‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 12 sur 48 · L. XV, ch. i · texte numérisé non relu

L. XV, ch. i

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organisés de telle sorle que des contrées comme celles de l'Afrique et de TAsie septentrionale et orientale pussent ôtre peuplées. Mais s'il en est ainsi, comment l'homme dans ces pays pourrait-il avoir sa fin en lui-même et sa destinée entre ses mains? Ou encore, comment dans ces pays la nature humaine aurait-elle pour fin l'humanité? Y a-t-il donc des espèces distinctes d'humanité pour les races humaines distinctes, une humanité nègre^ une humanité chinoise, une humanité européenne, etc.? Et dans ce cas que fait-on, sinon appliquer le mot humanité à des choses aussi différentes que celles que représente le mot couleur quand on l'emploie pour désigner aussi hien le hlanc que le noir, ou le mot morale quand on entend par là le bien comme le mal ? « La fin de l'homme est en lui-même. » D'après la propre théorie de Herder, ce n'est pas là une proposition qui ait l'analogie en sa faveur. Aucune des autres créatures qui sont sur la terre n'a sa fin en elle-même. De plus, en supposant que l'homme ait en lui-même sa fin, il resterait encore à déterminer si cette fin est dans la race ou dans l'individu, oii dans tous les deux, de quelque manière que ce soit, et cette nouvelle question nécessiterait une enquête des plus sévères et des plus difficiles, que Herder n'a même pas entamée. Ce que devrait être la solution n*est nullement élucidé par cette assertion que « la fin de la nature humaine c'est l'humanité î. Par humanité, on peut entendre les attributs que possèdent les êtres humains en tant que tels, ou bien le développement et la culture de ces attributs, ou bien l'état résultant de cette

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culture, ou bien encore un idéal dont la nature humaine doit chercher continuellement à se rapprocher sans pouvoir jamais l'atteindre. Laquelle de ces différentes significations Ilerder donne-t-il à ce mot? Il ne le dit pas; bien plus, il passe d'un sens à un autre, il les entremôle et les embrouille de manière à produire la plus irrémédiable, la plus inextricable confusion. Quand on dit que l'humanité est la fin de la nature humaine, le mot humanité ne peut raisonnablement être pris dans le premier sens, car il n'exprime alors que la somme des conditions de la nature humaine, ou, en d'autres fermes, le fondement, le commencement de cette nature. Ce que les plus élevés parmi les êtres humains doivent s'efforcer d'atteindre ne peut être ce que possède le plus infime d'entre eux. Pris dans la seconde acception, le mot humanité veut dire la culture qu'on se donne à soi-même. Mais une telle culture n'est-elle pas essentiellement un moyen en vue d'une fin? Ne suppose-t-elle pas un critérium qui la juge et un but qui la dépasse? Si par humanité on entend un état réalisé actuellement ou actuellement réahsable, il faudrait dire quel est cet état. Si enfin on veut désigner par là un idéal qui ne peut être atteint, il est grandement nécessaire de jeter quelque lumière sur les rapports de cet idéal avec ce qui est réalisé et ce qui est réahsable. Herder, loin de résoudre ces problèmes et d'autres analogues, ne les pose même pas. Il laisse, peut-on dire, dans un vague et dans une indécision absolus, la conception autour de laquehe gravite toute sa philosophie de l'histoire.

Malheureusement, on peut étendre cette remarque. Ce n'est

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pas seulement sa conception fondamentale qu'il a laissée dans cet état d'indécision; ce sont encore toutes ses conceptions générales. Il emploie à chaque instant des mots, comme ceux de nature, destin, liberté, organisme, avec aussi peu de précision et de cohérence, et même de logique, que celui d'humanité. En réaHté, bien qu'il fût doué d'une grande et riche intelligence, il n'avait pas cette sorte d'intelligence nécessaire pour se servir convenablement des idées générales, les analyser d'une manière rigoureuse et complète, les distinguer les unes des autres avec clarté et exactitude, et déterminer leurs vrais rapports avec celles qui en dépendent ou se coordonnent avec elles. Il manquait des qualités logiques qu'exigent ces opérations de l'esprit.

Il faut également reconnaître qu'il n'a pas réussi dans sa tentative de résumer son système sous forme de théorèmes généraux. Le quinzième livre de son ouvrage, celui dans lequel il fait cette tentative, comprend cinq chapitres, ayant chacun pour objet d'établir ou de confirmer par des faits une proposition importante. Ces propositions sont les suivantes :

I. La fin de la nature humaine est l'humanité; et, pour permettre aux hommes d'atteindre leur fin, Dieu a remis entre leurs mains leur propre destinée.

IL Toutes les forces destructives de la nature ne doivent pas seulement céder à la longue aux forces conservatrices; mais encore elles doivent finalement concourir à la perfection de l'ensemble.

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