‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 127 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aryenne par excellence : leur précurseur n'en pense guère que du mal. De Torganisation féodale, ce trait essentiel de la famille ariane, les Spartiates ne a se sont jamais doutés (1) n . Lorsqu'on expliqua à Cyrus la constitution de ce peuple, il n'en conçut pas une haute estime, et se retournant du côté des députés, il leur dit : « Je n'ai jamais eu grand souci de cette sorte de gens qui ont au milieu de leur ville une place publique où îk se réunissent afin de se mentir et de se parjurer (2). » En efiFet, bien qu'à Sparte on se fût piqué de garder le plus longtemps possible le sang dorien à l'abri des pollutions. du sang indigène, les sémitisés n'avaient pas tardé à dominer. Nous nous en apercevons assez à écouter le jugement de notre auteur sur les grands hommes des rives du Taygète. Lysandre seul trouve ^râce devant ses yeux; il faut noter avec soin cette distinction unique dans toute l'histoire grecque, et singulièrement flatteuse en conséquence pour celui qui en est Tobjet (3). L'amiral héraclide était pauvre, et, a par une exception presque inouïe chez les siens, » son désintéressement était complet : excellent officier au surplus, car Cyrus le Jeune lui confia une sorte de régence lors de son absence de Sardes, a C'était une situation matérielle irrésistible, et moralement si grande qu'aucun Orec n'avait jamais rien rêvé de pareil. » Ne croirait-on pas lire une phrase des Mémoires de Saint-Simon sur une soudaine fortune de cour échue à quelque petit gentilhomme étranger et justifiée peut-être par les services rendus, mais malgré tout presque choquante par sa grandeur inusitée. C'est évidemment ce témoignage décisif de la part du Grand Roi qui vaut à Lysandre l'estime de l'ennemi de sa race ; et peut-être aussi cette particularité que les armes du chef lacédémonien abatti* rent pour toujours la puissance d'Athènes, ce qui, nous allons

(3) Encore, par une sorte de dilettantiime de la contradiction, Lyiandre iigurera-t-il dant 1 avant-propoi de la 2* édition de VEssai (1882) en compagnie de Gaton, comme un duo • d*aftiez méchantei geni • , incarnant le « bandit «partiate ■ à côté de « Tusurier romain ■ . Véritablement, un antre nom aurait pu Tenir ici tous la plume de Gobineau afin de ménager un peu le leni logique <le tes lecteurt .

2ô0 L£ COMTE DE GOBINEAU

le voir, doit être véritablement considéré comme une œuvre pie. Examinons d'abord de quelle manière sont traités ceux des compatriotes de Lysandre qui ne peuvent fournir de semblables références. Pausanias, Héraclide pourtant lui aussi, mais u toujours acheté ce qu*on veut le payer, ressemble aussi peu que possible à un honnête homme et encore moins à un héros » ; et le vainqueur de Platée, devenu traître à sa patrie, prendra le costume perse et imitera la vie fastueuse des chefs asiatiques, autant que a pouvait le faire un soudard de son espèce ». Ne parlons p;i5 d'Agésilas; ce o vieux pillard * est devenu un grand homme à bon compte par Tunique puissance des phrases bien cadencées de Xénophon : en sorte que, transportant à sa valeur morale Tépigramme tournée par Boileau sur la valeur littéraire de la tragédie de Corneille, nous pourrions soupirer au sens propre du mot :

Après r «• Agësilas » , Hcflas!

Si Lacédémone rencontre peu d'indulgence chez Gobineau,. Athènes est bien autrement maltraitée par lui. Car, au total, la rudesse soldatesque des Spartiates, leurs a grandes prétentions nobiliaires » , leur gravité, leur silence, laissaient des illusions plus avantageuses sur leur caractère que la hâblerie, les e£Fusions démocratiques et l'étalage de cynisme ordinaire aux protégés de Minerve. Aussi Gyrus méprisait-il tout parti* culièrement ces derniers. Au temps d'Hérodote leur cité n'était qu'un village, habité par des gens dont la a crédulité rustique > étonne l'homme d'Halicarnasse lui-même : une misérable bourgade, réunion imparfaite d'habitations éparses au milieu des plantations d'oliviers. 11 est vrai que, plus tard, à l'aide de mensonges et d'interpolations qui ne respectaient pas plus le texte d'Homère que les oreilles de toutes les classes d'auditeurs, Athènes tenta de se créer une légende à laquelle sa population ancienne, faite de laboureurs grossiers et de dé«» sœuvrés sans conscience, n'avait jamais prétendu. Mais a un mensonge monstrueux, rehaussé d'autres mensonges » tels que ceux qui forment la trame de l'histoire attique, ne saurait

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