‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 119 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lignes que Gobineau met les Scythes bien au-dessus des Iraniens pour la pureté de leurs notions arianes, qu*il préfère encore leur religion à cette « Bonne Loi n du Yendidad dont il dit, d'ailleurs, tant de bien quand il la compare aux idées sémitiques. A ses yeux, les Touraniens sont à peu près aux Perses ce que les Normands rois de la mer du neuvième siècle seront aux Germains déjà mélangés de Tempire carlovingien. Et, lorsqu'il nous parlera de la plus grande maison féodale de riran, celle des Çamides, princes du Seystan, il nous la présentera comme d'origine scythique et s'en vantant (1), et le prouvant par sa résistance aux empiétements des prêtres du mazdéisme et aux prétentions des satrapes, ces créatures d'un parvenu tel que Darius.

En conséquence, notre auteur aura souvent recours à ce voisinage précieux. Pour régénérer le sang des rois ou des peuples iraniens, il tire à l'occasion du Touran quelque princesse (2) ou quelque tribu ariane, peu embarrassé, on le sait, dans ce genre de déduction et capable au besoin de changer le sexe d'un personnage pour le faire servir à ses desseins ethniques. Peut-être même les Ases auraient-ils exercé une action plus directe et plus considérable encore sur les destinées de l'Orient s'ils n'avaient rencontré devant eux ce grand homme, issu en partie de leur sang et dont nous venons de dire les nobles sentiments. Cyrus, par ses guerres sCythiques et la terreur de son nom, ferma pour jamais aux Touraniens le chemin du sud, et, pour ce fait, il faut voir en lui la plus grande figure du monde, « Dans les Hébrides, sous les chaumes de la plus lointaine Thulé et depuis qu'il existe une Amérique, tout ce qui a appartenu aux races européennes n'a pas manqué de répéter ce même nom d'un monarque asiatique

0) T. Il, p. 121.

(2) M. Fagaet a écrit de Phèdre {Débats^ 27 juillet 1902) : « Phèdre est, entre nou8, d*ane assez vilaine famille. Hippolyte est d*ane race très pure : il est fils d'une amazone. Il y a quelque chose dans Phèdre de l'amour d'une Méridionale, d*une... mettons d'une quarteronne pour un jeune Anglo-Saxon. • Gobineau eût signé volontiers ce spirituel couplet. On sait que Phèdre dit de la mère de ton beau-fils :

Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aimé.

232 LE COBITE DE GOBIMEaU

LES SEMITES

Déjà, daDS les pages purement descriptives qu'il a consacrées à la Perse contemporaine, nous avons signalé Tembarras du diplomate observateur en présence des mélanges trop évidents du sang chez des gens qui lui sont malgré tout sympathiques et qu*il voudrait trouver plus dignes en tous points de leurs ancêtres arians. Même dans une œuvre historique restreinte à l'antiquité, il était difficile de demeurer fidèle aux préférences de VEssai et de nier la part prépondérante de la collaboration sémitique dans Tefflorescence de ces civilisations grandioses de TAsie antérieure, éducatrices de TOccident moderne. Gobineau Ta tenté d'abord avec courage, puis il a paru se fatiguer de son effort, lâcher pied insensiblement, céder du terrain à l'adversaire blanc-noir pour arriver enfin à lui rendre les armes; quitte à les reprendre, d^ailleurs, avec une belle absence de mémoire, quand il en aura la fantaisie. Donnons-nous, comme jadis Bossuet, le spectacle de ces variations d'un protestant en matière ethnique, qui a le tort de s'abandonner beaucoup trop à l'inspiration individuelle et actuelle, négUgeant les avertissements de l'histoire et les routines souvent utiles de l'opinion.

Dès leurs premiers pas vers l'Ouest, aussitôt les dpvs soumis à leur empire, les guerriers de la Bonne Loi se trouvèrent en présence des masses sémitiques de la Mésopotamie. Et, devant cette antithèse vivante, Gobineau retrouve d'abord les sentiments exclusifs et les distinctions puériles de VEssai. Écoutonsle célébrer les nobles agriculteurs iraniens, fiers de remuer la terre, mais dédaignant les métiers qui font déroger. Jamais préoccupation semblable n'a existé dans les sociétés sémitiques^ semitisées ou romanisées, ni par suite dans les basses eUisses des sociétés modernes, qui ont constamment approuvé, considéré avec faveur et admiration les moyens d'augmenter la richesse et le bien-être de l'homme, sans distinguer aucunement la

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