‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 86 sur 167 · PRET. 4 ST · texte numérisé non relu

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-conduite publique, parfois même sa conduite privée.

La conscience individuelle, dans la conception « objectiviste », ne joue aucun rôle historique décisif. Les tendances individuelles, en s'opposant, se neutralisent et s'annulent mutuellement. Il ne reste que des. efets collectifs.

La sociologie objective süpprime l'individu en tant que facteur indépendant et déterminant. Ce n'est pas l'individu qui pense et qui crée. C'est le milieu social qui pense et qui crée par lui. La sociologie objective se distingue surtout par son caractère abstrait et vague et partant peu scientifique. |

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On peut objecter, pour justifier l'effacement de l'individu dans la conception « objectiviste », que élément individuel est toujours süpposé comme donné, qu'il est sous-entendu, comme un facteur connu simple et en quelque sorte constant. Cette objection n'a rien de scientifique. L'individu n’est rien moins qu un élément connu, simple et constant. Bien que les principaux besoins de l’homme paraissent les mêmes de tout temps, les formes de leur satisfaction et les effets qui en résultent varient d'un pays à un autre, d'une époque à une autre. Les besoins eux-mêmes se. multiplient à l'infini et gagnent en intensité. On sait que la différence entre deux civilisations se mesure à la somme des besoins. On peut même dire que le développement des besoins

humains est un trait caractéristique — entre autres — du progrès.

On peut aussi considérer comme une des causes profondes des crises et des révolutions le déséquilibre qui se produit périodiquement entre les besoins individuels se développant sans cesse et l'insuffisance des moyens de leur satisfaction due soit aux causes naturelles, soit à l'inégalité sociale. L'homme, considéré par le vulgaire comme un élément constant est, en réalité, un système de forces, d'idées, de besoins en transformation continuelle. Et la théorie « objectiviste » qui se dit scientifique et qui fait de l'idée de l'évolution le pivot de son système est mai venue à ignorer ce fait élémentaire.

La troisième solution du problème de l'individu présente une synthèse du point de vue subjectif et du point de vue objectif. En considérant l'individu tantôt comme effet de l’évolution historique, comme facteur de l’histoire et comme son produit, elle concilie manifestement les deux extrêmes, la tendance subjectiviste et la tendance objectiviste dont chacune, prise à part, est d’une insuffisance évidente. Elle a pourtant

un défaut capital. Elle est trop générale et par consé-

quent trop abstraite. Il est vrai que ce caractère abstrait ne l'empêche pas d’avoir une grande importance méthodologique. En rejetant des solutions unilatérales, elle prépare la voie pour ‘une conception plus rationnelle du rôle historique de l'individu. Elle nous

montre quels doivent être la direction, le sens générai : 8

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de nos recherches sur un des problèmes les plus complexes.

Mais pour que cette solution de notre problème qui parait la pius rapprochée de Ia vérité scientifique soit complète, il est, me semble-t-il, nécessaire d'y ajouter les considérations suivantes.

4° L'individu apparaît dans le processus historique comme un facteur conscient et actif, tandis que le milieu naturel, social et économique se distingue néces-sairement par son caractère de passivité.

Il est évident que, pour produire le Se historique, toute circonstance d'ordre objectif doit trouver une expression correspondante dans l’individualité humaine, doit s'incarner dans une action purement humaine. Ce n’est qu'alors que le milieu objectif devient un élément de l'histoire. Même les objectivistes les plus aveugles sont obiigés de reconnaître

- que le milieu agit par l'individu. Ils ne peuvent pas.

sans tomber dans l'absurde, nier la nature passive des choses qui ont besoin d’un être vivant et agissant pour se transformer en facteurs du mouvement, en causes suffisantes du devenir historique. Il n’y a qu'un seul facteur actif et conscient. C’est l'individu agissant sur son milieu. Les conséquences de cette constatation simple d'apparence sont grandes et, logique ment développées, doivent mettre à nu l'insuffisance de la conception objectiviste.

En effet, une fois la passivité du milieu reconnue,

il ne peut être considéré, dans l'histoire, que comme

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un instrument, un outil de progrès qui a besoin d'être manié par l'individu afin qée le progrès passe du domaine de la possibilité dans celui de la réalité ou, comme je l'ai indiqué dans mon étude précédente, un moyen de saisir sur le vifet dans l’action les influences | humaines. Le milieu, naturel ou social, non fécondé rl par l’action de l'individu agissant, est comparable aux | richesses minières qui gisent pendant des milliers de É siècles dans les profondeurs sombres de la terre. Pour | les utiliser, la pioche du mineur est indispensable. ES L'action individuelle doit mettre en mouvement le | milieu. Et ce n’est qu'alors que l'histoire commence.

Il y a plus. Le milieu, pris en lui-même, nest pas toujours un facteur du progrès. Il est aussi souvent, | sinon plus souvent, un facteur de régression, un obs- Les tacle redoutable au mouvement historique. Qui dit cl progrès, dit lutte. Lutte contre les obstacles naturels 4 dont l’expérience et la science, qui n'est que l'expé- | rience systématisée, ont raison assez difficilement. -L'humanité, pour ne citer qu'un exemple, a eu besoin de milliers d'années pour découvrir la force motrice de la vapeur. Lutte contre les intérêts humains de toute sorte qui s'opposent souvent au progrès avec une énergie sauvage et indomptable. Lutte contre nos propres passions, nos faiblesses qui font souvent de nous des misonéistes systématiques. Luite contre l’imbécillité, contre la méchanceté, contre l'ignorancel Une théorie du progrès doit également tenir compte des facteurs favorables aussi bien que défavorables au mouvement historique. Dans le second cas comme dans le premier l'individu est la seule force | active et consciente qui tantôt profite des éléments Es

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