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la cause du véritable ordre social, iic peuvent ôlre d'une perspicacité politijjue bien reman|uable. Ouand Ilégel enseignait la suprématie de la volonté de l'Etat, (iiiaïul, en lait, comme Hobbes, il déitiait l'Etat, il enseignait simplement, sous une forme diltérente, l'erreur qu'il prétendait combattre. Il y a fort peu de démocrates qui aient soutenu d'une manière aussi explicite (|ue lui la suprématie de la volonté particulière, car il y en a fort peu qui aient manqué de soutenir, au moins en paroles, que ce n'est pas la volonté des individus, mais les lois de la raison universelle qui doivent être souveraines dans les affaires humaines ; tandis que Ilégel identifie expressément avec ces lois, avec la volonté divine, ^a volonté de l'Etat, volonté qui peut être tout aussi peu scrupuleuse, tout aussi capricieuse, égoïste, cruelle, que celle d'un méchant homme, et qui peut-être est rarement aussi con forme à l'honneur et à la justice que celle d'un vrai sage, d'un véritable homme de bien. Le credo de Hegel, ce n'était pas un sage conservatisme, exigeant le respect qui est dû à Tautorité morale, mais une sorte de panthéisme politique où s'engloutissent tous les droits et toutes les libertés et qui conduit logiquement au fatahsme, à Tacceptation du fait comme droit, à la glorification de tous les succès, même de ceux qui sont conquis par la force brutale et au mépris de toute justice *.
f Selon la doctrine de Hegel, l'esprit du monde ou l'esprit de riiistoire ne se trouve pas partout où il y a des hommes,
1. Dans les remarques qui précèdent, je n'ai en vue que les principes et l'esprit de la philosophie politique c:e Hegel, et non son conlenu, où il y a beaucoup à admirer.
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mais il est toujours en train d'élever ou de renverser quelque nation particulière qu'il rencontre dans sa marche d'orient en occident. Il existe toujours sous quelque forme positive et définie, dans quelque Etat déterminé, et toujours il se lyieut en avant selon une simple ligne droite. Il est le sujet unique qui produit, en les traversant successivement, les différentes phases de la religion et de la civilisation, dépouillant toujours sa vieille enveloppe avant d'en revêtir une nouvelle. Il a quitté la Chine pour l'Inde, l'Inde pour la Perse, etc., il.n'a jamais habité deux endroits à la fois, ni deux fois à la n:)éme place. — Tout cela est-il vrai ou faux? Est-ce réalité ou fiction? Est-ce une conclusion que la pensée ait établie et qu'elle puisse soutenir, ou une représentation poétique et illusoire, une Vorstellung dont la pensée scientifique ne peut ni ne veut accepter la responsabilité? J'incline vers la seconde alternative. L'esprit qui anime toute l'histoire se meut, selon moi, non pas suivant une simple ligne droite, mais sur une large surface. Il est présent dans toute l'humanité, et toute l'humanité se meut de son mouvement. Il n'avait pas besoin de quitter la Chine pour s'occuper de l'Inde, d'abandonner l'Egypte pour la Grèce, Fltalie pour la Germanie. L'histoire comprend la coexistence aussi bien que la succession des Etats. Elle est le vaste ensemble des événements humains dans l'espace et le temps, et quoiqu'elle puisse présenter un intérêt particulier, ici à telle époque et ailleurs à telle autre époque, l'intérêt du tout est toujours plus grand que celui d'une partie, quelle qu'elle soit. Hegel cherche à tort les principes du progrès non dans les principes qui déterminent l'élévation
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générale de la condition morale et intellectuelle du genre humain, mais dans ceux (jui déterminent la division de l'iiumanité en nations. Pour lui, le progrès est un fait (lui se produit non pas en vue du bien conmiun de tous les hommes, mais seulement pour Tavantagc particulier du dernier vcn u ; en sorte que la Chine avec ses centaines de millions d'habitants doit pour toujours rester au plus bas degré de récliclle de l'histoire, et (|ue les autres nations doivent rester de même aux degrés particuliers où l'esprit a élevé chacune d'elles pendant sa rapide visite, cet esprit (Gcist) ayant linalement lixé sa demeure dans l'esprit allemand. Plus une nation se trouve à l'ouest, plus son rang doit être élevé, bien que telle nation plus à l'occident puisse avoir disparu depuis des siècles, et que telle autre plus à l'orient puisse être aussi florissante aujourd'hui que jamais. Hegel se trouvait ainsi réduit à parler de PEgypte comme si elle était plus moderne que toutes les autres nations historiques de l'Asie, de la civilisation de la Chine comme si elle était inférieure à celle de l'Assyrie, et de la mythologie grecque comme d'un produit de l'esprit plus noble que la théologie de l'Inde ou même de la Judée. Les phases de la civihsation, telles qu'il les représente, sont plutôt juxtaposées dans Pespace qu'elles ne se succèdent naturellement dans le temps, en ce sens qu'une phase donnée n'est pas le développement historique, mais seulement la suite logique de la précédente. Et ainsi Pévolution logique se trouve ne pas coïncider avec Pévolution historique. En réalité, toute la conception hégélienne du progrès historique comme évolution logique dont les
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moments sont représentés par une série linéaire de nations, est d'un bout à l'autre un tissu d'absurdités.
Nous avons maintenant à nous demander s'il a réussi à déterminer exactement les époques de Tliistoire. Il distingue quelquefois quatre âges du monde, celui de l'Orient, celui de la Grèce, l'âge romain, Tâgc germain; quelquefois il n'en reconnaît que trois, confondant en un seul et nicme âge la période grecque et la période romaine. La division en trois ne me paraît pas seulement exigée par le rbythme dialectique, mais absolument préférable en elle-même. Prenez au basard deux grandes nations asiatiques : vous les trouverez plus profondément distinctes Tune de l'autre que Rome ne le fut de la Grèce. Une classification qui représente l'Inde comme moins différente de la Gbine que le monde romain du monde grec ne mérite guère d'être prise en sérieuse considération. La division en quatre parties s'accorde mieux avec le parallélisme que, d'après Herder, Hegel établit entre le cours de l'iiistoire bumaine et la vie individuelle : l'Orient semble correspondre à l'enfance, la Grèce à la jeunesse, Rome à la maturité, le monde germanique à la vieillesse; mais une telle division s'accorde moins avec la réalité. C'est donc la division en trois parties qui doit fixer notre attention , d'autant plus que les principales objections qu'on peut soulever contre elle s'adressent également à Fautre. Selon la première, les grandes phases de l'bistoire sont : le monde oriental, où la substantialité prédomine au point qu'un seul bomme est libre; le monde classique, où prédomine l'individualité et où quelques-uns
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sont libres; le monde moderne ou germanique, où Tindividualité et la subslantialité se combineul et s'harmonisent et où tous sont libres. Cette formule est-elle l'expression exacte et complète de la réalité? Je ne le pense pas, et cela pour différentes raisons. D'abord elle réduit l'histoire et la renferme dans l'étude des actions et des destinées d'un petit nombre de nations (jui sont elles-mêmes contenues dans les limites relativement étroites d'une bande de la surface terrestre, la zone tempérée. C'est là une erreur analogue à celle que commettrait un astronome qui voudrait prétendre qu'un petit nombre d'étoiles seulement, les plus grandes et les plus brillantes, sont, dans une région déterminée du ciel, l'objet propre de la science dont il s'occupe; ou un zoologiste qui soutiendrait qu'il ne doit étudier que les lions et les tigres, et non les rats et les souris. Aucune science n'a le droit de faire des exclusions comme celles que se permet la philosophie de l'histoire de Hegel. L'histoire tout entière de la science nous enseigne que si nous voulons comprendre ce qui est grand, nous ne devons pas mépriser ce qui est petit. Ce ne sont pas les mammouths et les mastodontes, mais les nummulites, qui révèlent au géologue l'ancienneté des Alpes.
De plus, pour appliquer sa formule, Hegel retranche de l'histoire primitive du genre humain nombre de siècles ignorés; cela non plus, il n'a pas le droit de le faire. 11 commence par la Chine, quand, d'après sa propre exposition, le caractère de ce peuple était complètement fixé et
immobilisé ; mais certainement l'histoire ne peut avoir Flint. II. — -l
commencé par une unité de cent ou deux cents millions «d'iioinmcs. L'humanité doit avoir eu une longue existence avant ce que Hegel appelle son enfance. Cette existence primitive, la formule la laisse complètement en dehors. Hegel ne veut pas en entendre parler, non plus que des recherches ethnologiques, philologiques, historiques, qui seules peuvent nous donner l'espoir d'en savoir quelque chose. Il exclut de parti pris toute investigation relative aux origines. — On dira que du temps de Hegel ce genre de recherches était encore peu connu et peu pratiqué; mais cela n'excuse qu'en partie son erreur, car plusieurs de ses contemporains acceptaient la lumière qu'il rejetait; ils s'en servaient pour vivifier leur esprit et éclairer leurs travaux. Ce sont des contemporains de Hegel qui les premiers ont appliqué, avec pleine conscience de ce qu^ils faisaient, la méthode critique et comparative à la biologie, à la philologie, au droit et à l'histoire; et l'on éprouve quelque désappointement à trouver Hegel si fort en a.rrière sur ce sujet, si complètement étranger à la vérité, et cela par sa propre faute, par son propre système. Une philosophie de Thistoire qui refuse de rechercher les commencements de la vie humaine, du droit, du langage, de l'art et de la rehgion, prononce sa propre condamnation. Sa méthode est irrévocablement anti-scientifique.
En troisième lieu, la formule de Hegel est défectueuse parce qu'elle suppose que l'histoire est près de sa fin et qu'elle ne doit point passer par une nouvelle phase. Cette supposition est celle qui s'accorde le mieux avec la dialec-