‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 46 sur 167 · D EL LIT NE · texte numérisé non relu

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Le Moyen-Age est la période pendant laquelle triomphe la conception théologique de l'histoire. Saint Augustin, son père spirituel, en donne la formule dans la Cité de Dieu : « Tout vient de Dieu : les

germes de toutes les formes comme les formes de tous les germes, le mouvement des germes aussi bien que des formes,... tout mode d'existence, tout ordre, toute espèce, tout ce qui est nombre, mesure ou poids, tout ce qui existe dans la nature de tout genre et de toute valeur » H). |

On peut dire que déjà le dogme fondamental de la religion chrétienne contient toute une philosophie de l'histoire. La régénération de l'human:té par Dieu

devenu homme, c'est l'évolution historique tracée .

d'avance selon un plan divin. Toute construction philosophique de l'histoire appartenant à la période théologique s'inspirait de ce plan révélé par la parole de Dieu. Il n’y a pas de place pour une science de l’histoire dans cette conception qui adaptait la réalité historique à une croyance, à un dogme préconçu. Sa méthode est essentiellement et nécessairement anti- Scientifique. « Quant à cette prétendue philosophie de l’histoire dont la théologie chrétienne aurait fourni la donnée première, que saint Augustin, que Salvien aurait esquissée, que Bossuet, en dernier lieu, aurait développée dans le Discours sur l'histoire universelle, on peut y trouver un certain plan, une certaine unité

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(1) De Civitate Dei, 1. IF, chap. XI.

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de vue mais rien qui ait rapport à une théorie quelconque du progrès. C'est Dieu seul qui mène le genre humain, et qui le mène où il veut et comme il veut, à travers une série de chutes et par une succession de coups d'Etat » (1).

Jouffroy relève son caractère aprioristique. « Ce qui éclate chez eux..., c'est le mépris de l'histoire. Les faits phent comme l'herbe sous leurs pieds, pren-

nent sous leurs mains toutes les formes possibles et

justifient avec une égale complaisance les théories les plus opposées » (2). |

Il serait pourtant injuste de méconnaitre les services rendus à la philosophie historique par ia conceplion théologique. Elle a entretenu d'une façon continue l'intérêt pour la destinée historique de l'humanité, Puis, en faisant de l'histoire un objet particulier de réflexion, elle met fin à l'identification du phénomène historique et du phénomène naturel qui prédomine dans la conception des änciens. Elle constitue donc, sur ce point, un progrès appréciable. Enfin, en préconisant l'idée que l'histoire est conçue selon un certain plan, qu’elle tend à un but universel,

elle favorise cette « unité de vue » dont parle Vache-

rot. Cette unité n’est pas à dédaigner quand il s'agit de l'évolution des idées philosophiques. La conception providentialiste était la première organisatrice de l'histoire. Elle a posé le problème d'une conception philosophique de l'histoire, sans pouvoir toutefois le résoudre.

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(1) Vacherot. Essais, 1864, p. 412.

(2) Réflexions sur la philosophie de l'histoire, p. 63.

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Il n'est pas vrai, comme l’assure Vacherot, que la conception théologique ne contient « rien qui ait rapport à une théorie quelconque de progrès ». Cette théorie du progrès existe chez les providentialistes . Seulement son contenu est limité au principe religieux. La conception théologique de l’histoire a proclamé et prouvé la réalité du progrès dans le domaine religieux. Elle a su relever le côté négatif du paganisme et la supériorité du monothéisme. La science moderne ayant d’autres préoccupations que celles des pères d'Eglise constate également ce progrès, dans l'intérêt de la vérité scientifique. Nous ne sommes donc nullement embarrassés pour reconnaître que la conception théologique a favorisé le développement de la philosophie de l’histoire en la dotant des notions d'humanité et de progrès. Et s’il est difficile de proclamer avec Gratry l'Évangile « le code du progrès » par excellence, il serait contraire à la vérité historique de se refuser à voir à travers ses dogmes surannés et ses fables puériles le commencement d’une conception de l'humanité et du progrès moral supérieure à celle de l'antiquité. Aujourd’hui, il n’y à que des partisans de l’idée du « Sur-Homme » de Frédéric Nietzsche | pour méconnaître ce fait indéniable. Al

Pourtant, après avoir posé le problème, la concep- F1 tion théologique se trouvait incapable de progresser. Le fait que Bossuet, treize siècles après saint Augusin, nest arrivé qu à une construction arbitraire de l’histoire selon le ee religieux, le prouve surabondamment.

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