‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 30 sur 48 · I-COIK l>i: SCIIKLMNG · texte numérisé non relu

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qui délcrnùncnt et se surbordonncnt toutes les autres : la promièie, la conceptiou ancienne, qui faisait de la terre le centre de 1 univers; la seconde, la conception moderne, (jui fait du soleil le centre et de la terre un satellite. De môme, il y a dans l'histoire deux conceptions fondamentalement distinctes et opposées, Tune presque aussi ancienne que Tliisloire elle-même, l'autre aussi ancienne; l'une datant de l'origine du péché, l'autre propre à cet état primitif où riiomme était en communion intime avec Dieu; Tune ignorant Tordre des choses divines ou le subordonnant à celui des choses matérielles, l'autre rapportant tout ce qui est bon et vrai à la providence et à la volonté de Dieu. Cette dernière conception qui fait de Dieu le principe, le commencement, le milieu et la fin de l'histoire, qui en rapporte l'origine à sa puissance, le développement à son amour, l'ordre moral et les sanctions à sa justice , c'est celle-là qui mérite notre adhésion. — Qu'il y ait dans cette doctrine une vérité de la plus grande importance au point de vue pratique, peu de gens seront tentés de le nier; mais, avant que cette vérité puisse devenir partie intégrante d'une philosophie de l'histoire, et surtout avant qu'elle puisse en devenir le vrai fondement, elle doit être autre chose qu'une simple assertion : elle doit être prouvée; et les rapports qui l'unissent avec les faits qui lui servent de preuve doivent être mis dans une telle évidence, qu'on ne puisse douter qu'elle est la clef de voûte de tout l'édifice de l'histoire. Gœrres n'a rien fait, rien tenté de pareil. Non-seulement une rigoureuse démonstration fait défaut, mais on cherche vai-

nement une preuve solide, de quelque nature qu'elle soit. Des assertions, des fantaisies, des phrases occupent la place que devraient remplir les laits et les arguments. De plus, il a complètement méconnu et môme implicitement contredit l'importante vérité suggérée par ce lait qu'il y a deux conceptions relatives à la nature physique , l'une ancienne, l'autre moderne, ou, pour mieux dire, que depuis les temps anciens jusqu'aux plus modernes la conception du monde physique a été se modifiant et s'élargissant continuellement. Cette vérité, méconnue par Gœrres et à laquelle aurait dû le conduire l'analogie, c'est que la conception relative à l'histoire s'est de même continuellement modifiée et agrandie. Il a cru que les hommes primitifs ont été en possession de toute vérité spirituelle supérieure, laquelle aurait fait naufrage au moment de la chute originelle et dont les débris auraient surnagé jusqu'à nous à travers les traditions et les mystères : il a cru que le développement de la race humaine au point de vue de la connaissance religieuse a consisté seulement à reconquérir graduellement ce qui avait été perdu : c'est ce qui Fa empêché d'apercevoir le parallélisme que nous signalions tout à l'heure, et l'a forcé. à se faire une fausse idée de l'évolution générale de l'histoire.

En ce qui regarde le second point, c'est-à-dire la relation des principes secondaires avec le principe premier et fondanïental de l'histoire, Gœrres insiste sur l'harmonie du monde physique, si propre à servir de base et de modèle à l'harmonie du monde spirituel; il soutient que la puissance divine et la liberté humaine ne sont pas naturellement en

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antagonisme Tune avec l'autre et ne s'excluent pas mutuellement : il nous parle de trois règnes : celui de l'absolue liberté, c'est la Divinité; celui de la liberté combinée avec la nécessité, c'est Fâme bumaine; celui de la nécessité pure, c'est la nature. Chacun de ces règnes a ses lois propres : celles du premier résident au sein de Dieu ; celles du second gouvernent les opérations de l'àme bumaine ; celles du troisième sont impliiiuées dans la constitution de la matière. Il nous parle aussi de trois Bibles : la Bible de la nature, la Bible de l'esprit, la Bible de l'iiistoire. 11 affirme que les lois de ces trois règnes se rencontrent et mêlent leur action dans l'bistoire, et que les enseignements de ces trois Bibles sont en concordance et en harmonie. — Tout cela, sans doute, est vrai; mais la science n'a que peu ou point de profit à retirer de telles formules tant qu'elles restent, comme chez Gœrres, à l'état de vagues assertions de rhétorique. Quant à une véritable exposition philosophique de la liaison réciproque et de la subordination des principes de Thistoire, on n'en trouve nulle trace dans l'ouvrage de Gœrres.

La division qu'il établit entre les époques de l'histoire repose sur cette hypothèse que la vie de l'espèce correspond à celle de l'individu, de sorte que l'une passe par les mômes phases que l'autre. C'est là une pure analogie, qui est déjà bien vague quand les termes comparés sont l'individu et une nation, qui est plus vague encore quand on met en parallèle l'individu et l'espèce. Cette analogie, on en a souvent usé et aussi souvent abusé ; on l'a présentée sous les formes les plus diverses ; mais rarement on en a tiré une

conception plus fausse que celle qui se trouve dans la seconde des leçons que nous examinons en ce moment. La première phase de l'individu, selon Gœrres, est celle de son existence naturelle, la période de sa jeunesse ; la seconde est celle où s'exercent les différentes puissances de vie qu'il possède : elle comprend les rapports de l'individu avec la famille, la tribu et la nation ; la troisième est celle où se déploie l'activité des facultés morales; la quatrième enfin est celle de la culture des principes religieux. De même, pense notre auteur, la phase primitive et inférieure du développement de la race doit être cherchée dans les divisions et distinctions que produisent les conditions physiques, comme le climat , le caractère géologique et la position géographique des lieux ; la seconde, dans les divisions ethnologiques, c'est-à-dire dans la distribution des hommes en races, tribus, nations, chacune avec son mode d'existence particulier, ses instincts et ses dispositions propres. La troisième phase se manifeste par la vie morale et politique : elle est représentée par les États civiUsés qui sont gouvernés par des codes de lois ; enfin la quatrième est celle de la vie religieuse ou ecclésiastique que les nations puisent, plus ou moins pure, dans cette partie du Verbe divin qu'elles ont eu le privilège de recevoir.

Hegel remarque que les sphères de la vie sont ici mêlées et confondues avec les phases de la vie ; que, par exemple, la première époque du développement individuel est seule une phase, tandis que les trois autres, improprement appelées de ce nom, sont en réalité des sphères; que, par suite, le

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parallélisme essayé par riœrrcs entre riiistoire de l'individu et colle de la race est illusoire. Mais cette remaripie, au moins dans la forme que lui donne Ilégel, n'est peut-ôtre pas aussi vraie qu'elle semble à première vue. Gœrres a certainement supposé que toutes ses périodes étaient des phases de la nature humaine, se manifestant l'une après l'autre, parce que les puissances ou éléments qui les produisent se manifestent selon un ordre fixe de succession. Qu'un penseur puisse ainsi admettre que les principes de la nature humaine se développent successivement en groupes distincts et séparés, c'est là en vérité quelque chose de fort étrange; mais cela s'est vu souvent, et, même aujourd'hui, un homme tel que M. Littré, nous en avons déjà fait la remarque, peut regardercommeune découverte scientifique importante qu'on lui doit, cette môme absurdité présentée sous une autre forme. On peut faire à Gœrres une objection plus solide et plus décisive que de lui reprocher la confusion entre les phases et les sphères; on peut lui dire que des phases telles que celles qu'ils a admises n'existent pas, puisque l'évolution de l'individu, comme celle de l'humanité , est un développement continu de toutes leurs facultés, de tous leurs principes, et non pas une apparition successive de classes distinctes de ces facultés et de ces principes dans des périodes successives et distinctes.

La dernière leçon est encore plus remplie que les autres d'opinions arbitraires et fantaisistes. Elle a pour objet d'esquisser le cours entier du développement de l'histoire. L'au»

leur commence par traiter de l'éternité et du développement Flint. II. — 13

de Dieu par lui-mômc; puis il passe à la création du monde par séparations et combinaisons successives accomplies pendant les six jours du récit mosaïque, jours qui sont autant d'ères de cette première période de la durée. Ensuite il expose la genèse du mal en six actes qui remplissent la seconde période; il passe de là aux différentes phases du conflit entre le bien et le mal, les fils de Selh et ceux de Gain, depuis la chute jusqu'au déluge, qui termine l'histoire de l'ancien monde. L'histoire du monde nouveau se divise en trois périodes. La première commence dans l'arche de Noé pour finir avec la Grèce et Rome; elle comprend six ères, qui correspondent aux six jours de Moïse. La seconde période est le nouveau Sabbath, ou période du second Adam. La troisième est celle du combat de la vie et de la lumière apportées par Dieu dans le monde, contre les ténèbres et la mort qui les environnent. Cette période,* Gœrres y retrouve également des époques correspondant aux six jours de Moïse. Ainsi la diffusion du christianisme marque le matin, et celle du mahométisme le soir du premier jour. Nous vivons maintenant dans le troisième. Il est inutile d'exposer plus en détail un pareille théorie, et ce serait évidemment peine perdue que de la discuter et de la réfuter. Une subdivision des périodes de l'histoire conformément aux six jours du récit mosaïque peut être fort ingénieuse, mais ne peut à aucun titre être considérée comme une véritable distribution scientifique des ères de l'histoire. On a rarement fait de ces six jours un plus déplorable abus.

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