‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 131 sur 230 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

quatre-vingts. « Les témoignages officiels pas plus que les récits particuliers ne sont parvenus à donner sur ce sujet, en apparence si facile, un résultat positif.» C'est le ton d'About dans le Roi des montagnes. Enfin, en soulageant sa bile échauffée par la reconstruction du temple de Jérusalem, il écrit sans sourciller : « Ainsi, nous avons imaginé les républiques du Sud de l'Amérique et la renaissance du peuple hellène; nous avons voulu faire sortir une Hellade de fantaisie du détritus des Paléologues! (I) » Que nous voilà loin de la sage étude de la Revue des Deux Mondes sur Gapodistrias, dont Fauteur souhaitait Tentrée d'un citoyen de la Hellade, a chef d'autres citoyens, dans Gonstantinople régénérée! •

Pour comble d'animosité, Gobineau revient encore sur la question de l'art grec, qui semblait tranchée dans VEssai en feveur d'Athènes, et il se montre cette fois beaucoup moins indulgent (2). Lorsque, dit-il, après les guerres médiques, le sang se mêla de plus en plus y à Athènes principalement, un fait se produisit qui a fait illusion au monde : des artistes excellents apparurent. Cet âge d'or ne régna pas longtemps : 1/ ne fut pas non plus très fécond. Incontestablement, il a atteignit au suprême degré de la perfection dans ce qu'il sut faire » ; mais Tart égyptien est plus profond et plus fort, l'art assyrien plus majestueux, l'art du moyen âge et celui de la renaissance donne une conception plus haute du génie humain. Et personne n'hésitera à placer Dante, Michel-Ange^ Shakespeare et Gœthe sur des trônes dont Phidias et Pindare ne touchent pas le marchepied. Voilà une prière sur l'Acropole qui est assez germaniste (3), n'est-il pas vrai, et ne rappelle guère le ton de Renan. Les historiens, les philosophes classiques, excepte Aristote, né dans une ville barbare, ont été des artistes, et seulement des artistes. Tout ce que Platon enseigna de sérieux eut son prototype dans tAsie occidentale (4). Et laissant parler

(1) T. II, p. Î65.

(î) T. II, p. Î39.

(3) Noat verront qu'aux yeux des aryanistea etthétîciens, Dante et Michel- Ange sont incontettablement dei Germains.

(4) T. Il, p. 143.

en ezclamaiîons alternées tantôt la passion trop écoutée de son cœur, tantôt la protestation désespérée de son bon sens et de sa raison, notre fougueux jouteur poursuit. «Encore une fois cette gloire ne vécut pas longtemps, mais elle fut... Impossible d'imaginer une nation plus vile... mais encore une fois, elle a eu un siècle de génie... Il eût dû suffire de Tadmirer comme on admire un grand acteur (I)... n

Ce qu'il y a de stupéfiant dans une pareille diatribe, c'est qu^elle vit le jour de la publicité après que d'autres écrits avaient déjà indiqué la réconciliation de l'aryaniste adouci par l'àgc avec la beauté grecque, qui fut la consolation de sa vieillesse. De son séjour à Athènes, de la familiarité des chefs-d'œuvre antiques datent ses premiers essais de sculpture, occupation qui tiendra la plus grande place dans la dernière partie de sa vie. La même année que V Histoire des Perses^ mais avant cet ouvrage, parut un recueil de vers du comte, placé sous l'invocation de la sainte a Aphroessa », le navire qui portait d'Athènes à Délos les. offrandes du peuple de Minerve : et, dans l'introduction de ce volume on ne perçoit pas autre chose que Taccent ému d'un fervent de l'antiquité plastique. Le préfacier d^Amadis écrira de l'auteur du poème : « Il ne pouvait se détacher de cette terre classique. La plaine de l'Attique, l'Acropole, étaient devenues nécessaires à son existence. » Et en e£Fet| son épopée symbolique fait du Parnasse, cette cime méditerranéenne, le séjour d'élection des héros arians divinisés en compagnie d'Amadis. Pourquoi donc cette contradiction gratuite et cette imprudente coïncidence que fut, en 1869, la publication des pages antihelléniques que nous venons de résumer? Ge sont là les sautes de vent imprévues de la passion qui ne raisonne pas.

(l)T^II,p. Î40.

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