‹ La philosophie de l'histoire en AllemagneChapitre 9 sur 48 · Gh. II -IV · texte numérisé non relu

Gh. II -IV

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1785 et 1789; c'est une des plus anciennes histoires universelles, écrites en allemand, qu'on lise encore avec prolit ; ai-je besoin d'ajouter qu'en aucune langue il n'y a maintenant autant d'ouvrages excellents sur ce sujet? Le premier qui décidément le surpassa, ce fut l'ouvrage d'un homme qui avait fait de celui de Schlozer une étude approfondie, le célèbre historien suisse Johann von MûUer (1752-1809). Millier était né historien, et dès sa plus tendre jeunesse il se dévoua d'esprit et de cœur à la science de l'histoire. Un acte de déplorable faiblesse dont il se rendit coupable vers la fin de sa vie (il accepta une place de Napoléon, dont il avait auparavant dénoncé la conduite et les visées avec une éloquence qui lui avait valu l'admiration de tous les amis de la liberté et de l'indépendance nationales), a pesé lourdement sur sa mémoire et empêché souvent qu'on ne rendît pleine justice à ses mérites. Gomme historien, ses mérites furent sans aucun doute considérables. Une vaste mémoire et une curiosité infatigable, un large coup d'œil et une exactitude rigoureuse, une imagination puissante pour faire revivre la réalité, un art consommé pour grouper et disposer les faits, un style qui fait impression, encore qu'un peu trop travaillé, l'éloquence, un vif intérêt pour tout ce qui lui semble contribuer au bien de l'humanité : voilà quelquesunes des qualités qui le distinguent. Il unit les tendances conservatrices et les tendances libérales, la juste appréciation des choses anciennes et celle des choses modernes, à un degré rare pour son époque. Il ne sépare pas, comme

tant d'autres de ses contemporains, l'amour de la vérité, de Flixt. II. — 4

la liberté et de l'iiuiDanilé, de l'amour de la patrie, du respect pour le passé, de la reconnaissance des droits sacrés de la morale domestique et personnelle. 11 insiste sans relâche sur cette idée que la politique ne doit pas se fonder sur des théories abstraites, mais sur la pratique de la vie réelle, sur l'histoire et la statistique; que ce qu'il faut, c'est évolution, non révolution; qu'aucun système social ne peut durer à moins d'avoir de solides racines dans le passé.

Ses qualités se révèlent avec le plus d'éclat dans son Histoire de la Suisse, dont le premier volume parut en 1780. Dans cet ouvrage, plus que dans tout autre ouvrage allemand jusqu'à cette époque, se trouvent réunis des recherches étendues et scrupuleuses, la noblesse et la beauté du style, un patriotisme dont l'ardeur n'exclut pas la raison. Ce fut vraiment la première histoire nationale qui ait paru en allemand. Ce fut un noble spécimen d'un genre de composition historique beaucoup plus élevé que tout ce qui avait été tenté jusque-là. Il respire d'un bout à l'autre un amour de la liberté constitutionnelle, de la liberté unie à l'ordre, si vif et à la fois si éclairé, que Schiller, dans ce discours immortel qu'il fait prononcer à Stauffacher sur le Rûtth, dans sa tragédie de Guillaume Tell, semble n'avoir fait qu'en donner l'expression condensée et poétique. L'influence de l'ouvrage se répandit dans toute l'Allemagne et bien au delà; elle fut large et profonde, et contribua grandement au progrès de l'histoire, à la fois comme science et comme art. Les vingt-quatre livres de VHistoire universelle ne furent pubhés qu'une année après la mort de Millier ; mais il avait

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commencé à en recueillir les matériaux dès 177:2, et il eu avait exposé la substatice dans des leçons laites à Genève, en 1779, et à Gassel, en 1781 et 178-2. Il s'en occupa Iréquemnient, et, pour la dernière fois, peu de jours avant sa mort. Probablement aucune des histoires universelles, composées depuis, n'a été faite plus consciencieusement, d'après les vraies sources, les documents les plus anciens, llégel, dans sa Philosophie de Vhistoire^ a parlé de cet ouvrage de façon à faire croire qu'il est rempli de considérations morales et de réllexions étrangères au sujet. Rien n'est moins exact. C'est dans l'ouvrage de Hegel lui-même, qu'on peut trouver beaucoup de choses de cette nature; on n'en trouve presque pas dans celui de Millier. Ce que s'est proposé Millier, c'est de retracer avec vérité le cours des événements en ne marquant que les traits essentiels et d'un intérêt durable; de négliger ce qui est purement local et temporaire, mais de donner à chaque pays et à chaque époque la place qui convient à leur importance, de refléter le plan de la Providence dans la succession des faits et dans les diverses fortunes des hommes, et cela en se bornant strictement au récit historique. La conception était, dans son ensemble, juste et bonne, et elle fut exécutée avec un tel talent que, depuis^ toutes les histoires universelles qui ont obtenu l'approbation du public ont été façonnées sur le modèle de celle de Millier et diffèrent essentiellement de toutes les histoires universelles de date plus ancienne*

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