‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 122 sur 167 · EST L · texte numérisé non relu

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Le sens spécial que Pierre Lavroff donne au terme histoire lui facilita la solution du problème fondamental de son œuvre qui est, comme je l'ai indiqué au début, le problème de l'individu.

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Comme l'individu est le seul facteur conscient, le seul facteur agissant en vue d’un but voulu et réflé- Chi, il se trouve par cela même placé au centre du processus historique qui est exclusivement un pro-. Cessus conscient; tous les éléments inconscientis et Subconscients serapportent à la « culture coutumière ». L'histoire est définie comme « la culture travaillée par ia pensée critique ». Il est alors évident que l'individu, seul agent conscient de l’histoire, doit jouer le rôle le plus décisif, on peut dire le seul décisif, dans le développement historique de l'humanité. LavrOff ne nie pas la dépendance de l'individu du milieu. L'individu n'est pas seulement facteur créateur, il est aussi produit du milieu cosmique, social et historique. Mais en histoire, l'individu ne peut nous intéresser par les motifs que je viens d'indiquer, qu en tant que facteur historique. Il est le créateur «es formes sociales nouvelles qu’il cherche à réaliser en Opposition avec les formes sociales qui ont perdu leur raison d'être devant l'esprit critique, les besoins nouveaux et les forces sociales nouvelles. Mais l'individu isolé est impuissant. Pour que son action soit efficace, il doit devenir une force historique, une « force sociale ». Et il ne peut le devenir qu’en s’associant avec les masses qui travaillent et qui souffrent,

Les anciennes civilisations ont péri parce que leurs minorités intellectuelles étaient isolées, parce que la Masse populaire n’était nullement intéressée au maintien de l’ordre de choses dont elle ignorait le sens et la portée. Une civilisation supérieure, pour être Solide et hors de danger, doit s'assurer le concours de la masse populaire, l’intéresser à son existence, ce qui

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n’est possible que lorsque cette civilisation est accessible au peuple et comprise de lui. Le « sur-homme » de Nietzsche, qui creuse un abîme entre le génie et le peuple, travaille bêtement à sa propre perte. Ens'isolant, il s’expose aux pires dangers. Une. civilisation supérieure a besoin pour vivre d’être franchement et sincèrement démocratique. Autrement elle est à la merci du premier peuple conquérant, du premier

condottiere militaire.

Le cadre de ce travail ne me permet pas de reproduire le magnifique tableau historique que Pierre Lavroff a tracé, en appliquant ses principes aux grandes périodes en les envisageant au triple point de vue des survivances du passé, des problèmes du présent et des germes de l’avenir. Je signale seulement que, tout en rejetant la religion et la métaphysique comme des survivances, il constate impartialement leur rôle historique, leurs immenses services rendus dans le passé au développement social et intellectuel de l'humanité. Il s'efforce surtout de faire ressortir l'importance de l'esprit universaliste du christianisme qui fut un agent puissant de solidarité humaine. À notre époque, c'est le socialisme, qui se substitue, dans ce rôle historique, au christianisme, devenu un élément de régression sociale.

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« En régime collectiviste, écrit M. Faguet, la nation est une armée. ll n'ya pas Slace en ce régime pour ia moindre liberté politique véritable » (4). Ilne inanque dans l'affirmation de M. Faguet que le mot caserne

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soit la reproduction stéréotype de l'objection obligatoire faite au socialisme par les savants comme par les ignorants, par les hommes d'Etat ainsi que paries poètes, économistes ou publicistes; hommes de pensée ou hommes d'action (2). Herbert Spencer et Bismarck, Victor Hugo ‘et Sumner Maine, Leroy-Beaulieu et Yves Guyot et tant d'autres de moindre importance

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(1) Problèmes politiques, préface, cité par M. Bouglé /Revue philosophique, août 1901). Dans un article « Le Socialisme en 1899 », M. Faguet écrit : « La Révolution française à été profondément socialiste sans le savoir, parce que son fond, son principe, son idée maîtresse, son âme même était l'idée d'égalité » (Questions politiques, p. 90). M. Faguet ne connaît évidemment que le socialisme d'il ÿY a cent ans, celui de la «Conspiration des égaux ».

(2) « Qu'est-ce que le pouvoir absolu de Louis XIV, auprés du despotisme collectiviste imaginé par Karl Marx ? » (Georges Weii, Saint-Simon et son œuvre, p. 237. 1894).

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ont formulé cette grave accusation contre l'ordre : socialiste. Toute une armée de publicistes, heureux de trouver une arme commode et toute prête contre un adversaire dangereux, dont les progrès constants inquiètent et effrayent tant d'intérêts, répètent presque quotidiennement, avec un zèle digne d’une meilleure cause, les mêmes accusations sans prendre la peine de

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les vérifier.

Cette vérification pourtant s'impose de plus en plus. Sans mème parler du caractère de notre soi-disante liberté qui, dans l'ordre ges choses actuel, avec l'état de dépendance réelle des masses productrices el des | misères sociales de toute sorte, ressemble plutôt à |

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une ironie sanglante, on se demande pourquoi n0S adversaires de bonne foi — et il y en a sans doute — ne se sont pas posé la simple question que VOICI :

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Etant données les aspirations centralisatrices du socialisme, quelle est sa conception de l'Etat, cet ins- |

trument de centralisation et de domination par excel- + lence, ce mécanisme régulateur de la société ? Si la Ê: conception sociale des collectivistes a un caractère coercitif, tyrannique, leur conception politique doit nécessairement en porter toutes les traces, être imprégnée du même esprit. Une « armée » suppose un

4 ur état-major bien hiérarchisé, un commandant en chef nl redouté, obéi. Toute discipline de « caserne » suppose 1 | j | ï, une organisation régulière ayant des pouvoirs correspondantis, distribuant les mots d'ordre nécessaires. ne Rien ne serait plus capable de trahir le caractère des-

potique du socialisme que sa politique.

Au lieu de formuler des accusations en l'air, nos adversaires devraient se donner la peine de suivre

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pas à pas les conceptions politiques des écoles et des partis socialistes, pour en dégager leur caractère coercitif. Ils ne l'ont pas fait. Nous allons voir qu'ils avaient de bonnes raisons pour cela. Ils nous ont laissé généreusement celle tâche que nous nous efforcerons de remplir. Et cela non seulement pour démontrer l’ab-

surdité des accusations dirigées contre le socialisme, mais aussi et surtout pour contribuer, dans la mesure de nos forces, à établir cette vérité que le «socialisme scientifique a pour base l’évolution intégrale de l'individu et de la société », l'évolution économique, morale et intellectuelle, aussi bien que politique.

: Si l'on fait abstraction de Platon et de Campanella

dont l'influence directe sur le socialisme du dix-neuvième siècle, peut-on dire, est nulle, la conception politique du socialisme a passé par deux phases consécutives d'un caractère différent, sinon opposé. La première phase est caractérisée par l'indifférence ou la neutralité du socialisme en matière politique. C'est la période du socialisme utopique. Dans la seconde phase, le socialisme proclame son adhésion formelle au régime démocratique. Tout régime politique est considéré, pendant ja première période, comme capa ble d'accomplir la réforme sociale; la seule qui mérite un intérêt.

Un despote éclairé peut aussi bien porter un coup mortel au vieux système social qu'un régime fondé sur la volonté du peuple. Les utopistes, pour la plupart, s'adressent de préférence aux pouvoirs établis

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