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l'avoir jamais connue, et n'avoir jamais eu autre chose que la religion du profit. On arrive ainsi au mépris de toute aspiration idéale. On sourit chaque fois qu'on prononce le grand mot Idée. On devient profondément insensible et hostile à tout ce qui est grand. Toute notre nature morale est absorbée par l'unique passion du profit personnel et la recherche du plaisir. » (Programme Ouvrier, p. 199).
Telle- n'est pas la situation morale de la classe ouvrière, qui est, pour ainsi dire, condamnée, par son rôle historique, à être moralement supérieure aux.
classes dirigeantes, qui défendent, coûte que coûte,
l'état actuel des choses. Le peuple travailleur, heureusement pour lui, n’est pas dans cette position antisociale, qui est le fléau des hautes classes bourgeoises. Ses intérêts sont ceux de l'humanité. Son intérêt personnel le rend favorable et sensible au progrès humain. | «{yaencoremalheureusement,s'écrie Lassalle, dans les classes inférieures plus d'égoïsme qu'il n’en faut. Mais là où il est, il n’est que le défaut de l'individu isolé et non le défaut nécessaire de la classe. « Déjà le simple instinct dit aux membres des classes inférieures que si chacun ne s'en rapporte qu à lui, ne pense qu’à lui seul, il ne peut compter sur aucune amélioration appréciable de sa situation. Mais lorsque les classes inférieures de la société aspirent à améliorer leur condition de classe, en tant que classe, — leur intérêt personnel, au lieu de s'opposer au mouvement historique et de le condamner ainsi à l’immoralité, s'identifie au contraire, par sa tendance, avec le développement de la nation toui
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entière, avec le triomphe de l'dée, avec le progrès de la civilisation, avec le principe vital de l'histoire, qui n est que le: développement de {a liberté. Autrement dit, la cause ouvrière est celle de l’humanité tout entière » (1). Et Lassalle s'adresse aux ouvriers dans les termes significatifs que voici : « Vous pouvez vous livrer au mouvement historique avec une passion toute personnelle et avoir l'assurance que plus cette passion vous dévore, pius elle est ardente, plus vous êtes moraux » (2). |
souvent le progrès intellectuel, moral et matériel de la société, même en agissant en tant que classes. Elles sont, en outre, obligées de le faire dans l'intérêt de leur propre conservation, notamment lorsque de nouvelles couches ayant une conception sociale Supérieure menacent leurs privilèges de classe. Alors, elles proposent des réformes pour prévenir des révolutions. Les uns le font par crainte, les autres par un désir sincère d'arhélioration sociale. Mais, d'autre part, Il est parfaitement exact — et telle était la pensée intime de Lassalle — que, lorsqu'il s’agit d’un nouveau principe social qui tend à emporter les bases mêmes sur lesquelles repose la vieille société, les
classes dirigeantes s'y opposent de toutes leurs forces.
(1) Programme Ouvrier, p. 193, (2) Programme Ouvrier, p. 194.
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Et, même, les concessions qu elles font sont plutôt dictées par l’égoïsme ou par des sentiments qui n’ont rien d'honorable. Rien n'est plus féroce, plus anti-
humain qu'une classe privilégiée défendant ses pri-
vilèges. Alors elle est prête à sacrifier ses meilleurs titres historiques qui ont servi à fonder et à tolérer sa domination, capable de se jeter dans les bras de la plus funeste réaction. On l’a vu dans toutes les guerres civiles, au cours de toutes les révolutions. N'a-t-on pas vu les aristocrates appelant l'invasion des armées étrangères ? Ne voit-on pas encore aujoutd'hui la peur des progrès du socialisme pousser une partie des classes dominantes dans les rangs des nationalistes, ces ennemis les plus grossiers de tout progrès intellectuel, social et humain?
il est vrai, aussi, que la condition sociale de la classe ouvrière est tout autre. Elle se base sur un principe — Je travail — qui, par son essence même. a un Caractère universel, humain. Et Lassalle $e trouve d'accord avec la réalité, en faisant de la classe ouvrière le champion naturel de tout progrès humain, L'histoire de la seconde moitié de notre siècle rend toute démonstration de détail superflue. Le socialisme universel, dans son immense majorité, à adopté la tactique de Ferdinand Lassalle. Il s’est prononcé pour le régime démocratique. Il a reconnu la conquête du suffrage universel comme condition préalable et nécessaire de l'émancipation intégrale de {a classe ouvrière et, avec elle, de l'humanité tout entière.
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