‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 10 sur 167 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

armes terriblement profanes qui disposent les esprits plutôt à la critique qu’à la foi aveugle.

Une doctrine qui a su organiser et discipliner des

masses considérables, mérite autre chose que des

« réfutations » hâtives et superficielles. Onne la supprimera pas non plus par l'air dédaigneux que nos grands seigneurs de la sociologie contemporaine affectent, dans leur morgue scientifique ou plutôt anti-

scientifique, vis-à-vis des « exagérations marxistes »

où même par un Silence obstiné et peu intelligent. Un sociologue de nos jours qui n’a pas approfondi le marxisme mérite d'être placé dans un musée d’antiquités. Un philosophe de notre temps n’a pas le droit d'ignorer Kant ; il est encore moins permis à un sociologue de méconnaître Marx.

Au point de vue de l’évolution des idées socialistes, ka théorie de Marx-Engels acquiert une importance toute particulière. La doctrine marxiste fait époque et inaugure une nouvelle ère dans l'histoire du socialisme.

Pour qu’une doctrine atteigne ce degré d'importance,

il est nécessaire qu’elle remplisse deux conditions. Elle doit résumer ou contenir à l’état latent tous leg

principaux résultats acquis au cours des périodes

précédentes. La nouvelle doctrine doit mettre à profit

toutes les forces vivantes des théories qu’elle est appe-:

lée à remplacer. Elle doit conserver tous les trésors des périodes qui l'ont précédée.

Voici la seconde condition : une doctrine qui pré-

tend inaugurer une nouvelle ère, dans n’importe quelle | q

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PRÉFACE Xi

branche de notre activité théorique ou pratique, el qui, à son tour, est destinée à devenir un point de départ pour un développement ultérieur, est tenue à fournir une nouvelle orientation, un ensemble d'idées nouvelles et directrices correspondantes à une situation nouvelle.

Or, la doctrine de Marx a admirablement rempli

ces deux conditions. Marx était au courant des travaux de tous ses prédécesseurs. Il a rendu justice aux socialistes de la période utopique et largement

profité de leurs idées. Marx n’a jamais renié ses an-

cêtres théoriques. Et les nombreux pédants qui lui découvrent journellement une foule de précurseurs et cherchent par là à amoindrir son importance, enfoncent ridiculement des portes ouvertes et arrivent tout juste au résultat opposé à leurs désirs. Au lieu de l’'amoindrir, ils enrichissent la doctrine de Marx, en faisant valoir toutes les richesses du passé qu'elle contient : elle devient, grâce à eux, d'autant plus forte et intéressante.

Nul ne contestera qu'une nouvelle direction a élé donnée au socialisme par Marx et ses disciples. D'une secte philanthropique et impuissante, extrèémement divisée, bâtissant des projets en l'air, le marxisme à fait un grand et puissant parti historique. Il l’a doté d'une doctrine scientifique, ce que les adversaires eux-mêmes sont obligés de reconnaitre. Il lui a donné un programme clair et défini, ayant des racines

profondes dans le présent, tout en l’attachant à l’ave-

nir. Il lui a fourni tout un arsenal d'armes pour combattre le régime de l'exploitation capitaliste. Il lui a dressé un admirable plan de campagne, a aidé à for-

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