‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 104 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'histoire des perses

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Après tous les témoignages que nous avons fournis dans oe sens, on pourrait donc croire Gobineau oublieux pour jamais des théories de la race, converti par son séjour en Orient à une plus large conception de l'humanité progressive, se livrant en un mot sans arrière-pensée aux molles séductions des jardins d'Ispahan. On commettrait pourtant une erreur, et ce serait mal juger un esprit à ce point complexe et imaginatif. Il faudra peu de chose pour réveiller dans rorientalistc le germaniste qui sommeille. Bien plus, certains indices font supposer que ce dernier s'agitait dans son sommeil narcotique, vers la fin de la mission du ministre de France à Téhéran. Déjà, dans rivresse de ses premières impressions asiatiques, alors qu'il évoque sans pudeur, sur les flots qui le portent, les galères tyriennes pour les préférer aux barques normandes, il a des retours sur lui-même : il contemple quelques spectacles qui l'avertissent de se tenir sur ses gardes, de ne pas se laisser emporter par les ardeurs d'un enthousiasme prématuré, de ne pas étouffer imprudemment l'impérialiste en son cœur. L'équipage anglais du Victoria^ ce bateau de la Compagnie des Indes qui l'emporte de Suez vers le golfe Persique, fait contraste avec les lascars de Bombay qui sont employés aux gros ouvrages du navire, sous le soleil de feu de la mer Rouge, a En face

d'un pareil effet, il semble difficile de croire à Tégalité des races... Vingt générations de lascars poussés sur les bords de la Tamise n'en feront rien de comparable à ces gaillards anglais, doubles par la hauteur comme par la grosseur : autant penser que la postérité d'une grenouille pourra égaler celle d'un bœuf. » Mais c'est principalement vers la fin du séjour du comte que la bonne entente semble se troubler peu à peu entre les deux moitiés de ce ménage si singulièrement appareillé : nation sémitisée et théoricien aryaniste. Ce dernier est trop impressionnable, trop nerveux, comme il le dit luimême, pour supporter longtemps la vie commune. Après les galanteries de la lune de miel, résumées dans Trois ans en Asicy non sans se prolonger encore à plusieurs reprises dans les Religions^ comme nous l'avons assez démontré, quelle surprise de rencontrer tout à coup, en feuilletant ce dernier ouvrage, des appréciations telles que celles-ci : non seulement le contact des idées européennes est incapable de régénérer l'Asie, mais il en naîtra probablement a des dangers qui ne seront pas médiocres pour nous » . Il se produira M dans ce grand marécage intellectuel quelque combustion nouvelle de principes, d'idées, de théories pestilentielles, et y infection qui s'en exhalera se communiquera par le contact d'une manière plus ou moins prompte, mais certainement assurée. L'histoire entière nous en répond » . Sont-ce donc là les trésors que trouvait tout à l'heure l'enfant symbolique dans le torrent du Demawend? Cependant, poursuit le comte, comme la chose est inévitable, on doit en prendre son parti et n'en pas faire un sujet de gémissements inutiles, mais un objet d'études curieuses. Il nous avait confié déjà que, dans sa sympathie pour la pensée orientale, il avait traduit et publié en langue persane, avec l'aide de son savant ami le rabbin MuUa Lalazar et la haute approbation de S. M. Nasr-Eddin-Shah, le Discours sur la méthode de Descartes. Intention bienveillante, avons-nous songé d'abord à ce récit; service utilement rendu^ tentative méritoire pour introduire dans le désordre de l'imagination iranienne quelque chose de la pondération systématique du père de la philosophie moderne en Europe;

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