CHAPITRE II
profanations. Ce qui était plus impie et plus e£Froyable encore, il a s^en prenait au feu de bien des manières » , ainsi qu^à l'eau : en un mot, il ne montrait aux éléments purs aucun respect. Enfin, grief particulier aux féodaux iraniens, ceux-ci se révoltaient devant les » hommes de rien » que l'omnipotence royale assyrienne plaçait sans cesse au-dessus d'eux. Les Sémites, de leur côté, considéraient leurs voisins et sujets de TEst comme des barbares pauvres, ignorants, à peine différents des Scythes, avec lesquels ils les confondaient dans un mépris égal, et tempéré seulement par une crainte salutaire devant les possibles retours offensifs de ces montagnards remuants.
C'est sous l'empire de ces rancunes, accrues de part et d'autre au cours des siècles, que se produisit la grande insurrection iranienne où s'illustra le forgeron Gaweh et qui fut suivie de la restauration du pouvoir des Grands Rois par Abtyn et Férydoun, les héros de l'épopée nationale. L'Iran ne devait plus dès lors être soumis par les armes sémitiques, tout au contraire, mais il allait l'être à nouveau par l'influence de ces voisins insinuants. En effet, à dater des victoires de Cyrus, qui étendent démesurément les frontières du royaume perse, les vaincus assyriens commencent à conquérir leurs vainqueurs, appuyés qu'ils sont par des nécessités sociales de plus en plus évidentes avec le temps (1). Car ces provinces sémitisées, arrachées à Crésus par le Grand Roi iranien, ne seront pas soumises par lui au régime féodal, qu'elles sont incapables de comprendre : il va les gouverner par des satrapes, simples représentants de sa personne, révocables d'un geste, véritables domestiques dont on nous a dit que, dans les monarchies orientales, ils étaient plus esclaves du caprice du mattre que le moindre artisan ou le plus humble commerçant, défendu par la coutume et la coalition des intérêts analogues au sien. La satrapie fut dès lors le régime de toute l'Asie antérieure, et les Grecs, qui n'ont guère aperçu que cet aspect de Tempire perse, se sont en conséquence
(1) Voir t. I, p. 278.
trompés radicalement sur ses origines, sa constitution fondamentale et sa véritable force, Torganisation administrative qu'ils voyaient de près n'ayant été d'abord qu'une infidélité nécessaire à la conception gouvernementale ariane. Il faut le reconnaître pourtant, les Grands Rois l'adoptèrent d'autant plus volontiers qu'ils en aperçurent bien vite les avantages : c'était la prépondérance désormais assurée à leur volonté visà-vis des grands feudataires; c'était Tabsolutisme remplaçant la monarchie limitée de l'institution féodale, et ces conquêtes dangereuses devaient avoir des conséquences vitales pour l'empire. Voilà qui est assez plausiblement déduit par un bon disciple de Boulainvilliers, mais, en chargeant le sémitisme de toute la responsabilité morale dans le développement du despotisme centralisateur, Gobineau oublie qu'il a découvert lui-même une autre origine à ce phénomène social, origine purement ariane, celle-là, et fondée seulement sur la nécessité toute militaire de la cohésion et de la discipline, au sein d'une race désireuse de conquêtes et d'agrandissements. Gomme on nous Ta prouvé dans VEssai pour les Germains, les Iraniens ont dû connaître dès leurs premières campagnes deux formes d'autorité : celle du magistrat ou roi élu, gouvernant avec les pouvoirs limités que lui accordent les chefs de famille ; mais aussi celle du général d'armée menant despotiquement ses bandes, au nom des exigences mêmes du salut commun, a De là, dit en propres termes l'historien des Perses, découleront plus tard les principes contendants de la liberté des hommes et du a despotisme des princes » . C'est par une évolution analogue que, chez les Barbares germains, le féod, né du rik, deviendra la mort de Todel et de ses libertés souveraines. Tout au plus estil donc permis d'accepter le sémitisme comme un auxiliaire du despotisme grandissant, grâce à la prédisposition supposée de ses représentants pour les acceptations serviles. Et ces deux principes, individualisme et centralisation, qui se combattront chez les Arians avec des fortunes diverses suivant les lieux et les temps, finiront par donner la victoire à l'absolutisme, car a ainsi le voudront les mélanges du sang et l'oblitération généalogique des races fortes » , dit Gobineau, mais aussi.