‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 21 sur 48 · Œuv. compl, I, III · texte numérisé non relu

Œuv. compl, I, III

individuelle exclut la nécessité, ou si, de quelque manière, elle se combine avec elle et lui est subordonnée. Pour élucider ce problème, il insiste d'abord sur la dépendance de Phistoire à l'égard de la conscience individuelle et sur la dépendance de celle-ci à l'égard de Phistoire. Tout ce qui existe n'est pour Pindividu que dans la mesure où il en a conscience ; Phistoire passée n'existe, en conséquence, que comme un phénomène de conscience. Elle est pour chaque homme exactement ce qu'est sa conscience individuelle. Mais, d'autre part , chaque conscience individuelle est ce qu'elle est parce qu'elle appartient à une époque particulière, ayant son caractère particulier, un certain degré de civilisation, etc. ; et cette époque à son tour ne peut être ce qu'elle est que parce que Phistoire tout entière du passé a été telle qu'elle a été. Ainsi Phistoire dépend de la conscience individuelle, et, pour que cette conscience individuelle fût ce qu'elle est, toute Phistoire du passé était nécessaire.

Notre auteur établit ensuite que la fm de Phistoire étant ce qu'elle est, le règne de Puniverselle justice, il en résulte la preuve manifeste que Phistoire n'est pas abandonnée au hasard, qu'elle ne se compose pas d'une succession accidentelle d'événements, mais que d'un bout à Pautre elle révèle un plan qui sert de lien à toutes les actions qui la constituent, bien que ces actes soient des effets de la liberté. La notion de Phistoire, dans le sens propre et rigoureux du mot, n'embrasse pas toutes sortes d'événements. Elle exclut les événements qui sont simplement naturels; elle exclut tout ce qui se reproduit à des intervalles fixes et réguliers, et tout

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ce qui peut ôlre déterminé certainement à priori. Elle n'est ni une série d'événements absolument sans lois, ni une série d'événements absolument régulière. Les êtres seuls qui sont capables de s'approcher par degrés d'un idéal peuvent avoir une iiistoire. L'histoire humaine est la réalisation progressive de l'idéal de l'universelle justice par l'espèce entière. Ce qui la caractérise, en conséquence, c'est l'union de la liberté et de la nécessité; elle est le produit d'une liberté que la nécessité pénètre, d'une manière ou d'une autre; elle est formée par les actions d'une multitude innombrable de sujets conscients, c'est-à-dire par une multitude innombrable d'actes libres; et pourtant ces actes constituent un monde ordonné, dont les lois, résidant par-delà la conscience des sujets individuels, sont objectives et nécessaires.

Mais comment cela peut-il être? Comment la liberté ou la subjectivité d'une part, la nécessité ou l'objectivité de l'autre, peuvent-elles être unies de telle sorte dans l'histoire que Tordre garantisse la liberté, et que la liberté engendre l'ordre ? Cela ne peut se produire, répond Schelling, que par l'action d'un principe supérieur à la fois au sujet et à l'objet, qui ne peut être ni l'un ni l'autre et qui cependant constitue leur unité. Ce principe, il l'appelle principe d'absolue identité ; il le décrit comme la source de toute conscience, bien que par lui-même il soit dénué de conscience ; comme le soleil éternel du royaume des esprits ; comme un objet pour la foi, non pour la connaissance, invisible qu'il est à nos yeux par sa splendeur même ; il est la substance inaccessible dont les intelligences ne sont que des puissances ou

des fonctions. L'histoire est l'évolution de ce principe, Fabsolu, qui s'exprime , plus ou moins, dans toutes les actions et, par là, établit entre elles un enchaînement et une harmonie, leur donne la régularité et la loi, et compose avec elles, sans qu'elles cessent d'être libres, un poëme ou un drame magnifique. C'est en découvrant la trame de ce poëme, c'est en les rapportant à son principe suprême, à son fondement véritable, l'absolu, que la réflexion parvient à concevoir la Providence, la religion, dans le seul vrai sens de ce mot. Tout en se manifestant dans toute l'étendue et à travers toute la durée, l'absolu ne peut, ni dans aucun lieu ni dans aucun temps, s'exprimer et se réaliser entièrement. S'il le faisait, rien n'existerait que lui ; les individus, la liberté cesseraient d'être. Néanmoins il ne se révèle qu'à travers le libre jeu des volontés individuelles ; si ces volontés n'étaient pas libres, il ne pourrait exister; elles sont donc, en quelque façon, ses collaboratrices. Et ainsi la conséquence de l'action de l'absolu par l'intermédiaire des êtres intelligents, c'est que les actes de ceux-ci, qui constituent l'histoire, ne sont ni exclusivement libres ni exclusivement nécessaires, mais à la fois nécessaires et libres.

Dans cette progressive évolution de l'absolu dont il est lui-même la cause, dans cette révélation graduelle que Dieu fait de lui-même et qui, selon Schelling, constitue l'histoire, on peut distinguer trois périodes. Le principe dominant de la première, c'est le destin y force aveugle qui, froidement, sans pitié, détruit ce qu'il y a de plus grand et de plus noble : on peut appeler cette période la période tragique de l'his-

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