DIEU HOKS UE LHISTOIRE
incessamment? Il viendrait donc corriger ce que lui-même fait! Et comment concevoir la possibilité du miracle, alors que l’immanence implique un ordre régulier, constant? Chose singulière! On accuse la doctrine du gouvernement providentiel fondé sur l’immanence de reproduire la superstition des miracles, et c’est précisément contre cette superstition que la doctrine de l’immanence a été imaginée! C’est parce que l’esprit Immain ne voulait plus, ne pouvait plus croire à un Dieu miraculeux, qu’il a conçu Dieu comme immanent, et on vient lui reprocher d’être aussi superstitieux que la Bible!
L'humanité a fini par répudier le miracle, parce que le miracle détruit sa liberté, en remplaçant l’action des hommes par celle de Dieu. Dieu s’incarnant dans le sein d’une Vierge pour sauver le genre humain, sans lui, malgré lui, voilà le type du miracle. L’homme n’y est pour rien, sa volonté est annulée, de même que sa raison s’arrête devant un prodige qu’elle ne comprend pas. Peut-on faire le même reproche au gouvernement providentiel ? Le reproche ne se conçoit pas dans la doctrine de l’immanence. Si Dieu vit dans l’homme, l’homme aussi vit en Dieu ; tout fait historique est donc l’œuvre de Dieu tout ensemble et de l’homme. Comprendrait-on que Dieu fît quelque chose sans l’homme, alors que Dieu est dans l’homme, et que tout se fait par l’homme? Ce n’est plus un Dieu incarné qui vient sauver le genre humain, c’est l’homme lui-même qui fait sa destinée, sous la main de Dieu. Serait-ce cette inspiration de Dieu qui reproduit le miracle? Une action permanente cesse par cela seul d’être miraculeuse, car un miracle incessant est un non-sens. On ne peut pas dire davantage que le gouvernement providentiel fondé sur l’immanence supprime la liberté : éclairer la liberté, la fortifier, est-ce la supprimer? Dieu fait fonction d’éducateur : irait-il lier les bras et les jambes à son élève pour mieux le faire marcher et agir?
Nous disons qu’il y a dans l’histoire une double action : il y a la part de Dieu, il y a la part de l’homme. Les défenseurs du miracle tiennent le même langage, mais il faut voir comment iis l’entendent. Dans leur croyance, il y a deux ordres de faits, les uns naturels, œuvre de l’homme, les autres miraculeux, œuvre de Dieu. Dans la doctrine de l’immanence celte division tombe évidemment; tous les faits sont naturels et la main de Dieu est dans
INTRODUCTION
tous. Il est vrai que, malgré l'immanence de Dieu dans l'humanité, l’homme ne fait pas toujours ce que Dieu veut; il se met en opposition avec Dieu, il s’écarte des voies que l’éducation providentielle lui a tracées. Dieu alors le ramène à lui, mais est-ce en brisant sa liberté, ou en agissant en dehors de son libre arbitre? C’est ainsi que procède le Dieu miraculeux. Il est impossible qu’il en soit de même du Dieu immanent. C’est toujours l’homme qui agit, jamais Dieu ne se met à sa place. Il est vrai, et ceci est sans doute la pierre de scandale pour les modernes incrédules, que l'homme ne fait pas toujours ce qu’il veut faire; Dieu se sert de ses mauvaises passions ou de son imperfection, de son aveuglement pour exécuter ses desseins. Voilà, dira-t-on, la liberté humaine annulée, et le gouvernement providentiel qui prend les allures du miracle; en effet, l’homme n’est plus qu’un instrument dans la main de Dieu. Non, l'homme n’est pas un pur instrument dans la doctrine de l'immanence, comme il l’est dans la croyance d’un Dieu miraculeux. Son imperfection empêche qu’il ne se confonde jamais avec Dieu ; il y aura donc toujours opposition entre ce que Dieu veut et ce que les hommes veulent ; l’opposition diminuera, mais elle ne cessera pas, car elle ne pourrait cesser que si l’homme s’identifiait avec Dieu. Il y aura donc toujours dans l’histoire des faits, que l’on ne peut pas attribuer à la libre volonté de l’homme, bien qu’il soit l’agent par lequel Dieu opère. Ce concours de la liberté humaine avec les desseins de Dieu, alors que l’homme les ignore ou les méconnaît, est un mystère. Non pas un mystère à la façon des miracles chrétiens; c’est un mystère très naturel, celui de l’imperfection humaine en face de la perfection divine. Voilà un mystère que nous nierions en vain, nous le portons dans notre nature.
Veut-on, à raison même du mystère, l’écarter de l’histoire? Il y a des écrivains, très religieux du reste, qui le voudraient. Tel est Herder. L’histoire, dit-il, s’occupe de faits; constatons-les, recherchons les causes humaines qui les produisent. Si à côté de l’action des hommes, il y a une action de Dieu, laissons-la à Dieu ; à quoi bon scruter ses desseins, alors que notre imperfection ne nous permet pas de les comprendre? Nous répondons que l’histoire a d’excellentes raisons pour montrer la main de Dieu dans les faits historiques. A chaque pas elle constate que l’homme