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fl COMME SCIENCE DE L’ÉVOLUTION 59 ’
par l'humanité n’était encore ni assez long, ni assez connu pour fournir. matière à une science d'un caractère synthétique. On était pour ainsi dire au début de l'histoire. Si l’on compare cette pauvreté relative des événements historiques avec le nombre considérable des grands changements d’un ordre capital qui se sont produits depuis, on devrait plutôt s'étonner, non du manque d'idées historiques chez les penseurs antiques, mais du peu de profit que les modernes ont pu tirer de ces nombreux changements. Depuis que Platon et. Aristote ont écrit sur la meilleure forme de È gouvernement, que d'empires tombés, de régimes ; De disparus ! Que de révolutions économiques, politi- :: jee ques, religieuseset autres ! Que d'événements de toute | sorte et de tout ordre! N'est-ce pas humiliant pour | nous, que nous soyons encore ignorants des lois les 1] plus élémentaires de l’histoire après que celle-ci nous a Cependant donné tant de lecons! Nous qui con- | naissons la fin et le commencement de tant de Te choses, nous sommes encore loin de posséder le premier mot de ce grand phénomène qu’on appelle le devenir historique: Riches en connaissances historiques, nous sommes encore singulièrement pauvres en idées générales qui pourraient organiser et animer les avalanches de faits que nous avons eus à enregistrer.
Nous possédons pourtant aujourd’hui deux principes indispensables à toute philosophie de l'histoire, inconaus à l'antiquité, Ces deux principes, c’est l’idée de l'humanité et celle du progrès. « Le mot humanité, dit Max Muller, n’a jamais été prononcé par Socrate, ni par Platon, ni par Aristote. » À part quelques pen-