DIEU IMMANENT DANS L’HUMANITÉ. 1S
de Dieu dans la vie de l'homme, l’inspiration incessante qui allume en lui l'amour du souverain bien, et qui l’enflamme du désir de participer à la vraie lumière. C'est par la grâce que l'homme reste attaché à Dieu ; pour mieux dire la créature vit en Dieu, comme le dit énergiquement saint Paul, ou Dieu vit en nous. Voilà le Dieu immanent dans l’humanité. 11 est en germe dans la théologie chrétienne; seulement au lieu du lien miraculeux de la grâce, la philosophie admet un lien universel ; elle rejette le miracle, et par cela seul la grâce s’élargit pour devenir l’action d’un Dieu immanent en nous (1).
11 en est de même du gouvernement providentiel, en tant qu’il concerne les nations. Saint Augustin n’exclut aucun peuple de l'action de Dieu. Pourquoi donc aboutit-il à une conception historique qui reproduit la division des élus et des réprouvés? Demandez aux Pères de l’Église quel est le rôle des Gentils dans le développement de l'humanité; ils vous répondront que le peuple élu seul est le précurseur du Christ. A leurs yeux le paganisme est le culte des idoles, c’est à dire des démons ; ceux-là mêmes qui sont le plus favorables à la philosophie des Grecs, la considèrent comme un emprunt fait à l’Écriture sainte. Donc, en définitive, le gouvernement providentiel ne s’étend qu’à un petit peuple, les Juifs; quant au reste de l’humanité, il est sous l’empire de Satan. Quel était le titre des Juifs à cette élection spéciale? Un fait miraculeux, une alliance conclue entre les patriarches et Dieu. L’alliance est une chimère. Si on l’écarte, il restera l’idée de Dieu qui guide les peuples comme les individus vers l’accomplissement de leur destinée. Si Dieu est immanent dans les hommes, il l’est par cela même dans le genre humain.
Nous disons que l’immanence de Dieu peut seule fonder une philosophie de l'histoire. Rien de plus étroit et de plus faux que la conception chrétienne. D’abord elle rapporte tout à la religion. Que fait-elle des autres faces de l’activité humaine, de la science, de l’art, de l’industrie, du commerce? Elle les néglige, quand elle ne les réprouve point. La religion elle-même est faussée, en ce sens que le christianisme étant considéré comme la vérité ab-
(I) Sur le dogme de la grâce , voyci le lome IV- de mes Eludes, S' édition, paft. 5*3 etsuiv.
INTRODUCTION
solue, toutes les autres religions sont flétries comme l’œuvre de l’erreur ou de l’imposture. Quant aux faits historiques, la théologie en prend à peine connaissance, elle les ignore ou elle les subordonne à la révélation. L’antiquité tout entière devient une dépendance du peuple de Dieu, et tout ce qui se fait depuis la venue du Christ, n'a de sens que par rapport au christianisme. Ce qui contrarie la religion ou l’Église qui en est l’organe, est flétri, maudit comme l’œuvre de l’Esprit du mal, la Renaissance aussi bien que la Réforme, la Philosophie aussi bien que la Révolution. Singulière doctrine qui, procédant de l’idée d’un gouvernement providentiel, aboutit à réprouver à peu près tout ce que l’humanité a fait!
L’immanence de Dieu élargit l’histoire, comme elle élargit le ciel et la Divinité. La religion cesse d’être l'élément unique qui absorbe toutes les facultés humaines et par cela même les détruit ou les vicie. Quel est le but de notre existence, quelle est notre mission sur cette terre? Question capitale qui décide tout. Jésus:Christ y a donné une réponse que la philosophie peut accepter en l’interprétant : « Soyez parfaits comme votre Père dans les cieux. » Or, Dieu n’est-il pas tout ensemble intelligence, amour, activité? Il faut donc qu’à son image l’homme se développe dans la plus riche harmonie. Telle est la voie du salut. La religion consiste à penser, à sentir, à agir sous la main de Dieu, sans jamais perdre de vue le lien indissoluble qui nous attache à Celui de qui nous tenons notre vie, et sans lequel nous ne vivrions pas un instant, pas plus que la plante sans l’action vivifiante du soleil. Si telle est la mission de l’homme, les sociétés humaines doivent aussi avoir pour objet de favoriser le développement le plus large de ses facultés : les nations et les individus ont un seul et même but, l’éducation du genre humain. Il n’y a plus de place, dans cet ordre d’idées, pour l’esprit du mal. Dieu remplit tout, c’est lui qui inspire les individus et les peuples, c’est lui qui les guide. L’histoire est la manifestation des desseins de Dieu, et du concours de l’activité humaine.
Ainsi la vie de l’humanité est une éducation, c’est Dieu qui y préside, et l’histoire nous révèle les progrès que l'élève fait sous la main du maître. Toute éducation est un développement, et par conséquent un progrès. Quel est le dernier but de cette exis-