CHAPITRE II
dente vers le Sud, rhumanité blanche qu'il nous y peint ressemble à ces vieilles toiles de maîtres qui poussent au noir malgré les soins pieux de leur possesseur, parce que Tartiste abusa, pour faciliter ses eGFets, des bitumes aux renaissances traf tresses. Ce sont les Sassanides qui reçoivent Tinvestiture de cet Iran décidément dégradé, où Vinfluence sémitique^ celle des races secondaires {^.)^ devint à jamais prépondérante (1) : et Fauteur s'arrête au moment où la proche parenté cesse enfin d'exister à ses yeux entre les Européens et les dominateurs de la Perse. Il fut longtemps pour ces derniers un cousin complaisant, peu sévère à leurs mésalliances flagrantes, à leurs splendeurs de douteux aloi, et il ne les renie officiellement qu'à l'heure où ils cessent de jeter dans le monde quelque éclat susceptible de flatter sa vanité familiale.
Pour compléter cette esquisse instructive des rapports entre primitifs et civilisés, entre Iraniens et Sémites, il nous reste à dire quelques mots des Juifs, qui, rarement touchés par Gobineau, tiennent cependant une petite place dans V Histoire des Perses. Et les quelques traits qui se rapportent à leur caractère méritent d'être relevés, car ils sont révélateurs de l'attitude future des aryanistes les plus éclairés en cette matière, où Gobineau ne s'est pas montré moins précurseur qu'en tant d'autres sujets. Il apparaît un sentiment très juste et très pénétrant de la vérité historique dans cette remarque que les idées des premiers Hébreux u paraissent avoir eu beaucoup plus d'analogies avec celles des Arians qu'avec celles des autres Sémites (2) n . Leur religion initiale, non moins que celle de la famille noble, est un pur naturalisme, un peu plus philosophique seulement, a plus tourmenté, plus inquiet, plus compliqué, plus sombre, allant aux profondeurs et ne se contentant pas des surfaces, moins sympathique, moins affectueux, moins confiant, moins pittoresque. » Et, dans la partialité qu'il conserve malgré tout pour les adeptes de la Bonne Loi, Gobineau se laisse aller à écrire (3) : a Le Dieu de la Bible est assu-
(1) T. II, p. 637.
(2) T. II, p. lîl.
rément bien g^rand, mais son peuple, en comparaison des gensque Ton voit ici écoutant de pareilles leçons, est bien humble, et je ne sais quel ressentiment d honneur s^aperçoit dans cespassages du Vendidad qui n^ont rien de commun sans doute avec les combinaisons cauteleuses, les calculs étroits et ëgoïsteSy. les mensonges, les perfidies et les bassesses rampants sous la tente des patriarches. » Étroitesse et égoïsme, voilà pourtant des défauts dont ne nous parurent pas fort éloignés ces Arians^ pour qui tout être étranger à leur race était un monstre tt n'ayant de notre espèce que la ressemblance, qu^encore se sentait-on disposé à nier, pour s'attacher avec tout remportement de la haine aux traits divergents » . La sévérité de Gobineau s'accroît au cours des siècles vis-à-vis de Tenfant d'Israël, dont il pressent révolution ethnique vers le Juif, mûri dans la captivité; évolution que nous verrons minutieusement étudiée par certains de ses successeurs. Quand Gyrus permit aux exilés de revoir Jérusalem, les plus pauvres, sous la conduite des plus exaltés, retournèrent seuls vers le pays des ancêtres. Les meilleurs restèrent à Babylone ; les Israélites riches ne bougèrent pas de leurs belles maisons de Suze, car, pour beaucoup d'entre eux sans doute, une somme raisonnable d'indifférence pratique se mêlait à une grande effervescence cérébrale quand il s'agissait de religion : et c'est là u un état d'esprit très ordinaire chez les Sémites » ! Puis, racontant la reconstruction du temple par Esra et Néhémie sur un ton plus léger et plus ironique que celui d'un Renan, qui fait du moins profession de respecter ce qu'il critique, Gobineau se montre fort opposé à cette première tentative de sionisme dont les conséquences morales furent si grandes pour le monde. Qu'une nation agissant dans la plénitude de sa vie, dit-il, se choisisse un territoire et s'y établisse par la force des armes ou le droit du premier occupant, ce génie d'une race qui parle et qui opère, cette existence collective qui se réalise mérite la plus profonde attention et la plus entière sympathie. Mais qu'un a groupe de théoriciens, s'inspirant non de ce qui est, mais de ce qui a été, s'armant non de forces vives, mais de théorèmes, prétende au moyen de la faveur des rois ou de celles des peuples établir un