CHAPITRE II SOS
ses lointains parents arians contre Tinintelligence vulgaire des Hellènes sémitisés. Enfin, Hérodote raconte-t-il la guerre scythique de Darius, là encore, il passe à côté de la vérité puisqu'il fait des Perses d^avides barbares, et des Scythes une race de philosophes contents de peu. Nous serons surabondamment édifiés tout à rheure sur le ridicule d'une pareille bévue.
Nous verrons aussi comment sont traités les témoignages de Thucydide et ceux de Xénophon, car la Retraite des dix mille sera Tobjet d'une diatribe particulière, tandis que la Cyropédie est jugée tout simplement comme un « ennuyeux roman n . C'est qu'en général on ne saurait se fier aux écrivains grecs lorsqu'ils apprécient les choses de la Perse. Leur parti est pris là-dessus. « Ils raconteront froidement que ces peuples condamnaient avant tout le mensonge, regardaient coinme déshonorés leurs débiteurs incorrigibles , croyaient devoir épargner leurs ennemis vaincus, n'accordaient à personne, pas même au souverain, le droit de mettre à mort qui que ce fût pour une seule faute, ni de traiter rudement les esclaves. Tout cela, si différent de leur manière d'agir, leur semble insignifiant : ils ne s'arrêtent pas à y réfléchir, et les Perses restent pour eux des Barbares (1). » Aussi de semblables témoignages ne méritent-ils pas moins de défiance que ceux de Tacite sur les Germains, comme pareillement émanés d'observateurs sémitisés qui se mêlent d'apprécier les notions arianes sans les comprendre. Enfin, nous ne dirons rien des documents romains sur les Parthes, car ils tiennent une place infime dans V Histoire des Perses.
Bien au contraire, les » auteurs orientaux » , dernière source indiquée par son titre, sont évidemment les favoris de Gobineau. Parmi ceux qui sont le plus généralement connus, le Vendidad, pour les origines iraniennes, et le Shah^Nameh ou Poème des Rois de Ferdousy, pour l'apogée de la puissance persane, lui servent fréquemment de guides. Mais les conseillers qui possèdent toutes ses complaisances, ce sont les u manus-
crits orientaux inédits » , fruits de ses recherches propres, contribution personnelle de son activité érudite aux renseignements jusque-là possédés par TOccident. A ce titre, la tradition orale, de toutes la plus inédite, est aussi la plus précieuse, et nous avons dit que le chevaleresque prince afghan Mir-Elem- Khan fournit à son ami un renseignement capital que nous retrouverons (out à Theure. Gobineau écrira aussi à Toccasion : u La première fois que cette anomalie me fut signalée (il s'agit d'une tradition favorable à la domination sémitique dans Tlran antéhistorique), ce fut par un cavalier nomade de la tribu des Kourdbatjehs, appelé Mohammed-Taghy. » Voilà du moins une source pittoresque, et ce document-là possédait sans doute des procédés de persuasion qui ne laissaient pas mettre ostensiblement en doute son autorité historique. Mais les monuments écrits fournissent, on le conçoit, des résultats plus étendus : ils entrent donc en ligne à leur tour, et Ton demeure stupéfait de voir quelle portée notre voyageur reconnaît à ces divagations musulmanes; il y admire beaucoup d'art, une réelle impartialité, car les flatteries obligées à l'égard du souverain actuel disparaissent après sa mort; et dans les Namehsj véritables chansons de geste, l'aspect seul est islamique, tandis que le fond demeure nettement iranien. Ce sont ces qualités qui lui font goûter par exemple un annaliste du treizième siècle de notre ère, <« l'humble AbdouUah-Mohammcd, fils de Hassan, fils d'Isfendyar, ^i dont les notes sur son temps pourraient en efiFet présenter quelque intérêt (1), mais dont les renseignements sur le lointain passé de sa race ont à peu près, à notre avis, la valeur qu'il faudrait attribuer à ceux de son contemporain Joinville, si, non content de nous peindre en traits exquis son souverain, le sénéchal de Champagne nous eût exposé les origines de la monarchie franque. Il est trop probable que Francion, fils d'Hector, tout au plus les douze pairs de Charlemagne, eussent fait les frais du récit; et Abou-Taher ne nous éclairera pas plus utilement sur la généalogie d'Alexandre, qu'il s'empresse de faire proche parent de Darius.