‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 123 sur 230 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

disposés à accorder sous ces conditions cette obéissance fournirent-ils des administrés dociles aux satrapes, parvenus sans dignité qui sont admis comme Haman aux plus intimes faveurs de la familiarité du maître, « mais pour se laisser attacher sans résistance à la potence qui les attend au dehors en sortant du banquet de la reine. » Il ne se peut rien de plus commode pour Tautocratie; de tels hommes «plaisent par leur néant même» (I). On songe en souriant, à la lecture de ces lignes, que Haman, devenu le favori de certains antisémites, tels que le docteur Duehring, pour son attitude décidée vis-à-vis des Israélites, est ici replacé par le regard averti de notre aryaniste au rang qu'il mérite dans les bas-fonds de la servilité sémitique. Gobineau a cru reconnaître au sein de la Perse contemporaine les successeurs des satrapes dans ces gouverneurs de province, périodiquement destitués et restitués après avoir rendu gorge ; il a noté qu'aujourd'hui encore cette vie d'incertitude, de hasards, d'intrigues dénoncées et brusquement tranchées, de succès extraordinaires et de chutes subites convient à la mobilité de l'esprit asiatique et forme m Félément où ces imaginations travailleuses aiment à vivre n . Par là en effet, il n'est pas d'ambition interdite à qui que ce soit; le plus mince des vagabonds peut prétendre à tout s'il a le courage de tout tenter, s'il a confiance en son étoile.

La réforme religieuse de Zoroastre (2) vint hâter la fusion des deux races, jadis antagonistes ; tout au moins dans le centre de l'empire, l'Orient demeurant toujours le réservoir de l'énergie scythique, et le sanctuaire des vieux cultes. Car Gobineau voit avec raison dans la doctrine de l'Avesta une tentative de conciliation entre les idées iraniennes et babyloniennes. Ainsi, le prophète refit, pour commencer, l'ancienne théorie géographique, devenue trop étroite ; autrefois tout ce qui était en dehors des contrées primitivement iraniennes demeurait voué aux influences du mauvais esprit, et cette interprétation violente ne convenait évidemment plus dans l'em-

(1) T. II, p. 40.

(S) Ce nom, dit Gobineaa, tignifie aitre d*or et n'eit qu*un titre d'honneur, on pour mieoz dire • une c«reite dévote ■ . (T. II, p. 52.)

SiS LE COMTE DE GOBINEAU

pire agrandi. Le dualisme apparut en revanche dans la métaphysique par ropposition tranchée entre le principe du bien et celui du mal, car, jusque-là, la nature, essentiellement bonne, était tourmentée par accident seulement d*înfluences malfaisantes qui ne méritaient pas une personnification. On en vint de plus à accepter les images des dieux, a excès abhorrant à Tancienne notion religieuse ; » puis le ministère des prêtres ou mages, intrusion évidente dans les droits de chef de famille. On songea aux rémunérations et aux châtiments éternels, tandis qu'auparavant le fait seul de cesser d'être Iranien, c'est-àdire d'avoir commis tel manquement que cette qualité fût en quelque sorte efiacée, livrait le coupable au destin qui attendait sûrement les créatures étrangères à la Bonne Création, « dans lesquelles les vertus ne se supposaient même pas. y* Toutes ces innovations égalitaires, poursuit Gobineau, l'ensemble de cette tentative conciliatrice ne cessa d'ailleurs de répugner aux principes exclusifs de la race ariane, qui fait tout reposer sur le droit de la naissance, tandis que le prosélytisme est un des caractères du sémitisme. L'on vit les grands feudataires du Seystan, les Çamides, descendants du Roland iranien Roustem, après avoir été un instant contraints par Darius à une conversion apparente, reprendre bientôt les armes en Éaveur de la religion du passé (1). Ces protestations demeurèrent isolées toutefois, aussi bien que les survivants de la race pure, et la doctrine zoroastrienne servit fort bien en général les intentions gouvernementales des Achéménides, par l'unification morale qu'elle assura.

A l'imitation de ces politiques, leur historien lui-même semble dès lors effacer de son mieux les traits dont il s'était efforcé jusqu'ici de souligner le contraste. Cette attitude devient en effet indispensable à ce peintre prévenu pour se donner et pour nous procurer Fillusion qu'il a devant les yeux un modèle encore quelque peu arian ; il importe de nier dorénavant un sémitisme par trop débordant dans les faiits. Voyez ce que les sculptures de Persépolis, interprétées sans précaution, nous

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