‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 128 sur 230 · CHAPITRE II t5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE II t5l

tromper le regard avisé d'un aryaniste. Et si, comme nous le fîmes pour Sparte, nous voulons juger la cité de Minerve par le caractère de ses grands hommes, nous apprendrons que Miltiade fut une n espèce de condottiere j transfuge du service perse » ; Thëmistocle, un renégat encore plus avéré qui entretenait des intelligences avec les envahisseurs de sa patrie et finit par se donner à eux. On sait même qu'après une odyssée lamentable de proscrit rejeté partons ses hôtes grecs, Thomme de Salamine en vint à se réfugier dans les États du Grand Roi. Une fois sur le sol persan, a se trouvant en pays civilisé, » il vécut paisiblement et se fit bientôt asiatique et courtisan de la tète aux pieds. Il se maria même avant de mourir en exil;, mais ce fut avec quelque métisse syrienne sans aucun doute, car un Iranien de sang noble n aurait jamais donné sa fille à un pareil aventurier (1).

Cette admirable réflexion montre assez les sentiments de Gobineau sur la grandp'^r respective de la Perse et de la Grèce ; c'est Tantithèse des impressions que nos études classiques ont laissées dans notre mémoire. Pour lui, la Grèce est tout au plu» vis-à-vis de Suse une province médiocre et imitatrice, une lune argentée, tirant son pâle éclat des rayons du soleil persan : quelque chose comme Jérusalem comparée à Babylone. Lisons ce rapprochement si instructif entre les troubles suscités aux deux extrémités de Tempire de Darius, d'un côté par lea grands vassaux à demi soythiques de TEst, de l'autre par les démocrates sémitisés de l'Ouest. Les premiers avaient contre les ^chéménides des griefs respectables et très définis. Les principes auxquels ils se référaient, les lois dont ils déploraient l'abrogation tacite ou déclarée, n'étaient pas le produit d'une convention fortuite : c'était le chef-d'œuvre de l'esprit national élaboré par le temps. Comme pour la constitution anglaise^ il ne s'agissait pas de savoir si les droits et les devoirs étaient inscrits quelque part; tout le monde les connaissait, tout le monde s'y rattachait (2). Peut-être les mécontents féodaux ne

(1) T. II, p. 250.

(2} Siy d'une part, lei préCérences du comte pour l*individua)iiine absolu de l'odel nous faisaient songer à Rousseau dans VEssaif d'autre part bojx goût^

tenaient-ils pas un compte suffisant des nécessités de Fépoque, des convenances de tant de nations étrangères à leur sang et forcées de vivre dans Tenceinte commune. Ils avaient tort, nous le voulons, mais du moins n'étaient-ils ni des séditieux, ni des faiseurs d'utopies. Un long passé leur affirmait que la pratique de leurs idées y ayant eu lieu pendant les siècles^ était réalisable, et, a tandis que le point de départ de toutes les théories iraniennes était de ne pas mentir, de ne pas voler, de travailler la terre, de respecter les femmes et de se respecter soi-même, celui des doctrines ioniennes (grecques) était de prendre ce qu'on pouvait prendre, de chercher uniquement le profit et par n'importe quelle voie. Jl est donc évident que les uns étaient d honnêtes gens qui pouvaient avoir tort, tandis que les autres étaient des aventuriers bien dignes du sort qui les a poursuivis. ■ Cette analyse est le chef-d'œuvre de l'aveuglement volontaire et du parti pris enfantin ; et il en faut dire autant des longs développements auquel se complaît Gobineau sur la « douceur systématique » (1) des Perses, leur indulgence infatigable, leur régime gouvernemental le plus sage et le plus éclairé qu'ait connu l'antiquité. Cyrus le Jeune incame un instant aux yeux de notre enthousiaste le noble Iranien, antithèse du vil Hellène. C'était pourtant un Arsacide assez sémitisé vraisemblablement que ce frère d'Artaxerxès Memnon et ce fils de Darius ; son portrait physique rappellerait sans doute les sculptures murales de Béhistoun. ^'importe, Cyrus fut

plus lensible dans V Histoire des Perses pour les loii coutiimièret immaables de Ja féodalité, ce lien social si paissant par ses restrictioas mêmes que nut n avait quotité pour changer, qui exclut la « liberté de conscience ■ à son égard ei, par suite, Tanarchie intellectuelle des démocraties sémitisées, ce goût rapproclie Gobineau d'Auguste Comte, avec qui il partage l'estime du moyen âge biérarcbisé et la méfiance de la Renaissance, comme de ses conséquences révolutionnaires. Et, en effet, la constitution anglaise, qui sert de prototype à la •constitution ariane supposée dans le passé, demeore forte par la conciliation de l'individualisme avec la discipline sociale, acceptée une fois pour tontes sur certains points bien définis. Notre penseur^ qui sent davantage la nécessité des notions soôales quand il lui fsut expliquer les grandes civilisations de TOrient, avec les traits qui le cbarment malgré tout dans leur aspect, arrête da moins ses préférences à celles de ces notions qui offrent an point d'appai stable et •des cbances de durée à one organisation politique. (1) T. II, p. 14%.

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