‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 124 sur 230 · CHAPITRE II 3iS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II 3iS

apprendraient sur les rois et généraux achéménides issus de sang noble quoique mélangé. Les physionomies présentent « un type très sémitisé^ dune grande beauté^ il est vrai, mais d*une beauté qui a surtout conservé de Textraction septentrionale la vigueur des membres et emprunté aux hymens méridionaux la chevelure abondante et bouclée, les yeux allongés, le nez très aquilin et la lèvre épaisse et sensuelle (1) » . Ainsi, tout ce qu'on peut noter encore d'arian chez ces malencontreux personnages, c'est la vigueur des membres; trait bien faiblement caractéristique, si Ton songe que les dyws noirs, ancêtres des métis blancs de ces régions, nous furent présentés jadis comme des créatures gigantesques, terrifiantes par leur force et leur vigueur bestiale. Et Ton ne voit pas sans surprise Gobineau frappé et véritablement émerveillé en retrouvant chez les nobles cavaliers bakhtyarys du sud de la Perse les traits des héros de pierre de Béfaistoun. Voilà un émerveillement bien peu arian dans ses causes ; nous avons dit TindifFérence du comte pour les caractères anthropologiques de la race, mais c'est vraiment dépasser la mesure que de s'enthousiasmer à l'improviste pour l'apparence physique de gens qu'on a si souvent injuriés. Nous allons constater que cette émotion agréable n'est pas éveillée par le seul aspect corporel de Sémites baptisés Arians.

Déjà, lors des premières campagnes de Gyrus contre Babylone, nous avions appris à connaître 1' «admirable agriculture» de la Mésopotamie, la puissance des fortifications et la splendeur des monuments de la capitale assyrienne; l'avilissement moral de ses habitants sans doute, mais aussi l'éclat de leur science et de leurs arts; leur panthéisme o non pas grossier, mais transcendant, leur philosophie, source de toute la sagesse occidentale ». Il faut les évoquer peut-être avec l'appareil entier de leurs petits intérêts, de leurs petites suffisances, de leurs petits vices, mais après tout, c^est le a bagage ordinaire •des gens très cultivés » .

Tout à l'heure, la majorité sémitique introduite dans l'Em-

(i) T. II, p. 1.

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pire par les progrès de la conquête menacera d*englouUr dans ses masses profondes les représentants de la civilisation iranienne. Et, au lieu des accents d'indignation que nous attendons, c'est un hymne de dévotion (1) qui retentit. Contemplons la race araméenne, si forte en matière de civilisation^ si supérieure à ses conquérants, la famille sémitique toute-puissante par son rare développement intellectuel^ représentant la seule création artistique qui fût alors au monde, ayant acquis une telle influence sur les guerriers féodaux de TEst que non seulement elle bâtissait et ordonnait leurs demeures, mais encore leur prescrivait leur costume et façonnait le luxe de leurs armes. Enfin nous trouverons Tachèvement inattendu et frappant de cette inconsciente conversion sémitique quand nous en viendrons au récit des aventures d'Alexandre.

Ainsi, jamais Gobineau ne s'est plus désespérément débattu entre ses deux tendances maîtresses, d'une part son individualisme exclusif qui en fait un utopiste à la Rousseau, prêt à condamner la civilisation pour les sacrifices qu'elle impose à la dignité humaine, pour ses maux et ses excès inévitables; d'autre part ses goûts artistiques si développés, qui l'inclinent malgré lui devant les triomphes de la pensée et de l'imagination créatrice. Où tracer avec sécurité la ligne de démarcation entre la « culture ** permise à Thumanité noble et la a civilisation s corruptrice qui lui demeure interdite? Nous verrons plus d'une fois encore ces frontières artificielles fléchir et varier capricieusement dans l'œuvre d'un esprit sincère, tout entier livré à l'impulsion du moment.

Vers la fin de VHisioire des Perses, en effet, Gobineau retrouve avec satisfaction le cliché sémitique pour expliquer la chute définitive de l'Iran : on pourrait lui faire observer là, comme en présence de la conclusion pessimiste de V Essai, que la couche sombre qu'il étendit tout d'abord à plaisir sur le monde méridional fut trop épaisse, qu'elle transparaîtra jusqu'à la fin des siècles sous les glacis blancs incapables de la dissimuler plus d'un moment : après cette préparation impru-

,i) r II. p, 48.

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