisait en Angleterre.

Nous notons dans l'écrit de Locke : un chapitre fort remarquable, le quatrième, sur le droit de propriété qui naît du trayait et non de la première occupation (1) ; l'aveu que les plus anciens Etats

(») Locke en 1S91 puLlia sur l'abaissement de l'intérêt et l'élévation de la valeur de l'argent des considérations d'économie politique où il se montre favorable aux principes du système mercantile fondé en 1664, par Tbom. Mun, England's Treasure by foreign Trade.

ont été des monarchies héréditaires issues de la famille sans contrat, par la force des choses (1); le principe, nouveau dans la théorie, vieux dans la pratique de TAngleterre, de la séparation des pouvoirs, qui seule prévient Tesclavage et la tyrannie; enfin, la définition très-nette de FEtat germain et chrétien qui a pour hut rindividu, la sûreté de sa personne et de ses biens. Mais Locke réduit le but de l'individu lui-même à son bonheur matériel, dépouille Fautorité de sa sanction divine et fait de l'insurrection un droit dont l'intérêt seul détermine l'usage. Aussi les torys accusent-ils ce manuel des whigs d'avoir propagé dans les deux mondes des principes subversifs de tout ordre.

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