‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 114 sur 230 · CHAPITRE II ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE II ai

lières, Gobineau nous affirme d*autre part que la noblesse Iranienne de la grande époque, celle de Gyrus et de Darius, s'était constituée seulement du temps de Férydoun, aussi bien que la maison gawide, mais qu'elle cherchait à se rattacher à Taristocratie plus antique de Tempire djemshydite, comme « la chevalerie française du douzième siècle aux leudes de Glovis (1) n . C'eût donc été pure mauvaise foi, véritable snobisme chez les autres seigneurs persans, s'ils avaient cru devoir dédaigner, à l'exemple de leur historien, les fils d'un homme qui fut une sorte de Jeanne d'Arc masculin dans son pays.

Malgré des mésaventures et des palinodies inévitables avec un tel parti pris, le comte persiste du reste à apercevoir au travers de lunettes tout européennes la hiérarchie féodale de riran. Au sommet sont les grands feudataires, souverains, rois ou shahs dans leur domaine, et possédant le droit de battre monnaie. Le monarque est seulement le premier d'entre eux, de même que Louis XIY sera contraint, malgré ses tendances absolutistes, de s'avouer le premier gentilhomme de son royaume; et c'est simplement ce fait qu'exprime à l'origine le titre officiel de padishah, maître des rois, ou shahinshah, roi des rois, dans lesquels notre ignorance démocratique persiste à voir des formules d'orgueil, alors qu'ils exprimeraient plutôt un rappel à l'humilité (2). Au-dessous de ces shahs viennent les ratous ou grands gentilshommes, parmi lesquels se recrutent souvent ces maîtres de la cavalerie, acpapaitis, qui deviennent généraux, satrapes, ministres. Puis ce sont les hommes libres, les Iraniens proprement dits, car tous les Iraniens sont nobles : imaginez les hommes d'armes du moyen âge, les a lances » qui marchaient au combat entourées de leurs tenanciers, ou encore, pour mieux dire, les chevaliers immédiats du Saint- Empire germanique, et leur héros Franz de Sickingcn. N'aperçoit-on pas nettement dans cette esquisse sociale la constitution que le duc de Saint-Simon prétendait restaurer en France (tout en sacrifiant trop pour sa part à la servilité du jour) et

qui eût mis l'État aux mains des seigneurs, dominant les gentilshommes, placés eux-mêmes au-dessus des simples nobles. Le duc de Bourgogne ne fut empêché que par la mort de satisfaire en quelque chose les ambitions archéologiques de son conseiller écouté.

Gobineau recourt encore maintes fois aux usages féodaux pour éclaircir à sa façon certains points des annales iraniennes. Par exemple, à ses yeux, la Perside, province d'importance médiocre, sous-fief de la Médie et fort sémitisée, n'a donné son nom à l'empire de Cyrus dans les documents grecs que pour avoir été le fief propre de la famille de ce prince avant son élévation. D'autre part, Cyrus n'y résida pourtant pas et fixa sa capitale à Suse ou à Ecbatane parce que o son père, encore vivant, avait le droit, de garder le fief de la maison (1) « . Plus tard, Darius ne débuta au contraire que comme gouverneur de la Perside pour les Grands Rois, a dont c'était le fief personnel (2). » Notre auleur aime surtout à faire parade de sa tt courtoisie n aux dépens des historiens helléniques et à les humilier par la démonstration de leur ignorance de manants en matière de droit féodal. Ainsi, Ctésias raconte (3) que Crésus, vaincu par Cyrus, fut humainement traité et reçut pour résidence la ville de Barène ou Yaréna : indication trop peu précise, qui laisserait supposer une petite souveraineté concédée au roi de Lydie à titre de consolation. Or il fut évidemment interné dans ce canton, sans aucun droit d'y commander, car le pays faisait partie des fiefis du seigneur de Ragha, et u en conséquence le roi ne pouvait en aucune façon en disposer n . Hérodote est encore plus maltraité pour ses commérages ridicules sur les débuts de Cyrus. a Je suis moins révolté de Thistoire du lièvre (i) que je ne le suis de voir Cyrus, du vivant de son père, se faire passer aux yeux des Perses pour leur gouverneur, institué par Astyage. Ni Astyagt

2) T. II, p. 8.

V Daos les entrailles duquel Harpa^ fit passer an message de réyolte à Cyni», t. I, p. 370.

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