‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 36 sur 167 · EF · texte numérisé non relu

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Schelling et Schopenhauer, dans leurs théories de l'impossibilité de la philosophie de l'histoire, résument

à eux seuls les arguments principaux Invoqués par un

grand nombre d'adversaires de cette branchethéorique dont l'intérêt ne peut échapper à personne. Nous avons combattu ces théories sans avoir recours à un principe important dont ces deux métaphysiciens allemands ne tiennent pas compte en rejetant la philosophie de l’histoire. C’est le principe de l’évolution.

Quel que soit le caractère spécifique du phénomène histurique, il n’exclut nullement — cela est évident

— la possibilité d’une tendance prédominante et centrale dans l'histoire. On appelle cette tendance progrès

ou évolution. Tous les phénomènes historiques peuvent être considérés comme autant de facteurs secondant ou arrêtant ce mouvement historique central.

La philosophie de l'histoire cherchera à déterminer le caractère de l’évolution historique, à établir les lois ou les conditions de celle-ci. Elle devient ainsi légitime et nécessaire.

On nous cbjectera que la réalité du progrès est contestable et contestée. Et la philosophie de l'histoire basée sur l'hypothèse du progrès devient elle-même problématique. À quoi je réponds : ce qui est en question, ce n'est nullement la réalité du progrès même, mais celle d'une forme déterminée du progrès. On conteste la réalité du progrès moral. On discute si le bonheur de l'humanité s'est accru sensiblement ou non avec le progrès des sciences et des arts. Maïs per-

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sonne ne conteste les progrès énormes que l'humanité a accomplis dans les domaines scientifique, artistique et industriel. En d’autres termes, personne ne nie le progrès de la civilisation. Ceux-mêmes qui contestent le progrès moral et social opposent le progrès de la civilisation qu'ils reconnaissent comme très réel, à l’état supposé par eux stationnaire de la moralité et du bonheur de l'humanité. En admettant même que la philosophie de l'histoire n'ait pour objet que les lois ou les conditions de la civilisation, elle a sa raison d’être et un droit incontestable à l'existence comme science particulière ayant une sphère d'investigation clairement définie et limitée,

Pour que le domaine de la philosophie de l'histoire ait une délimitation réelle, il faut bien le distinguer de celui de la sociologie. On confond, en effet, presque toujours la philosophie de l’histoire avec cette dernière. Pourtant la différence est manifeste.

La sociologie, comme son nom l'indique, traite de l'organisation sociale, des conditions de sa stabilité et de son développement. C’est la science de la forme sociale ou, comme l'ont définie Pierre Lavroif et après lui Maxime Kovalesky et autres, la science de la solidarité. La société est une condition nécessaire du développement de l’homme. Mais l'organisation sociale n’est pus la seule condition de ce développement. L'évolution sociale n’est pas identique avec l'évolution historique prise dans son intégralité. À côté de

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la société il y a l'homme. Et l'organisation sociale

elle-même ne peut se développer que dans les limites

É2 et dans le sens des propriétés et des forces naturelles

| de l'homme vivant en collectivité. |

La société prête à l'homme l'occasion de développer

ses forces, l’occasion de se manifester, de transformer en force vive ce qui était en lui à l'état latent. Mais

‘ Ja société ne peut rien créer d’absolument nouveau. Transposant la formule classique des sensualistes :

Mihil est in intellectu quod non fuerit in sensu, on peut dire : Vihal est in sociwtate quod non fuerit in individuo. La société rend transformée et augmentée l’énergie ou plutôt les énergies que les individus lui con- JE fient. Mais cette transformation même est soumise |

| aux lois qui régissent l'individu. Si la société mul- |

| tiplie les efforts individuels, c’est parce qu'une masse

| d'individus représente une force plus grande qu'un

| seul individu. Si la collectivité développe dans l’indi-

ë vidu un sens socialet tout ce qui s’ensuit, c’est parce

que l'individu, pris en lui-même, possède certaines

propriétés physiologiques, un cerveau et une sen-

sibilité correspondante, qui font de lui un être.

: | sociable. tan

F1 La société ne peut pas transformer un homme en

ë | | femme, un idiot-né en génie, un dégénéré en héros.

É Sa force est limitée, sous bien des rapports, à celle

de l'individu lui-même. Tous les sociologues qui con-

fondent Ja philosophie de l'histoire avec la sociologie,

comme l'ont fait Gumplowicz et aussi Paul Barth

| dans son œuvre récente {La Philosophie de l’histoire

| comme Sociologie), se trouvent victimes de cet objec-

tivisme historique, aujourd'hui à la mode et qui

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