CHAPITRE II
laisser abaisser. » Âmusanle transcription en beau, en idéal, n'est-il pas vrai, d'un état social dans la réalité fort précaire et troublé, comme nous verrons Gobineau contraint d'en convenir lui-même vers la fin de son œuvre, en présence de Texa- {;ération féodale des Arsacides.
Bien plus, l'existence de la féodalité iranienne une fois proclamée, Gobineau lui applique avec une logique intrépide jusqu'aux institutions de détail du code chevaleresque de notre moyen âge. L'aurore de cette période brillante lui fournit déjà plus d'un point de comparaison; car, en présence des dispositions dernières de Gyrus, on pense » assister au testament de quelque roi mérovingien faisant la part d'un de ses fils (1) ». Un monarque perse, nous affirme-t-on plus loin, n'eût pas eu meilleure grâce à réclamer d'un de ses vassaux ce que ce dernier considérait comme son bien légitime, que Clovis à chicaner sur sa part de butin le possesseur du vase de Soissons (2) . Enfin, dans telle intervention politique d'un grand seigneur ^amide, on croirait voir u les Mérovingiens abâtardis ne soutenant plus l'empire et le héros de la maison d'Austrasie violentant à la fois les bras et le sceptre de ses suzerains (3) » .
Sur l'extraction des grandes maisons féodales de l'Orient, Gobineau montre des susceptibilités nobiliaires vraiment risibles. L'une des plus populaires dans la légende persane est celle des Gawides : or, ces seigneurs avouaient tirer leur origine de Gaweh, simple forgeron d'Ispahan, qui, ayant aidé Férydoun, le premier roi national, à secouer le joug sémitique de l'Assyrien Zohak, devint l'un des principaux feudataires de la monarchie restaurée par son bras. Le tablier de cuir de l'artisan avait été le drapeau du soulèvement patriotique des Iraniens de la Bonne Loi et demeura le symbole de l'indépendance reconquise. Cette origine roturière indigne d'abord le comte, qui la révoque nettement en doute (4). a Qu'un homme du bas peuple se soit trouvé à la tète d'une insurrcc-
su LE COMTE DE GOBINEAU
lion iranienne et s^y soit maintenu, que ce même homme ait réussi à s*élever au rang de puissant vassal de Férydoun et à devenir le chef et Tancétre de la maison la plus considérable de riran occidental... de pareilles fortunes sont communes dans TAsie moderne et dans les pays où les races sont très mélangées... Mais elles sont invraisemblables dans l'Iran de Férydoun^ oii un homme ne valait que par sa généalogie. » Gobineau convient pourtant ailleurs qu'on a toujours créé après coup de brillants aïeux à quiconque avait eu Taudace heureuse de révéler quelque valeur personnelle en dehors des races antiques. Et cette regrettable coutume le porte, après un moment de révolte, à enregistrer avec résignation Fhumble condition de Gaweh, « faute de moyens suffisants pour l'attaquer (1). » Ajoutons à sa décharge qu'il est revenu plus tard sur cette appréciation puérile, et qu'il a fait amende honorable au héros de l'Iran sous la forme la plus éclatante. Fut-ce les pages brillantes du premier acte de Siegfried et la noblesse évidente de l'art du forgeron dans la légende odinique qui réconcilièrent le wagnérien, l'hôte de Wahnfried, avec l'ancêtre des Gawides? Toujours est-il qu'il lui a donné place dans son poème d'Amadis, sur le Parnasse symbolique où sont divinisés les plus grands des héros arians (2). Aux côtés d'Indra, d'Apollon et de Thor, seul humain cité par son nom près de celte trinité céleste, on admirera
Kaweh, forgeron invincible!
Le métier plébéien se trouve ainsi mentionné dans la charte d'apothéose : la réparation est vraiment complète.
D'ailleurs, par une de ces inconséquences qui lui sont fami-
(1) Il eût pu citer à Tappui de son scepticisme cette curieuse légende du bas moyen àf\e recueillie par Dante lors de son séjour à Paris, et qui faisait d'Hu{;oes Cupet, fondateur de la dynastie régnante, le fils d*uu boucher de la capitale
fiança iec.
Fiçliuol fui d'un bçccajo di Parigi (PurgatoirCf ch. XX).
Cette tradition venait de la puissance de cette corporation, de son dévouemeni k la royauté et de l'union déjà dessinée de cette dernière avec le tiers contre b féodalité, hostile à son agrandissement.