‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 27 sur 167 · RER EE · texte numérisé non relu

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tableau est donc historique, puisque, assujetti à de perpétuelles variations, il se forme par l'observation successive: des sociétés humaines aux différentes époques qu'elles ont parcourues. Il doit présenter l’ordre des changements, exposer l'influence qu exerce chaque instant sur celui qui le remplace, et montrer ainsi, dans les modifications qu'a reçues l'espèce

humaine, en se renouvelant sans cesse au milieu de

l'immensité des siècles, la marche qu’elle a suivie, les pas qu’elle a faits, vers la vérité ou le bonheur. Ces observations, sur ce que l’homme a été, sur ce qu’il est aujourd’hui, conduiront ensuite aux moyens d'assurer et d'accélérer les nouveaux progrès que la nature lui permet d'espérer encore. » Pre | Le progrès est-il une loi de l’histoire ? Gondorcet le croyait et avec lui bien d’autres. Il n'entre pas dans notre plan de traiter ici ce grave problème. Nous avons entrepris tout simplement une analyse des différentes conceptions de la loi historique.Quant à la loi du progrès, nous ne serons en état de

résoudre la question tant que nous ne distinguerons

pas entre le progrès des moyens nécessaires à l'accroissement du bien-être humain et entre le progrès de ce même bien-être. Le progrès des conditions nécessaires au bien-être général est indiscutable, manifeste. «Et si le bonheur se laisse attendre, cela dépend de nous. Il n’y a pas de loi de l'histoire obJeclive, automatique, qui nous assure ur progrès infini. C’est à nous de le conquérir par une lutle de tous les jours et de tous les instants.

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Si la théorie du progrès peut présenter encore ma-

tière à contestations, la loi de l’évolution est actuelle-

ment hors de discussion. Toute la science moderne, dans ses branches multiples, est pénétrée de cette loi universelle. La philosophie de l’histoire, en l’appliquant aux phénomènes historiques, se donne une base solide, inébranlable, rigoureusement scientifique. C'est cette loi qui forme également le principe de l'unité de ja nature et de la vie. le trait d’union entre la nature et l'histoire. Elle a de quoi satisfaire le moniste le plus exigeant.

La théorie de l’évolution dominant la nature et l'histoire réalise cette merveilleuse unité idéale du monde inorganique, organique et supra organique, unité à laquelle tend tout esprit supérieur. En l’appliquant à l'étude de l'homme social, la philosophie de l'histoire s'élève au rang d'une science.

La loi de l’évolution, en même temps qu’elle unifie la vie et la nature, embrasse toutes les manifestations multiples de la loi historique dont nous avons cherché à faire l'analyse. Elle admet la loi catastrophique comme une loi des apparences historiques. L'évolution d'un phénomène arrivée à son terme nous apparaît, grâce aux événements accidentels, comme une rupture brusque et violente avec le passé. On ne peut pas contester la réalité des éruptions voicanique et des tremblements de terre.

La loi de l’évolution ne s'oppose pas à la loi de cycles appliquée aux certains phénomènes individuels qui forment autant d'affluents dans le grand courant

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de l'évolution humaine. Les individus naissent et disparaissent dans l'éternel devenir de la vie historique. Les formes sociales particulières surgissent, se développent et s'évanouissent pour donner place à des formes nouvelles. La loi de cycles se réalise donc, dans lesicadres de la loi de l'évolution sous une forme générale et abstraite caractérisée par les termes nécessairement vagues: naissance, croissance ou développement et dissolution.

La loi de l'évolution n'exclut-pas non plus les répétitions régulières de certains phénomènes. Il y a toujours un élément constant dans le processus de | l’évolution. En tant que l'organisation anatomique, | physiologique et psychologique de l'homme reste, dans certaines limites, constante, les phénomènes qui en résultent demeurent invariables. Les formes sociales, politiques, juridiques et autres de la société peuvent se développer à l'infini. Mais il y a toujours quelques È traits communs à toutes ces formes qui évoluent à travers les siècles. C’est le fait social, le fait politique, Eee le fait moral comme tels. |

La loi de l’évolution ne se trouve aucunementen (& contradiction avec la théorie des facteurs. Au contraire. Nous avons besoin de déterminer toutes les conditions de notre évolution historique, positives aussi bien que négatives. Nous avons besoin de connaître tout | ce qui favorise le mouvement historique, ainsi que 1 tout-ce qui l’entrave Nous sommes intéressés à ana- : lyser, à classer et à connaître la valeur absolue et

\ relative de tout facteur de l’évolution.

La loi de l’évolution n'exclut pas non plus le fait

d'une tendance de certains phénomènes dans un sens

déterminé. On peut appeler tendance une ébauche d'une évolution ou une évolution avortée, entravée dans sa marche par d’autres tendances opposées.

Toutes les manifestations de la vie historique se trouvent donc comprises et réunies dans cette synthèse universelle qui est la loi de l’évolution. En effet, elle correspond exactement au caractère du phénomène historique pris dans tous ses éléments constitutifs. Dans les études qui suivent, nous démontrons que la vie historique est influencée par trois catégorles de facteurs : la nature, l’homme, la tradition. Chacun de ces facteurs présente un élément constant qui se répète, el un élément variable qui évolue.

L'évolution à également ce double caractère. Nous

observons les mêmes formes individuelles et collec-

tives se développer et se modifier selon une loi déterminée. L'uniformité des besoins de l’homme provoque celle de ses institutions sociales. Mais les forces s'accumulent. La loi de l’évolution produit ses effets. Les institutions changent, tout en subissant, dans leur changemént même, les lois immuables de la nature et de la vie. Si nous voulons connaître la loi historique dans toute sa complexité, nous devons tenir compte des éléments constants aussi bien que des éléments variables de la vie, de ce qui dure et demeure toujours aussi bien que de ce qui subit la loi — éternelle aussi ! — du changement. L'histoire est la synthèse de l'Être et du Devenir, de la matière changeante et de la forme immuable.

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