CHAPITRE II
et consenti quelques concessions depuis VEssaî. Sur certains points de détail tout d'abord : ainsi il considérait jadis comme un caractère propre aux Khorréens, ces nègres dégradés que mentionne TÉcriture, le fait d*habiter dans des cavernes, dans les trous de la terre et des rochers, comme les animaux farouches. Mais il a cru reconnaître en Perse que les Arians pratiquaient ce mode d'habitation, et tout aussitôt il se souvient que les hommes du moyen âge germanique ont bâti u presque autant sous la terre qu'à la surface » ; il juge ces demeures souterraines « vastes, aérées, chaudes l'hiver et fraîches Tété » , et, entraîné par son ardeur, transformant sa précédente invective en acclamation enthousiaste, il ajoute fièrement : a Les Sémites n'ont jamais rien fait de semblable (1). » De même, le travail obscur des mines, jadis réservé aux seuls Finnois, est ici ennobli, comme ayant été autorisé par les sévères lois arianes dès la plus haute antiquité. Une correction plus importante est celle qui concerne les sacrifices humains. UEssai les considérait comme inconnus des Arians; tout au plus, quand on ne pouvait les nier, les devait-on regarder comme des exécutions judiciaires remises au ministère des prêtres : au pis aller, comme des emprunts malheureux faits à quelque race inférieure. Dès à présent (2), voilà ces abominations pourvues du droit de cité chez les anciens peuples arians u dans les stages {sic) les plus purs de leur existence (3) » . Bien mieux, cette dévotion redoutable a été reconnue « par l'universalité de la race comme étant la plus vénérable» , à ce point qu'on y voulait des victimes de choix, kchattryas, brahmanes, membres de la famille des Atri même, parce que cette maison était particulièrement sacrée.
Enfin, nous allons voir que la thèse des mélanges elle-même, j
cette forteresse du théoricien de VEssaî, a subi insensiblement j
quelques brèches et laissé passage à de traltesses restrictions. !
LES XÈGRBS DTW8
11 est temps en effet de considérer en présence des Iraniens leurs premiers adversaires, les nègres, qui couvraient alors, nous le savons, toute PAsie occidentale (1). Ce sont, dans les documents antiques, les dyws ou djinns, qui, plus tard seulement, devinrent par une déformation légendaire ces génies de Pair, ces « impurs démons des soirs » chantés dans les Orientaies de Victor Hugo. Au début, ils n'ont rien de surhumain et ne sont terrifiants que parce qu'ils ont le type nègre, a Tout homme étranger à la race ariane était à la vérité un monstre qui n'avait de notre espèce que la ressemblance. Encore se sentait-on disposé à la nier pour s'attacher de préférence, et avec tout C emportement de la haine, aux traits divergents. » Cette créature odieuse qu'est le dyw apparaît « dans une stature qui dépasse la mesure commune du corps humain : elle a les dents longues et saillantes; plus tard on a dit que ses oreilles étaient grandes et détachées de la tète : c'est pourquoi on lui a donné le titre d'Oreilles d'éléphants» . Avec de pareils traits, » le portrait du nègre est complet et la ressemblance absolue, n Quand on songe que Gobineau a prêté une grande autorité à cette source musulmane, le Koush-Nameh^ dont nous avons dit le sujet et qui peint précisément sous la forme hideuse du dyw le plus grand roi arian qui ait vécu, Gyrus, on ne saurait assez admirer la confusion d'idées que fit naître dans le cerveau du comte la recherche de l'aryanisme en Orient. Et voici qu'il nous peint en effet les Iraniens tellement frappés par la laideur de leurs antagonistes, par leur aspect différent de celui de la race blanche, par leurs vices^ par leur résistance emportée et obstinée à la conquête, par les dangers et les péri-
(i) Sous le nom de négriios, la science contemporaine leur laisse encore un rôle dans cette lointaine histoire. (Voir les travaux de M. Maspero.)