‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 37 sur 48 · III-r.EL · texte numérisé non relu

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tique et le cloctrinarisme politique du philosophe, ce qui n'empôchc pas »]u'il t'était quelque peu présomptueux de la faire et qu'il y a quelqu(î difficulté à racccpter. Pour croire /j ("^ -^ que riiistoire soit près de finir, nous avons naturellement besoin de raisons meilleures que celles qui se tirent de limpuissance de la dialectique à déterminer le principe de ravenir, ou de la difhculté qu'aurait l'humanité dans une période nouvelle, étant donnée la répugnance de l'esprit à se répéter, à accepter pour credo politique ce qui était « rationnel et réel » à Berlin en 1820. Si Hégcl avait reconnu l'incompétence de sa philosophie relativement à toute détermination de l'avenir, il n'y aurait pas grand'chose à dire; mais nier implicitement cet avenir, construire l'histoire et la réduire en formule comme si elle était complète, voilà qui est singulièrement téméraire. Herhart a soutenu que l'humanité est encore dans l'enfance, que l'histoire n'a encore parcouru qu'une petite partie de sa carrière. Je ne me risque pas à dire qu'il avait raison, mais je demande si nous pouvons prouver qu'il ait eu tort, si nous pouvons déterminer et mesurer la courbe de l'histoire de façon à connaître, avec une approximation un peu rigoureuse, à quel point précis nous nous trouvons maintenant par rapport à l'ensemble, ou si môme nous sommes plus près de la fin que du commencement. Je crains bien que nous n'ayons ici à confesser notre impuissance et que, sur ce sujet, nous ne puissions avoir que la foi sans la science. 11 me semble môme qu'il y a de fortes raisons de croire que la un de l'histoire est encore éloignée. La terre, quand elle est inter-

rogée par la science, nous révèle les annales d'une antiquité si prodigieuse que les nombres sont à peine suKisants pour rexprimer; mais à travers chaque âge, chaque époque, on découvre un dessein travaillant directement ou indirectement en vue de l'homme, préparant tout pour son apparition, sa conservation, son bien-être, et disposant toutes les conditions de sa destinée. Il est peu croyable que, quand il a fallu tant de siècles pour élever le théâtre, le drame luimême soit aussi court et aussi mesquin qu'il le serait, si l'histoire de l'humanité se terminait brusquement aujourd'hui. Mais que parlons-nous de l'histoire de Thumanité? L'humanité n'a pas encore eu d'histoire. Les hommes, les nations ont eu une histoire, mais non l'humanité. Il n'y a que les nations de l'Europe qui aient une vie commune, qui soient en possession de caractères communs, d'une civilisation commune, et qui marchent toutes ensemble sur la même route et dans la même direction, bien que l'une puisse être de quelque cent ans en arrière de l'autre; il est ainsi, dans une certaine mesure, possible d'écrire une histoire générale de ces nations, de suivre le développement de la civilisation européenne. Mais, en dehors de l'Europe, il n*y a rien de semblable. Les nations se tiennent complètement isolées l'une de l'autre ou n'ont entre elles que des contacts purement extérieurs, chacune ayant sa forme de vie propre et reconnaissant des principes distincts, chacune obéissant à des impulsions qui lui sont particulières et marchant dans une route et dans une direction différentes de celles de ses voisines. C'est dans l'Europe seule que nous

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voyons l'aurore d'une Iiistoire supérieure à celle des iridividus ou des peuples, d'une histoire vraiment humaine, comprenant plusieurs nations unies par les liens de la fraternité et accomplissant une destinée commune. Il y a des raisons néanmoins pour croire que toutes les nations seront unies ensemble et appelées à contribuer pour leur part au développement de la race et au bien de tous ses mcm b r e s . Le cours tout entier des événements tend manifestement à cette fin et s'en rapproche. Jusqu'à une époque comparativement récente, l'Europe a été morcelée en sociétés isolées, qui n'avaient ni les mômes intérêts ni les mêmes sympatliies » les unes à Tégard des autres; la noblesse féodale, le clergé,'* la bourgeoisie vivaient suivant des lois essentiellement différentes; leurs mœurs différaient également; il n'y avait pas, à proprement parler, de nations; il n'y avait pas d'intérêts généraux, pas d'union, pas de vie commune. Tout cela cependant a disparu; les barrières qui séparaient les classes ont été renversées; les nationalités et les peuples se sont élevés sur leurs ruines, et maintenant peu à peu les aspirations des hommes s'étendent bien au delà des limites mômes des nations; la fraternité des peuples européens, leur sohdarité est un fait généralement reconnu. Ce progrès s'arrôtera-t-il là, ou bien, comme tous les autres processus de l'ordre physique ou moral, le verrons-nous se continuer régulièrement, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa pleine réalisation? Je ne puis comprendre pourquoi l'humanité seule ne réussirait pas à accomplir l'œuvre à laquelle elle est destinée par sa constitution et par le caractère de son développement. Au

contraire, il me semble que, de môme qu'un homme d'une intelligence suffisamment clairvoyante et profonde, vivant au xiv° ou au xv° siècle, ces deux grands siècles de transition, aurait pu prédire à coup sûr la chute de la féodalité du moyen âge et l'élévation sur ses ruines des nationalités modernes; — de même un homme dont le coup d'œil peut se rendre un compte exact de la nature et des tendances des mouvements religieux, sociaux et politiques du présent, et embrasser à la fois le passé et les principes qui en ont dirigé le développement, pourrait très- nettement apercevoir que la vie humaine se manifestera dans l'avenir sous la forme de l'unité et de l'universalité. « Car, de môme que la terre fait pousser ses bourgeons et que le jardin fait fleurir tout ce qu'on y a semé, de même le Seigneur Dieu fera fleurir la droiture et l'honneur devant toutes les nations. » S'il en est ainsi, néanmoins, l'humanité doit être encore bien loin du terme de sa carrière; et dire qu'aucun changement ne peut se produire dans Favenir qui soit aussi considérable que celui qui s'est produit du monde oriental au monde classique, de l'Egypte, c'est là une assertion sans preuves, sinon fort improbable.

Enfin la formule hégélienne s'applique mal même à cette partie relativement petite de l'histoire qu'elle a la prétention de comprendre et de caractériser. Hegel a montré beaucoup plus de prudence et de bon sens que de logique et de profondeur en restreignant le rôle de l'histoire comme il Fa fait. Quoique ce soit un principe fondamental de sa philosophie que toutes les catégories de la logique doivent se retrouver

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