‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 20 sur 48 · SCHILLING · texte numérisé non relu

SCHILLING

«ombre de découvertes remarcjuables qui avaient discrédité dans les esprits toutes les explications purement mécaniques du monde matériel ;Sclielling, durant son séjour àLeipsig ', s'était lamiliariséavec ces découvertes, avec les spéculations et les espérances qu'elles faisaient naître, et il en avait reçu une profonde impression. Toutes ces circonstances agissant sur cet esprit impressionnable, poétique, ardent, il en résulta une philosophie qui se proposa d'étendre l'empire de l'idéalisme sur la nature tout entière, sans la sacrifier injustement, en la représentant au contraire dans, toute la gloire et dans toute la beauté qui la parent aux yeux d'un poète.

Dès l'année 1800, il en était venu à penser qu'une théorie achevée de la nature devait la ramener tout entière à l'intelligence et résoudre toutes les lois des phénomènes physiques dans les lois d'une intuition inconsciente, d'une vie qui s'alimenterait et s'organiserait elle-même , lois identiques en essence à celle de l'âme humaine qui se connaît par la conscience. « Les produits morts et inconscients de la nature, dit-il, sont des tentatives avortées de celle-ci pour se réfléchir elle-même; ce qu'on appelle la nature morte n'est que l'intelligence qui n'est pas arrivée à son plein développement, et

prendre les influences intellectuelles les plus générales au milieu desquelles vécut Schelling, il faut étudier la Vie de Schleiermacher, par Dilthey (vol. I), 1870, contribution des plus remarquables, non-seulement à la biographie^ mais à l'histoire.

1. Parmi les contemporains de Schelling, ce furent Kielmeyer, Eschenmayer, J.-W. Rltter et Baader qui eurent le plus d'influence pour tourner son espiit vers les spéculations sur la physique. Que la philosophie de la nature qui résulte de cette direction donnée à ses pensées ait exercé une puissante influence sur toutes les branches des sciences physiques et naturelles, c'est ce qu'on ne saurait nier, bien qu'on puisse fort bien discuter dans quelle mesure cette influence a été favorable ou funeste.

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ses phénomènes révèlent réellement, quoique d'une manière inconsciente, le caractère de l'intelligence. Le but le plus élevé qu'elle poursuit, celui de devenir entièrement un objet pour elle-même , la nature l'atteint pour la première fois par le moyen de ce qu'il y a de plus élevé, de ce qui apparaît en dernier lieu, la réflexion. Cette réflexion n'est autre chose que l'homme, ou, plus généralement, ce qu'on appelle la raison; c'est par laque la nature opère un complet retour sur elle-même ; par là aussi, il devient évident que la nature est originellement identique à ce que nous connaissons en nous-mêmes comme doué d'intelligence et de conscience. » Ainsi donc, à cette époque de sa carrière, ScheUing jugeait aussi nécessaire de dériver l'intelligence de la nature que la nature de l'intelligence ; il lui semblait que la philosophie avait en réalité deux problèmes à résoudre, le premier en tant que philosophie de la nature, le second en tant que philosophie transcendantale. C'est à ce point de vue que le Système de iHdéalisme Iranscendantal fut écrit.

Cet ouvrage, comme tous ceux que ScheUing publia après qu'il eut cessé d'être disciple de Fichte, est rempli de l'idée du développement universel. Partout, l'auteur y affirme l'existence d'un développement , d'un mouvement dynamique, d'un processus organique. Rien qui soit réellement mort, rien qui soit purement mécanique et inorganique. La nature est l'esprit visible ; l'esprit est la nature invisible ; Tun et l'autre progressent incessamment par une succession ininterrompue de phases et une gradation de formes. La doctrine du développement, qui est, sans aucun doute, d'une

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importance capitale dans la science de l'histoire, n'a jamais en de croyant plus convaincu que Sclielling ; et, dans l'ouvrage dont nous parlons, il Ta appliquée aux deux mondes de la matière et de Tesprit, considérés comme coordonnés et identiques en essence ; il est impossible d'être plus ingénieux et plus hardi. Mais, quant aux principes théoriques sur lesquels il fait reposer son système, bien peu de ses partisans, aucun peut-être ne voudrait aujourd'hui en garantir la solidité.

Les pages consacrées spécialement à l'histoire sont peu nombreuses K Elles se trouvent dans cette partie de l'ouvrage où les principes de Tidéalisme transcendantal sont appliqués à ce qu'on appelle la philosophie pratique ; en traitant de cette partie, Schelling explique à peu près, comme Fichte, ce qu'il faut entendre par liberté, droit ou loi naturelle, ce que c'est que l'État ; il adopte cette théorie de Kant de la réalisation d'une constitution politique ou d'un État parfait ; il admet, avec lui, que la paix universelle peut être assurée par « un parlement du genre humain, une fédération du monde. » Il est ainsi amené à considérer l'histoire en tant qu'elle est un objet de la philosophie, et à exposer là-dessus des idées reposant sur des principes plus personnels.

De même que la nature est l'objet de la philosophie théorique, de même, selon lui, l'histoire est celui de la philosophie pratique ; et le problème particulier de la philosophie de l'histoire est de déterminer si, dans l'histoire, la liberté

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