‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 106 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

peut-être pas coté très haut parmi les témoignages à Tappui de ses théories helléno-levantines. Que plus tard il trouve dans cette précieuse collection, parmi les innombrables pièces qu'il rapporte à Tépoque arsacide (i), le reflet des conflits d*influences étrangères au sein du royaume parthe, on peut lui accorder ce délicat plaisir d'archéologue, mais non sans constater que, d'ordinaire, il voit dans les vagues sujets de ses cornalines exactement ce qu'il lui plaît d'y voir. Enfin, si cette sorte de documents convient à merveille, de même que les mythes primordiaux, à sa tournure d'esprit imaginative et partiale, leur emploi ne saurait porter dans l'âme du lecteur une conviction aussi complaisante que dans la sienne.

Les tt monuments figurés » l'inspirent moins bien encore; il pourrait peut-être tirer quelque chose des plaques de marbre sculpté qui décorent les palais en ruine dont la vallée du Tigre » est encombrée » ; un Maspéro ne s'en est pas fait faute. Mais, toujours préoccupé, comme dans VEssai, de raccourcir le passé historique du monde, afin de maintenir intactes ses théories de races, de mélange, et sa chronologie ariane, il se refuse à voir dans ces débris l'oeuvre des temps antérieurs à Cyrus : il faudrait à son avis les reporter vers une date postérieure au cinquième siècle avant Jésus-Christ, et cela pour cette raison capitale qu'ils représentent des machines de siège. Or les historiens ne disent pas que Cyrus ait employé béliers ou tortues pour réduire Sardes. Et comment ce grand roi eût-il ignoré des moyens connus de ses prédécesseurs sémitiques? La poliorcétique est, de toutes les sciences humaines, celle qui résiste le mieux aux vicissitudes des conquêtes et des révolutions (2). Par cette argumentation victorieuse, voilà toute une catégorie de précieux témoignages récusés sans appel, rejetés en un siècle où ils n'ont plus de sens possible et privés ainsi de leur signification normale au cours de l'exposé de Gobineau. Ces méthodes de critique lui sont si ordinaires qu'il était bon d'en signaler ici un exemple frappant.

(1) T. II, p. 511.

(2) T. 1, p. 395, et t. II, p. Î66.

Venons aux « auteurs grecs et romains « : ik lui ont foumr au total la trame et le fond de son récit, tout ce qui en est solide et réel, mais il ne laisse pas de les dédaigner et de les morigéner en mainte occasion. Hérodote a paru lui inspirer d abord quelque sympathie, parce qu'il est un Grec d*Ionie, demi-asiatique à ce titre, et fort propre à servir d'introducteur dans Tétude des annalistes orientaux. N*a-t-il pas comme eux. Tabsolu désintéressement, Tabsence de passion, la capacité d'enregistrer froidement les versions les plus opposées, la franchise d'accepter pour incontestable cette débilité fondamentale qui s'attache à tout témoignage humain. Et des sentiments qui laissent tant de latitude à l'imagination chez les historiens de seconde main ne sont pas à dédaigner. Mais, en fail,^ l'écrivain de Y Histoire des Perses tantôt néglige l'auteur des « Muses » , tantôt le réfute dédaigneusement. Cambyse épouse-^ t-il ses deux sœurs, fidèle à une vieille coutume ariane d'adeU phogamie pour laquelle Gobineau a toujours montré une complaisance évidente, Hérodote prouve deux fois son u absurdité n , et en prétendant que c'était là une nouveauté dans l'Iran, et en assurant que les juges royaux tournèrent la loi en faveur du souverain dans cette circonstance, ce qui est impossible en pays arian (1).

Un grand seigneur coupable de conspiration contre Darius se voit-il condamner à mort avec tous les mâles de sa famille, et sa femme, ayant obtenu pourtant par ses supplications de sauver l'un des siens, choisît-elle son frère plutôt que son enfant : u Hérodote ne voit là qu'un jeu d'esprit, il eh est frappé comme devait l'être V imagination puérile d'un Grec. Mais l'Iranienne ne subtilisait pas : elle considérait que la maison dont elle était issue allait s'éteindre, et ce malheur, le plus grand qui puisse frapper cette existence collective représentée par une race noble, lui était si insupportable à envisager qu'elle lui préférait encore ie sacrifice de ses affections les plus naturelles et même la lignée de son mari, n C'est ainsi que, du haut de ses sentiments nobiliaires, Gobineau défend

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