‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 126 sur 230 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

corps politique, fonder un État, rien n est plus méprisable » : il ne peut sortir d'un tel effort qu'un monstre comparable à ceux que les sorciers du moyen âge tiraient du fond de leurs alambics. Et on ne lira pas sans stupeur sous la plume d'un catholique avoué les lignes suivantes : a Si la seconde Jérusalem n'avait pas existé, il n'y aurait rien eu de moins dans le monde, sinon une de ces excroissances maladives dont il parait pourtant que la nullité pratique a son genre d'utilité par cela seul qu*elle est (1). u Bien mieux, uTamas de pédants, de prêtres hypocrites et ignorants et la longue queue de mendiants qui les entouraient ne fût pas venue se donner pour centre au monde futur. » Cela est profondément arian, mais peu chrétien, il faut l'avouer ; et pourtant le même homme écrira à quelques pages de distance : n S'il m'est permis de comparer un pareil dogme (celui du dualisme des Parsis), qui ne me touche en rien, avec un autre dogme auquel je porte toute vénération, l'Immaculée Conception...» Ces contrastes étonnent notre logique? Pourquoi tant de respect vis-à-vis des enseignements actuels de l'Église, et tant d'animosité pour les origines chrétiennes? Sans doute un croyant n'est pas obligé d'admettre que la venue du fils de Dieu fût en rien liée aux circonstances qui entourèrent la vie terrestre de Jésus; mais, tout de même, il y a quelque singularité à juger si sévèrement le milieu d'où jaillit la lumière évangélique : et le a catholique extrême » d'Ëwald apparaît en ce lieu sous un jour remarquablement hétérodoxe. C'est ici d'ailleurs l'apogée de son antijudaïsme, et il ne reviendra plus dès lors sur une opposition qui fait tout l'arya» nisme de certains de ses successeurs.

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Il faut maintenant le suivre auprès de certains personnages,, qui lui sont plus antipathiques encore que les fils d'Israël :

(1) T. II, p. Î65.

nous voulons dire les enfants dégénérés de Deucalion; et là du moins il a le privilège de Toriginalité entière et de Tisole ment parfait. Car nous ne croyons pas qu'on puisse trouver ailleurs (sauf chez Duehring peut-être) des accents qui présentent une analogie même lointaine avec ceux que nous allons noter sur sa lyre ariane, les germanistes s'étant d'ordinaire rattachés de leur mieux à Thellénisme, bien loin de le répudier.

Une seule période des annales grecques ne saurait provoquer ses brocards : ce sont les siècles antéhistoriques qu'il a déclarés purement arians dans ÏEssai et persiste à voir tels dans V Histoire des Perses. Mais il a trouvé un ingénieux procédé pour en ravir du moins la gloire à la péninsule hellénique. C'est en effet avant l'émigration des Arians Hellènes, c'est dans la « très lointaine » Asie qu'il faut placer toute la légende grecque; on doit renvoyer bien loin dans l'Est et les dynasties, et les champions, et même les montagnes, les fleuves, les villes qui figurent dans les récits des temps Cabuleux (1). Notre homme cherche à le prouver, principalement par l'interprétation du voyage d'Io dans le Prométhée d'Eschyle, qui lui a déjà rendu quelques services pour établir l'aryanisme des Scythes ; et Ton sait son adresse à manier les mythes brumeux des origines.

Ceci fait, entre l'époque héroïque et les âges historiques, il constate une m immense lacune n que des généalogies visiblement fausses ne sauraient combler et qui fut en réalité remplie par les mélanges et la dégénérescence. Les Hellènes méditerranéens tiennent donc à ces anciennes races pures dont ils ont conservé la mémoire obscure, mais à titre de collatéraux tout au plus; il ne faut ni surfaire leur sang, ni se tromper sur leur mérite : des Celtes mâtinés de Finnois, c'est ainsi (|u'il convient de se figurer le peuple d'Orchomène et du Copaïs.

Considérons Lacédémone, par exemple, en qui certains ' aryanistes plus récents que Gobineau aiment à voir la cité

,1;T. I, p. 518, cit. II, p. Î3».

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