‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 129 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ayant tout un homme qui avait de Thonneur, ce qui ne se trouvait alors dans le monde entier que chez les Scythes et chez les Perses. Ce trait seul le rend admirable, et non pas d'avoir été sobre et de passions contenues comme les Spartiates et Xénophon Fen ont tant loué; car nombre de soi-disant héros grecs « ont eu ces qualités et n'en ont pas mieux valu pour cela » .

A l'exemple de ce preux, tous les Iraniens nobles n'éprouvaient que mépris pour « le flux de paroles et la parcimonie d'actions raisonnables dont les Grecs s'accommodaient » . Et Gobineau, frère par le cœur de ces gentilshommes, n'entend pas demeurer en arrière; il ne se lasse pas d'accumuler les injures sur les tètes odieuses des Hellènes, stigmatisant tour à tour et leur soif inextinguible d'intrigues, et la « niaiserie » dont leur imagination est si souvent entachée (1), et leur soigneuse recherche de toutes les occasions propres à faire des phrases. En général, le moindre Grec était désireux d'aller à Suse, dans l'espoir d'y tromper quelqu'un, de prendre de l'argent et, au retour, de se faire passer dans les bavardages de l'agora pour un ami personnel et intime des Grands Rois (2).

Les guerres helléno-perses sont cependant propres à causer quelque embarras au fanatique de l'Iran, penseront volontiers parmi nous ceux qui ont gardé quelques souvenirs de leurs humanités. C'est bien mal connaître les ressources de son imagination complaisante ! Les campagnes les plus célèbres des Grecs ne sont à l'en croire que des excursions de maraude, dont les Grands Rois laissaient le soin aux satrapes de la frontière. « Rien de plus semblable aux expéditions actuelles des Gourkhas et des Népalais sur les limites nord de l'Inde britannique ; aux attaques de telles bandes d'Arabes insoumis sur des tribus algériennes du Sahara français. Sans doute, vers les régions de l'Himalaya et dans quelques douars africains, on parle de pareils exploits avec exaltation^ mais Londres et Paris les ignorent (3). » Voilà le cas qu'il convient de faire des récits d'Eschyle ou de Xénophon, et les plus illustres parmi

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(3)T. lï,

tes prëiendues victoires helléniques ne troublent pas un instant Tami des Perses dans sa sérénité. Marathon fut « une échauf^ fourée et rien de plus » . Tout ce qu'on peut affirmer de mieux en faveur des Grecs, c'est qu'il n'y eut ni vainqueurs ni vaincus. Aux Thermopyles, le passage fut, après tout, forcé par les envahisseurs. Salamine est plus embarrassant par cette raison que Thémistocle resta ferme pour une fois dans sa fidélité à la <;ause nationale, parce qu'il avait reçu trente talents des Eubéens, à la condition de leur donner le temps de se mettre en sûreté; on sait quel fut le résultat de dispositions exceptionnelles chez ce traître. Mais, aux yeux de Xerxès, cette affaire ne put raisonnablement passer pour un échec : s'il recula, c'est qu'il se dégoûtait précisément à la même heure d'une guerre ^ans intérêt. Après le départ de sa flotte seulement, les Athéniens prirent d'eux-mêmes l'opinion que la poésie a si heureusement mise en œuvre : ils se hasardèrent timidement à sortir <le leur abri, et c'est ce qu'ils appelèrent plus tard avoir poursuivi les Perses. Enfin, Platée est une de ces affaires qui ne 'font honneur à personne : la victoire des Grecs doit être attribuée à des causes tout accidentelles, et quant à la gloire, « la forfanterie hellénique en décida plus tard (1). »

Tout cela est bien amusant; mais le triomphe de Gobineau dans le genre dénigrant, c'est son interprétation de la Retraite des dix mille. Il commence par récuser le témoignage récent de Grote en faveur des compagnons de Xénophon, car « la partialité pédantesque pour le grec et le latin a toujours enlevé aux plus grands esprits jusqu'à la possibilité du discernement» . Puis il taille sa meilleure plume, et voici le spectacle auquel nous assistons. Les Dix Mille sont des « routiers pillards » qui ne se battent qu'à la dernière extrémité; une tourbe qui passe le temps à se tromper, à se trahir, à se quereller, ne

(1) On peut comparer ces appréciations à celles de M. Paul Boui^get, Csmilier de Gobineau pourtant, et fi averti des données de la sociologie contemporaine, si finement préoccupé des nuances de races. Il célèbre à l'occasion {Idylle tragique) « la Grèce primitive et héroïque, celle <jui arrêta l'invasion <le TAsie par la seule vertu de Télite, de la race supérieure mise en présence -des races inférieures et de leurs hordes innombrables • .

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