‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 5 sur 167 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

la classe révolutionnaire par excellence, qui devient le « fossoyeur » de la société capitaliste.

Toute la critique de l’école bernsteinienne a eu pour.

objet de détruire cette conception. Elle a cherché a

diminuer la portée révolutionnaire de l'évolution éco-

nomique. Elle a dépouillé la réalité historique de son souffle, de son âme révolutionnaire. Mais en même temps elle se constituait Pere de la réalité «objective ».

Marx et ses disciples suivent en révélant son secret, c'est-à-dire sa direction — une réalité révolutionnaire, une réalité vivante. Et ils ont fini par se mettre à la têtede la révolution sociale internationale, qui se prépare dans le monde d'aujourd'hui plus ou moins lentement, mais sûrement. L'école bernsteinienne, au contraire, emboite le pas derrière une réa-

lité sans. force, sans élan révolutionnaire. Elle se

traine derrière une réalité morte. Et elle ne trouve de courage ni pour lui résister, ni pour la transformer. Marx, tout en se soumettant à l'évolution objective. s'identifiait avec la révolution. Delà sa force historique. Les bernsteiniens ont une peur terrible de la révolution. Et ils se jettent dans les bras des partis de la « Conservation sociale ». Se

Il résulte de là uné situation éminemment paradoxale. Ceux mêmes qui ônt lancé de nouveau l'appel du « retour » à l'idéalisme de Kant, apparurentcomme

des «. réalistes » consommés, « dés hommes prati-

ques » et avisés avant tout, opposant le « mouvement » de la société contemporaine à son « but final », c'est-à-dire à son idéal qui en est à la fois la gloire et la justification. Dans l'action, c'est-à-dire en

faits opportunistes, victimes de l'idolâtrie du fait brutal, se rabaissant au niveau de la réalité du moment au lieu de chercher à la relever à la hauteur de l'idéal. Et pendant que les 1déalistes trahissaient ou compromettaient l'idéal, les matérialistes — quine cessèrent de se moquer de l'idéologie traditionnelle, de ses grands mots, et de sesgrands hommes — ont mis, au contraire, leur honneur à défendre avec énergie le « but final », c'est-à-dire l'idéal lui-même.

Les rôles se trouvèrent intervertis. Les matérialistes de l’école marxiste se conduisent dans leur action sociale comme -de véritables idéalistes. Ils ont pris à l’idéalisme classique — non la phraséologie, maïs ce qui est plus important, ce qui seul est important — l'élan, l'énergie, la sincérité, l'intégrité et la probité intellectuelle, laquelle demande que l’on déduise d'un principe tout ce qu'il comporte jusqu'à ses dernières conséquences. Ils ont gardé la fidélité au but proposé, la fidélité quand même, sans se soucier des difficultés du chemin à parcourir. « En avant ! Advienne que pourra.» — disent les « matérialistes » ayant les yeux constamment fixés sur leur idéal social supérieur. Ce n’est plus l’idéalisme verbal, enivrantet stérile. C'est l’idéalisme en action. C'est la vie quotidienne élargie, agrandie, éclairée par une conception supérieure.

Ce fait, qui domine ie mouvement socialiste contemporain, a exercé une influence notable sur mes

théories. Examinant [a révision pratique du socia-

lisme que tentait l'école bernsteinienne, j'ai été conduit à une contre-révision de mes conceptions rela-

Page 1